Article paru dans le n°7 de L’accord du Peuple
L’avortement, les étrangers et l’adoption
Quel rapport ? Vous allez voir qu’il faut absolument faire le lien si on veut vivre en paix, en même temps, et peut-être même ensemble.
Des gens viennent chez nous sans y être invités – ou à l’invitation du patronat qui sert donc de bureau d’entrée à la place de la volonté populaire.
Ils font donc effraction à double titre dans la vie des autochtones. 1 on ne les a pas vu venir (quoique), 2 on ne les a pas désirés (sauf le patronat pour certains secteurs). Mais songez-y : depuis l’aube de l’humanité, avant la pilule, avant l’avortement, l’immense majorité de l’humanité est arrivée de la sorte, par effraction.
Ce n’est que récemment, grâce aux moyens de contraceptions, que l’on peut désirer la venue ou non d’un enfant. L’avortement permet même de refuser l’arrivée d’un potentiel bébé.
J’ai pu vérifier dans ma pratique combien c’est une grande violence narcissique de savoir que l’on est un “accident”, que l’on n’a pas été désiré, que l’on s’est imposé et que la question de l’avortement s’est posée dans le couple. Et pourtant, c’est la condition humaine d’être un étranger, car même si on est désiré, on ne correspond jamais au rêve de ses parents ; qui ont donc un travail de renoncement à faire. Et quand la question se pose d’accepter la venue ou pas d’un petit étranger, ce n’est pas de soi dont il est question puisqu’on n’existe pas encore. Il faut être né vivant pour être Sujet.
Ça fait beaucoup de choses à analyser.
1 La plainte des étrangers de n’être pas désirés ne peut pas être apaisée
2 La plainte des étrangers des tentatives d’avortement qu’ils subissent itou
3 Les gens qui sont contre l’avortement et pour l’avortement social des étrangers ne sont pas cohérents
4 Les gens qui sont pour l’avortement mais pas pour celui des étrangers ne sont pas cohérents
5 Les gens qui font des enfants par manque de protection contraceptive doivent s’interroger sur leur supposé non-désir d’enfant.
6 Les gens qui maintiennent dans la misère la moitié de l’humanité doivent s’interroger sur leur non-désir de l’étranger.
6 L’important n’est pas d’avoir eu ou pas le désir d’un enfant, l’important c’est la rencontre. Elle se fait (on s’adopte) ou elle ne se fait pas (on s’abandonne, on kärchérise). Il faut être deux dans une adoption. Si les parents doivent accueillir la réalité qui ne correspond pas aux rêves, le nouveau venu doit accepter aussi de faire partie de cette famille.
La rencontre avec les étrangers se fait de moins en moins, nous vivons en même temps au même endroit, pas ensemble. Je prétends que la responsabilité est partagée. L’étranger doit surmonter cette blessure narcissique qui est la condition humaine d’avant l’avortement (99 % de tous les êtres nés à ce jour probablement) ; l’autochtone doit regarder l’étranger, lui apprendre sa langue, les rythmes doivent se négocier et se caler. Il faut une rondeur réciproque pour s’adopter.
Invisibiliser les étrangers, ou les tenir comme tels quelle que soit leur génération née en France, est une maltraitance. Se figer dans sa blessure narcissique et rester invisible, voire étranger, est un déni de la réalité de son désir de changement, son désir de liberté (la liberté est la première cause des migrations). Les deux font une bombe à retardement. Si l’on ne provoque pas la rencontre sur le mode pacifique, elle se fera sur le mode traumatique.
Ce non-désir de l’autochtone, pour le dépasser, il faut en accuser réception, l’accepter comme banal, universel même, et tant pis pour la culpabilité ou la blessure narcissique de l’autre. ; si on en parle jamais, on en paiera tous le prix.
Mais comment s’adopter si.. on ne se rencontre pas ? Si on ne se parle pas ; s’il n’y a pas d’autres opportunités qu’une finale de la coupe du monde de football. Les opportunités pour vivre en paix on doit les créer, patiemment. “Un ennemi c’est quelqu’un qui n’a pas encore raconté son histoire”.
Dans nos bulles, numériques ou autres, nous risquons tous d’être des invisibles, des étrangers les uns aux autres. IA et Kärcher pour tous ?
Si “parler ne sert à rien” ; alors construisons des prisons, dressons des murs et des miradors, et attendons les prochains aléas climatiques.
On nous divisera et on nous fera voter, puis nous taire, sur ces questions, alors qu’il y a urgence à se parler ensemble du reste, dont ça.
