Palabre de la yourte du 19 mai 

Thème :  La Culture, avec un C majuscule

En posant le terme de Culture, je vois bien qu’il est ambiguë. Dans mon esprit il s’agit de la culture populaire locale. 

J’ai invité Yvan Argoud, maire de Revel et vice-Pdt de l’interco en charge de La Culture et du patrimoine, mais il n’était pas libre.

J’ai invité également Karel Ogier, maire de Montseveroux en charge à l’interco de La lecture publique et de l’éducation artistique, qui n’a pas pu se libérer.

Merci aux élu(e)s présents qui s’occuperaient de la Culture

La Culture donc 

L’étymologie du mot https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9C5286

xiie siècle, colture, « terre cultivée » ; 

xve siècle, au sens d’« action d’honorer ». Je ne sais pas ce que cela veut dire exactement.

xviie siècle, « formation de l’esprit par l’éducation ». Emprunté au latin classique cultura qui vient de cultum,, « agriculture ; culture de l’esprit, culte », cultum qui vient de colere, racine d’habiter et prendre soin (!).

 

On pourrait partir dans beaucoup de directions.

Je vais m’en tenir à la Culture locale au sens d’une scène où se rencontrent, ou pas, des artistes… professionnels locaux, un public local, des « financeurs » locaux, toutes et tous liés par une politique culturelle, locale, c’est-à-dire un truc qui fait l’objet d’une définition – plus ou moins consensuelle – qui par conséquent doit identifier des problèmes et avancer des solutions, définir des objectifs, des moyens.

Je ne sais pas si les communes ont défini une politique culturelle communale. Notre intercommunauté  a une politique culturelle que vous retrouverez sur son site. `Je cite le PLEAC :

L’éducation artistique et culturelle permet à tous – enfants, adolescents, adultes – de découvrir et de pratiquer des modes d’expressions artistiques et culturelles. Tous les domaines de la culture et des arts sont présents : illustration, cinéma, arts numériques, danse, théâtre médias, musique… ! L’enjeu ? Permettre à chacun de développer ses connaissances, sa sensibilité, son esprit critique, de s’épanouir et de s’exprimer. 

Voir liens ci-dessous.

https://www.entre-bievreetrhone.fr/sites/default/files/0._memo_1_connaitre_le_pleac_2025-26.doc.pdf

https://www.entre-bievreetrhone.fr/projets-et-actions/projets-culturels

Cette définition, qui ne fait pas de la politique culturelle une succession de divertissements, fait consensus dit le document, et je veux bien le croire. Mais vous noterez peut-être qu’il n’est pas question de collectifs ni de participation à la vie de la cité en tant qu’actrice, acteur ; il est seulement question de développement individuel.

Important, et sûrement la chose la plus importante que je vais dire ce soir. Cette Culture-là ne protège de rien.

Observez : les gens violents, les bourreaux ou les dictateurs de tout poil, ils ne sont pas obligatoirement incultes, au sens commun du terme. Ils peuvent avoir fait des études, êtres cultivés, ils savent lire et parler, voire peindre ou dire de la poésie – Pinochet pleurait en écoutant du Bach parait-il – mais ils sont incultes au sens du rapport à l’autre, aux autres ; incapables de dominer leur monde pulsionnel, de contrôler leur désir d’emprise, leurs addictions. D’esprit critique ils n’en ont point ; ils sont d’une mauvaise foi totale. Un bourreau en cravate et cultivé reste un bourreau.

Il y a des gens très intelligents, très instruits et très cultivés qui consacrent leur vie à des choses sans intérêt voire à des âneries, si ce n’est à des destructions. Psychologiquement, nous avons besoin d’exercer notre créativité, notre intelligence ; mais il y a en nous le meilleur comme le pire dans le rapport à l’autre. 

Mais si la Culture a un but, alors nous devons dire quelle façon d’être humain nous voulons promouvoir à travers elle.

Il serait question de développer l’esprit critique, mais il n’est pas dit dans quel domaine il doit s’exercer, ni dans quelle situation d’ailleurs on le développe.

 

Je fais la différence entre la critique, dont on dit à juste titre qu’elle est facile car elle s’alimente de notre narcissisme et notre rivalité naturelle, c’est une faiblesse donc ; et l’esprit critique qui demande méthode, humilité, bonne foi, courage, car il doit s’appliquer d’abord à nous-même et nos constructions.

—————————————————————

Il me semble que notre rapport à la Culture est structuré par quelques imaginaires qui ne s’opposent pas forcément.

Je vous propose de les explorer dans un premier temps car toute solution ou projet est précédé par un imaginaire, une théorie, explicite ou implicite.

Je propose que l’on parle des solutions locales susceptibles de répondre aux différentes définitions dans un deuxième temps.

Mais c’est un espace de liberté, la soirée sera ce que vous en ferez.

1 Le lien étymologique entre la culture agricole et la culture de l’esprit renvoie à une métaphore végétale. Il faudrait être un bon jardinier, un bon tuteur, pour nos jeunes pousses, le blé en herbe, ceci afin de faire éclore… les talents, faire s’épanouir. 

Il y a de nombreuses expressions qui montrent ce lien métaphorique. Dans cette logique, il faut arroser, et il en faut pour toutes les plantes du jardin. Il faut de la diversité dans le jardin.

2 On pourrait évoquer une métaphore pastorale : il s’agirait d’éduquer, guider, transmettre, à une nouvelle génération, lui donner les bases essentielles pour qu’elle devienne adulte et capable de se reproduire donc. On pourra chercher aussi les expressions qui vont dans ce sens.

Si nous avons tendance à l’anthropomorphisme quand nous parlons de notre environnement, la réciproque est vraie : nous avons tendance à nous « naturaliser », je veux dire à nous percevoir par analogie avec notre environnement.

Dans ces imaginaires, être humain c’est devenir une belle plante ou une belle bête. On dit aussi un esprit sain dans un corps sain.

3 Dans la même veine naturaliste, la métaphore machinique de la Culture, à cause de l’IA récemment. Ce qui est proposé par le marché de la Culture doit être toujours plus grand, toujours plus puissant, plus lumineux, plus extraordinaire, toujours plus de watts. Toujours plus de contenus, de nouveautés. On doit multiplier les expériences puisqu’on a les moyens techniques de le faire. Parenthèse : ça n’a pas d’avenir sur le plan écologique.

En faisant du gigantisme et du turnover dans la Culture – qui nécessitent des investissements importants – on fait comme dans l’urbanisme : on crée des autoroutes qui assèchent les routes secondaires. Pire, on fait des autoroutes gratuites – le spectacle du monde est accessible de son fauteuil avec un abonnement – mais des routes secondaires payantes ! Pas étonnant que le spectacle populaire local, payant donc, soit en souffrance. 

Être un humain moderne serait accumuler des expériences, opérer des mises à jour, accumuler des connaissances comme le ferait un ordinateur pour rester opérationnel, à la page, moderne donc.

On est passé du projet antique : un esprit sain dans un corps sain, à un esprit vif et compétitif dans un corps augmenté.

4 Il y a un imaginaire qui est de l’ordre de la transmission, de la formation, la mise en forme de l’esprit. La culture serait un rite initiatique, soit faire des expériences pour s’épanouir, au sens de se développer, s’affiner, s’accomplir peut-être. 

Ici les nouvelles technologies sont immédiatement intégrées car il s’agit de s’adapter à toutes les nouveautés, tout en parlant de développement de l’esprit critique des utilisateurs.

Dans cet imaginaire conservateur, être un humain moderne serait hériter et transmettre les valeurs des générations précédentes. Sinon pourquoi la vogue et le bal des conscrits serait une animation culturelle et pas la rave-party ? Or on pourrait facilement organiser des rave  party locales et bio, où seraient invitées les générations à venir à pied ou à vélo pour danser ensemble, et se mélanger en toute sécurité. Mais il y a des populations à qui l’on veut signifier qu’elles dérogent aux valeurs conservatrices. De la mauvaise herbe donc, avec et sans jeu de mots.

5 La Culture comme spiritualité. Quelqu’un me dit que la Culture c’est rencontrer des oeuvres, des artistes qui nous élèvent ; c’est-à-dire nous ouvrent des espaces supérieurs, à nous qui ne sommes pas géniaux (c’est un fait). C’est un imaginaire qui nous organise sur le mode du sacré donc.

Ici être un humain moderne serait être un spectateur sensible à toutes les beautés, et sensible au génie humain, un admirateur, ou en chemin vers le statut de créateur génial et innovant, si possible un tantinet mégalo.

Il y a bien du sacré dans les Arts et la Culture, c’est-à-dire des différences de seuils qu’il s’agit de franchir, et des différences entre qui parle et qui écoute ; mais s’il suffit désormais de savoir faire un prompt adressé à l’IA pour faire une oeuvre, alors la démarche spirituelle issue de son expérience d’humain, nécessaire pour tenir un discours incarné, devient inutile.

6 La Culture comme esthétique de la subversion. De mon point de vue de militant de la laïcité.point, être humain c’est être libre parmi d’autres humains tout aussi libres, donc limité par eux. Ça veut dire avoir les moyens de penser ses assignations personnelles et sociales, voire ses aliénations, et respecter l’autre dans sa dignité et sa singularité. C’est le but du développement de l’esprit critique et en même temps le moyen. Certes, c’est la 1ère charge de l’éducation nationale, mais une politique culturelle devrait prendre le relais.

Etre libre dans une société laïque c’est être souverain, soit être capable de s’exprimer certes, mais que son expression serve à quelque chose, donc être en capacité de désobéir face à une oppression.  Apprendre à désobéir dans un atelier serait une injonction paradoxale, mais justement l’art offre des issues qui ne sont pas « paradoxantes ».

La Culture comme esthétique de la subversion, serait une façon récurrente d’interroger joliment nos évidences, nos ça va de soi, notre bon sens, notre conformisme, l’ordre et le pouvoir établi ; une façon ludique d’interroger nos assignations et aliénations individuelles mais aussi collectives. Ce que faisaient le théâtre antique par exemple ou Zola, les contes plus près de nous, voire les chansons dites à texte et certains poètes.

Une politique culturelle qui parle d’émancipation individuelle mais ne permet pas de parler d’émancipation collective, du Pouvoir, est au service d’un ordre établi ; c’est un conformisme. Elle ferme quand elle prétend ouvrir, même avec des nouveautés ; elle assigne quand elle prétend épanouir.

La subversion n’est pas tout de la Culture bien sûr, mais si l’on n’a pas ça en rayon, c’est au risque de disqualifier toutes les propositions qui font bien sûr partie d’une politique culturelle.

Si la Culture n’est pas un moyen de transformation sociale – au-delà de ma seule transformation individuelle donc – alors c’est un moyen pour empêcher toute transformation systémique ; un moyen de renvoyer à l’individu la charge de son existence et de sa souffrance existentielle, ce qui est un déni de la réalité. 

7 Enfin, on pourrait dire que la Culture c’est ce que les gens font, sans d’autre but que de faire ce qu’ils ont envie de faire, sans finalité politique particulière élaborée collectivement, comme ça vient. Il s’agirait de répondre à l’éventuelle demande.

Ici la Culture serait sans but, ce qui ne veut pas dire sans prétention, car flâner est devenu sacrément subversif dans ce monde qui accélère tout.

Qu’il y ait une politique culturelle ou pas, des artistes ou pas, il y a une production culturelle, des activités des animations des distractions, car on ne sait pas faire autrement quand on est vivant.

Mais quand il n’y a pas de volonté claire, alors c’est au risque que les marchands imposent la leur à bas bruit ; on le voit avec l’affaire des éditions Grasset. C’est donc au risque que les puissants verrouillent le fameux développement de l’esprit critique.

Dans cet imaginaire, on est, dans le meilleur des cas seulement, dans la flânerie, la balade dans un marché de propositions ou une forêt de découvertes ; on peut papillonner, butiner et s’ouvrir ainsi à la sérendipité, c’est-à-dire le heureux hasard. 

C’est l’imaginaire du chasseur de la savane que nous étions et qu’il est bon je pense de ne jamais cesser d’être. Encore faut-il sortir de chez soi, et c’est la première bataille des actrices et acteurs de la Culture locale : faire sortir les gens de leurs autoroutes gratuites.

Ici être humain serait se comporter, ou pas, en papillon ou en chasseur de papillons, ou en poète ; car la flânerie, le fait de ne rien attendre a priori, nous ouvre à l’inconnu qui nous révèle quelque chose sur nous-même ou sur le monde, si on n’a pas désappris à aimer les surprises. 

Pour finir. Et si la Culture c’était surtout ne pas désapprendre certaines choses ?

Par exemple ne pas désapprendre la curiosité ; ne pas désapprendre à s’émerveiller ; ne pas désapprendre à être attentif plus de 17’ ; ne pas désapprendre la joie ; ne pas désapprendre à parler, à se parler sans s’étriper ; ne pas désapprendre le respect et la dignité que l’on doit à l’autre, à tous les autres.

La palabre de la yourte du 24 mars 26 à Beaurepaire    

Bonsoir et bienvenue à toutes et à tous

La culture. Une définition serait :  ce qui va de soi, que l’on n’a pas besoin de définir, ce qui nous est commun, que l’on partage, et dont on serait bien en peine de définir peut-être. Il faudra affiner ceci.

Dans ce cas, le plus petit dénominateur culturel serait la conception du temps puisqu’il constitue notre squelette psychique. Bien des cultures n’en ont pas la même conception ;

la vie, la mort ? Même différence de conception entre les cultures ;

les sexes, la différence des sexes ? C’était une évidence, ça ne l’est plus ;

même chose donc avec la définition du viol et des violence sexuelles que la loi fait évoluer.

Vous choisirez vos façons de parler de tout ça bien sûr, car ici c’est un espace de liberté. Normalement, on ne parle pas ici pour produire un résultat, mais ce serait formidable si on arrivait à dire ou mieux définir

1 ce qu’est une culture du viol,
2 si elle existe en France, 

3 et si oui, comment ça se change une culture, 

4 ainsi on pourra se demander un jour : à quoi pourrait ressembler un plan d’action local pour changer de culture ?

Je vais m’appuyer sur les travaux du  Haut Conseil à l’Égalité (HCE) entre les femmes et les hommes, que vous pourrez retrouver facilement sur le net. 

https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/rapport-mettre-fin-au-deni-et-limpunite-face-aux-viols-et-agressions-sexuelles 

Rapport – Mettre fin au déni et à l’impunité face aux viols et agressions sexuelles

Publié le 25/09/2025 

Je vais lire quelques extraits 

Elles s’appellent… Leurs noms sont placardés en Une des médias nationaux, brandis comme étendard d’une justice qui peine à sanctionner les auteurs de violences sexuelles et assurer la protection des victimes.

Infractions symptomatiques de la domination masculine, les viols et agressions sexuelles sont sans surprise des violences majoritairement commises par des hommes sur des femmes et des enfants. Ces viols et agressions sexuelles s’inscrivent dans un continuum de violences sexistes dont elles sont le point culminant.

En une année, 153 000 personnes majeures sont victimes de viols et 217 000 d’agressions sexuelles.

Commentaire : on sait que ces chiffres sont sous-évalués

Malgré la mise en place de nombreuses mesures (..), la justice française continue de manquer à ses devoirs les plus élémentaires : garantir la protection des victimes et la condamnation des agresseurs.

Quelques chiffres : 

Viols : 93% des victimes majeures sont des femmes. 84% des victimes mineurs sont des filles. 97% des mis en cause sont des hommes ou des garçons.

Agressions sexuelles : 91% des victimes majeures sont des femmes. 82% des victimes mineures sont des filles. 96% des mis en cause sont des hommes ou des garçons.

Des chiffres qui viennent d’être publiés

En l’espace de dix ans, le nombre de victimes de violences conjugales recensées par les forces de l’ordre a doublé, pour dépasser la barre des 270 000 en 2024. Au cours de la même période, les plaintes enregistrées par l’institution judiciaire pour violences conjugales ont été multipliées par trois, passant de 43 760 à 124 000 entre 2014 et 2024. Même progression pour les violences sexuelles, passant de 59 000 à 154 000 affaires. Si bien qu’aujourd’hui une femme victime de viol doit attendre en moyenne six ans après le dépôt de sa plainte pour espérer obtenir une date de procès.

Entre 2016 et 2024 (effet MeToo) : les plaintes pour viol sur personne majeure ont été multipliées par 3, passant de + de 7000 à + d 22 000. Les plaintes pour agression sexuelles sur personne majeure ont été multipliées par 2, passant de 8500 à 17500.

Dans le même temps, les condamnations pour viol ont faiblement augmenté : de 30% seulement, passant de 1017 à 1300.

Le rapport analyse le parcours des victimes …

Le HCE s’est donc attaché à proposer 61 recommandations qui visent à améliorer la situation tout au long du parcours de la victime…

Parmi elles :

Lutter contre la culture du viol qui imprègne la société afin de prévenir les violences sexuelles, favoriser l’émergence du récit et libérer l’écoute. A cette fin, mobiliser l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS) et réaliser des campagnes de sensibilisation à grande échelle.

Commentaire. Le HCE n’écrira pas le terme patriarcat ici pour qualifier la culture du viol. D’autres le feront ailleurs.

Augmenter le nombre d’Unités médico-légales (UMJ) … Étendre les mesures et

dispositifs … Accorder à toutes les victimes l’aide juridictionnelle… Augmenter les

moyens alloués à la lutte contre …

Page 31 ce que je cherche spécifiquement pour ce soir

LA CULTURE DU VIOL : REPRÉSENTATIONS ARCHAÏQUES ET BANALISATION DE L’EXPÉRIENCE DES VICTIMES

Comment prendre la mesure de la gravité de ce qui a été vécu et endosser la qualité de victime lorsque la société toute entière renvoie régulièrement le message qu’un viol ou une agression, « ce n’est pas si grave » ?

Commentaire. Le postulat de départ : nous banalisons le viol. Comme si c’était un des aspects naturels du rapport entre les femmes et les hommes, et non pas un aspect culturel. Naturel, ça veut dire inscrit dans la nature humaine.

La violence meurtrière a beau être banale, on ne l’admet pas pour naturelle pour autant. Ici, on supporterait celle faite aux femmes. On la banaliserait ? Comme si c’était inévitable ? Ou leur destin ? Ou qu’elles le mériteraient bien ? Ou qu’elles en auraient la force psychique que n’auraient pas les hommes ? Ou.. etc..? N’hésitez pas à proposer des hypothèses ou des contre-arguments.

Pour nommer les choses : on voit bien par exemple que taxer les riches est insupportable, impossible, et « on » ne laisse pas faire ; il n’y a pas d’indulgence pour les robins des bois. Empêcher les violences faites aux plus faibles en revanche serait possible donc, puisqu’ « on » laisse faire, « on » est facilement indulgent avec ces coupables-là. C’est culturel donc.

Les représentations archaïques et erronées sur ce que sont les violences sexuelles persistent. Le mythe du « vrai viol » renvoie à un acte particulièrement brutal, commis dans l’espace public avec une résistance physique de la victime laissant des traces visibles, une représentation en complet décalage avec la réalité des violences sexuelles. Lorsqu’elles ne correspondent pas aux représentations stéréotypées d’un viol commis avec surcroît de violence, les victimes peuvent donc elles aussi peiner à mettre le mot de viol ou d’agression sur des faits pourtant bien réels.

Ces représentations s’inscrivent dans un contexte plus large de mythes sexistes qui entretiennent une confusion entre sexualité et violence. 

Commentaire : thème important à débattre car très complexe.

D’après une enquête Ipsos menée en partenariat avec l’association Mémoire traumatique et victimologie, 

  • 19% des personnes considère que « lorsque l’on essaye d’avoir une relation sexuelle avec elles, beaucoup de femmes disent « non » mais ça veut dire « oui ».  

Commentaire. Sous-entendu, on doit considérer que non c’est non, c’est l’évidence.  Et donc oui c’est oui ? On parlera du consentement donc, de l’emprise. On voit la difficulté avec toutes les personnes qui, à rebours, disent qu’elles étaient consentantes certes, mais parce que sous emprise. Voir affaire Matzneff/Springora, livre Le consentement.

  • 21% (et près d’un tiers des 18-24 ans !) déclare que « lors d’une relation sexuelle, les femmes peuvent prendre du plaisir à êtres forcées ». Rouage inévitable du système oppressif patriarcal, les femmes elles-mêmes intègrent ces représentations misogynes. 

Commentaire. Pas dit, sauf en cas de relation sado-maso consenties, car ça existe. Voir aussi le développement du choking comme pratique sexuelle, notamment chez les ados mais pas seulement.

  • 22% d’entre elles (contre 28% des hommes) estiment que, dans le domaine sexuel, elles savent beaucoup moins ce qu’elles veulent que les hommes. 

– 17% (contre 22% des hommes) considèrent également que « beaucoup de femmes disent « non » mais que cela veut dire « oui »». 

Ces représentations sont en contradiction avec un idéal de rapports réciproquement désirés. 

Commentaire. Il s’agirait donc de faire advenir une nouvelle sexualité, un nouveau rapport H/F, une nouvelle humanité en quelque sorte. Sans que cela soit nommé, il s’agit de rééduquer la population, particulièrement les hommes et les garçons, mais les femmes aussi. Dans un rapport de l’Unesco, que je n’ai pas retrouvé, il est écrit que les critères de la masculinité doivent être redéfinis selon ceux des féministes. 

Par ailleurs, une personne sur quatre estime que forcer une personne à faire une fellation n’est pas un viol mais une agression sexuelle ; 

une personne sur quatre considère que réaliser un acte de pénétration avec le doigt sur une personne qui le refuse n’est pas un viol 

et pour 15% d’entre-eux, forcer une personne qui finit par céder n’est pas un viol. 

Enfin, 21% des personnes estiment que forcer sa conjointe à avoir un rapport sexuel alors qu’elle le refuse n’est pas un viol.

Commentaire : à retenir donc que vis à vis de la loi ce sont des viols, donc ce sont des viols quoiqu’on en pense. Et ne pas les considérer comme tels sont des indulgences qui font la culture du viol donc.

Ainsi certaines femmes en viennent à considérer des actes sexuels non consentis, appartenant donc au registre de la violence, comme relevant naturellement de la sexualité, l’agresseur ayant été en proie à une « pulsion ». Cette confusion entre sexualité et violence est entretenue par les agresseurs qui tentent de « normaliser » les actes violents dans l’esprit des victimes.

Commentaires. Se pose la question de la nature humaine. 

Dans le bouddhisme par exemple, il existe la conception de l’unicité de la personne, qui serait fondamentalement bonne. On a déjà parlé de démarche spirituelle ici. 

En psychanalyse, on pense la personne prise dans un dualisme : elle est empathique tout autant que violente, voire cruelle. Ces deux parties étant dans un conflit définitif car constitutives de l’individu ; que l’on soit coupable ou victime d’ailleurs.

VIOLENCES

S’ajoute à ces représentations erronées un phénomène de banalisation des violences, aggravée dans le cadre des agressions sexuelles. Alors que les termes de la loi sont clairs, nombreux sont les actes qui caractérisent ce délit sans être pour autant identifiés comme tels dans les représentations sociétales. « Baiser volé », « attouchement », « frotteurs », « geste déplacé »… Le langage courant regorge d’expressions qui enjolivent et normalisent la réalité des agressions sexuelles, et s’inscrivent dans le marbre d’une mythologie sexiste de la culture du viol.

Commentaire : curieusement, il n’est pas évoqué les mutilations sexuelles, les mariages forcés, la polygynie, qui sont on ne peut plus culturels. Cette invisibilisation est coupable, et les féministes doivent se justifier d’un tel relativisme qui relèvent du racisme au final, mais pas seulement les féministes. J’ai des histoires à vous raconter éventuellement. 

VIOLENCES FAITES AUX FEMMES

En somme, une personne violée sera en proie à des remarques telles que « ça va, il ne t’a pas tuée » ; une victime d’agression sexuelle se verra retorqué : « et encore, il aurait pu te violer », tandis qu’à celle qui a été harcelée ou injuriée, on affirmera : « au moins, il ne t’a pas agressée ».

Mauvaise foi ou manque de conscientisation total, ces exemples montrent de façon explicite qu’aujourd’hui encore, la culture du viol imprègne les représentations des agresseurs et menace le quotidien des victimes. Les violences sexuelles s’inscrivent dans un continuum, et la banalisation des unes – les infractions les moins sévèrement punies – entraîne la banalisation des autres.

Pour lutter contre l’enracinement de ce phénomène, il est donc crucial d’employer les termes justes pour décrire des violences sexuelles. 

En clair, il ne faut pas dire un frotteur, un dragueur lourd, mais un agresseur.

Autre commentaire

Qu’est-ce que la culture ? On vient de voir celle du HCE. Il y a des dizaines voire des centaines de définition.

Ainsi, l’UNESCO : « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels, matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres et les sciences, les modes de vie, les lois, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. » 

Ce « réservoir commun » évolue dans le temps par et dans les formes des échanges. Il se constitue en de multiples manières distinctes d’être, de penser, d’agir et de communiquer en société.

Commentaires. Je rajoute un point : la culture c’est toujours à l’avantage du plus fort, de l’ordre qu’il établit. Et c’est la loi qui libère l’individu, et la liberté qui le contraint car à l’avantage du plus fort culturellement ou économiquement.

La culture c’est la forme que prend le compromis entre les individus et les groupes d’individus dans une société, une civilisation. Il faut bien avoir un langage commun pour vivre en société, des habitudes, des ça va de soi. Il y a toujours des gens qui en paient le prix pour que d’autres en profitent.

Aujourd’hui, il y a des femmes notamment qui s’attaquent à ce compromis qu’elles nomment le patriarcat. Mais si patriarcat il y a en France, comment nommer celui d’Afghanistan d’Iran ou d’ailleurs.

Pour finir, je rappelle les questions

1 une culture du viol à quoi ça ressemble?
2 existe-t-elle en France ?

3 si oui, comment ça se change une culture ? 

4 ainsi on pourra définir, mais c’est un autre travail, à quoi ressemblerait un plan d’action local pour changer cette culture.

A voir dans le débat éventuellement

Quid de la séduction, de l’ambivalence, de la traumatophilie, de son histoire à comprendre en la rejouant, du sado-masochisme,…

 

Après réflexion de quelques semaines.

Je conclurai pour ma part qu’il n’y pas de culture du viol en France, comme c’est le cas dans des pays ou la polygynie est la règle ou des filles et des femmes sont mariées par la famille. En revanche il y a une indulgence pour la violence, y compris sexuelle, faite aux femmes et aux enfants. On pourrait dire aux gens en situation de faiblesse physique psychologique politique ou sociétale d’une manière générale. Indulgence coupable.

 

 

Ci-joint, un encart du HCE que je lirai en premier s’il y a des adolescents.Sources : Haut Conseil à l’Égalité (HCE) 

Rapport – Mettre fin au déni et à l’impunité face aux viols et agressions sexuelles

Publié le 25/09/2025

Focus sur la différence d’âge et le mythe de la « majorité sexuelle » :

Depuis l’entrée en vigueur de la loi du 21 avril 2021, tout mineur de 15 ans, ou de 18 ans lorsqu’il s’agit d’inceste, est reconnu victime en cas d’acte sexuel (avec ou sans pénétration), sans que les juges n’aient besoin d’établir une violence, contrainte, menace ou surprise. 

En somme, tout acte sexuel entre une personne majeure et une personne mineure de 15 ans (soit de 14 ans ou moins) dont la différence d’âge est de plus de 5 ans, est constitutif d’un viol ou d’une agression sexuelle. 

De surcroît, le crime de viol incestueux sur mineur de moins de 15 ans est puni de 20 ans de réclusion criminelle alors que le délit d’agression sexuelle incestueuse sur mineur de moins de 15 ans se voit puni de 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende.

Pour les actes sexuels entre des mineur·es de plus de 15 ans ou de moins de 15 ans mais ayant moins de 5 ans d’écart avec l’autre personne, la différence d’âge peut toujours constituer une potentielle contrainte (rapport de domination, chantage affectif…), caractérisant le viol, ce qui a été consacré par la loi en 2010, codifiant une jurisprudence constante de la cour de cassation.

Cette incrimination est parfois interprétée comme instituant une « majorité sexuelle », à partir de laquelle, une personne mineure pourrait avoir des relations sexuelles avec une personne majeure sans que cette dernière n’ait à s’inquiéter d’avoir commis une infraction. Une telle lecture du droit ignore tout des mécanismes du viol et de la diversité de la contrainte morale qui peut être caractérisée par la différence d’âge, même pour un mineur entre 15 ans et 18 ans.

Article 222-22-1 alinéas 2 et 3 du code pénal :

« Lorsque les faits sont commis sur la personne d’un mineur, la contrainte morale mentionnée au premier alinéa du présent article ou la surprise mentionnée au premier alinéa de l’article 222-22 peuvent résulter de la différence d’âge existant entre la victime et l’auteur des faits et de l’autorité de droit ou de fait que celui-ci a sur la victime, cette autorité de fait pouvant être caractérisée par une différence d’âge significative entre la victime mineure et l’auteur majeur.

Présenté sur Wikipédia comme âge de la majorité sexuelle ce qui est faux, au moins pour la France.

Âge Pays de l’Europe géographique
14 Albanie, Autriche, Bulgarie, Bosnie-Herzégovine, Estonie, Allemagne, Hongrie, Italie, Liechtenstein, Macédoine du Nord, Monténégro, Portugal, Saint-Marin, Serbie
15 Croatie, République tchèque, Danemark, Iles Féroé, France, Grèce, Islande, Monaco, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède
16 Andorre, Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Belgique, Espagne, Finlande, Géorgie, Kazakhstan, Lettonie, Luxembourg, Moldavie, les Pays-Bas, Chypre du Nord, Norvège, Russie, Suisse, Ukraine, le Royaume-Uni
17 Chypre, Irlande
18 Malte, Turquie, le Vatican

Lorsque les faits sont commis sur la personne d’un mineur de quinze ans, la contrainte morale ou la surprise sont caractérisées par l’abus de la vulnérabilité de la victime ne disposant pas du discernement nécessaire pour ces actes. »

En tout état de cause, les actes sexuels d’une personne majeure sur une personne mineure sont entièrement prohibées en cas d’inceste ou de prostitution, quelles qu’en soient les circonstances.

La préférence pour l’inégalité

Introduction au débat, L’arbre à palabres du 26 février 2026 à Beaurepaire

Je vais parler à partir du livre de François Dubé, La préférence pour l’inégalité.

Ce titre peut surprendre, parce que tout le monde prétend lutter contre les inégalités, contre les discriminations.

J’élargis son discours à partir d’autres auteurs que je ne vais pas nommer pour ne pas alourdir le propos. 

F.D dresse un premier constat : malgré tous les discours que l’on tient, le pognon de dingue que l’on y mettrait, on doit poser des actes curieux puisque les inégalités se creusent. Aujourd’hui, après un mouvement de réduction, elles se creusent à nouveau et on retrouve le niveau des inégalités au moment de la guerre 14/18.

Au moins 4 questions se posent :

  • Dans quelle dynamique sommes-nous ? Soit quelles sont les conséquences en terme d’inégalités, des choix politiques que nos représentants font en notre nom ?
  • Que va-t-il se passer pour les gens qui sont au bord si on continue ?
  • Comment celles et ceux qui n’y sont pas vont faire pour ne pas être menacés par Cees et ceux du bord ?
  • Comment allons-nous faire pour admettre psychiquement l’élimination des plus pauvres, y compris sous nos yeux, si c’est le choix par défaut qui s’impose ?

Les arguments qui circulent dans le débat public, les discours que l’on entend pour justifier les inégalités, sont principalement :

  • c’est bon pour la croissance car ce sont les riches qui nourrissent les pauvres, et non pas l’inverse
  • l’égalité est un concept abstrait. L’inégalité est naturelle

Je rappelle que l’Egalité laïque, ce n’est pas l’égalitarisme ; c’est l’égalité devant la loi, l’égalité de statut d’humain : nous naissons libre et égaux en droit, et la Fraternité nous rend responsable de la liberté et l’égalité de l’autre, du plus faible notamment. La solidarité concerne plutôt les conditions de vie, l’entraide et la réciprocité. 

F. Dubert ne fait pas la différence entre Fraternité et Solidarité. Le débat a eu lieu en 1789, et le choix a été fait de ne pas retenir la Solidarité. Bon de toute façon on s’assoie sur les deux.

Pour F.Dubet, il y a une crise des solidarités qui est liée  à une perte du lien social. Les réseaux sociaux sont devenus l’accusé principal, mais pour lui c’est plutôt lié d’une manière générale à l’organisation de la société qui détricote le lien social.

Je rappelle M.Thatcher. There is no such thing as a Society. Une société ça n’existe pas. En clair, nous sommes juste une collection d’individus égoïstes. C’est le fondement idéologique de l’économie libérale, et actuellement des libertariens et des néo-réactionnaires. La Fraternité et la solidarité sont des concepts creux dans cette pensée.

Il y a au moins 2 conceptions de la Liberté que nous ne mettons jamais en débat – où pourrait-on le faire ? – conceptions qui pourtant s’opposent violemment dans les élections sans que jamais nous ne les nommions explicitement :

    • 1 la liberté sans limite de l’individu ; c’est la gloire des entrepreneurs, des innovateurs, qu’ils soient économiques ou artistiques ou simple quidam. « Je fais ce que je veux ». Avez-vous noté que c’est un discours de délinquant ?

Quand vous entendrez la droite parler de liberté dans les campagnes électorales, elle parle de cette liberté-là. Et donc toute entrave à cette liberté est du fascisme rouge ou vert. Cette liberté fonde les accords commerciaux internationaux que les questions écologiques ne peuvent empêcher. C’est écrit en toute lettre.

Vous entendrez la gauche progressiste mettre en avant cette liberté dans la création, dans le choix de vie de l’individu, qui peut choisir son sexe et/ou son genre. 

Ces gens peuvent pourtant s’opposer violemment car s’ils ont la même conception de la liberté, ils ne l’appliquent pas dans les mêmes domaines. 

  • 2 La liberté individuelle limitée par celle de l’autre. C’est la liberté laïque qui fonde le principe de précaution par exemple. Je ne peux pas faire n’importe quoi et la loi définit notre rapport, nos contraintes. C’est la Liberté inscrite dans notre triptyque républicain.

Formidable si vous arriviez à vous prononcer sur votre conception de la Liberté.   Pas en fonction d’une situation actuelle où vous auriez un intérêt, mais conception qui ferait loi. Attention, il y a un piège. Je vous le montre ?

  • Si vous dites que la population doit décider de sa conception de la liberté, c’est que vous admettez que nous sommes une société où votre liberté peut être limitée par celle des autres, ici par leur vote.
  • Si vous ne voulez pas être limité par les autres, alors vous devez empêcher tout vote, voire même empêcher toute réflexion sur un tel vote, ou ne pas en tenir compte. La démocratie directe devient un problème et non pas une solution, Trump avance sur cette pente et d’autres avec lui.

Je vous invite à demander à vos candidats préférés quelle est leur conception de la liberté.

Mais il y a une question que ne pose pas F. Dubet :

Quel est le rôle de l’Etat ?

    • 1 garantir le bon fonctionnement d’une économie de compétition mondialisée, qui repose sur la liberté sans limite des entrepreneurs et accessoirement sur l’avidité de la finance ? Economie first en quelque sorte. Je vous remets en mémoire que si l’Assemblée Nationale débat de nombre de choses, elle ne débat jamais de la mise en oeuvre ou l’interdiction d’innovations qui changent radicalement et définitivement notre monde et notre avenir. Ici l’Etat peut être réduit à la défense de la propriété et à la sécurité de sa personne.
  • Ou 2 garantir la Liberté et l’Egalité ? Permettre l’émancipation des individus, leur permette de penser leurs assignations et aliénations, leur permettre des conditions de vie décentes. C’est-à-dire garantir l’autonomie financière de tout un chacun – condition de la liberté de penser – quitte à limiter d’autres qui pourraient se poser en maîtres. L’économie dans ce cas doit être au service des humains, elle est un moyen et non pas un but en soi.

Une fois votre choix fait, vous pourrez répondre à la question :  Quel sens a l’impôt ? 

Dans le premier cas, vous payez toujours trop d’impôts car il y a toujours trop d’Etat ; au final une police armée et une armée suffisent. 

Dans le deuxième cas, il n’y a pas de limite à l’imposition car on prélève en tant que de besoin pour atteindre les objectifs humains prioritaires. 

La question devient : quelle doit être la juste contribution de chacune chacun ?

Un pas de côté historique pour comprendre les jeux d’acteurs et les enjeux. 

Je vais vous lire une déclaration faite au siècle dernier dans un organisme international, vous devez devinez qui a pu l’inspirer. 

Une paix universelle et durable ne peut être fondée que sur la base de la justice sociale;

Il existe des conditions de travail impliquant pour un grand nombre de personnes l’injustice, la misère et les privations, ce qui engendre un tel mécontentement que la paix et l’harmonie universelles sont mises en danger ; 

il est urgent d’améliorer ces conditions : par exemple, en ce qui concerne la réglementation des heures de travail, 

la fixation d’une durée maximum de la journée et de la semaine de travail, 

le recrutement de la main-d’oeuvre, 

la lutte contre le chômage, 

la garantie d’un salaire assurant des conditions d’existence convenables, 

la protection des travailleurs contre les maladies générales ou professionnelles et les accidents résultant du travail, 

la protection des enfants, des adolescents et des femmes, 

les pensions de vieillesse et d’invalidité, 

la défense des intérêts des travailleurs occupés à l’étranger, 

l’affirmation du principe «à travail égal, salaire égal», 

l’affirmation du principe de la liberté syndicale, 

l’organisation de l’enseignement professionnel et technique et autres mesures analogues;

La non-adoption par une nation quelconque d’un régime de travail réellement humain fait obstacle aux efforts des autres nations désireuses d’améliorer le sort des travailleurs dans leurs propres pays;

Mues par des sentiments de justice et d’humanité aussi bien que par le désir d’assurer une paix mondiale durable, et en vue d’atteindre les buts énoncés dans ce préambule, etc..

Qui a inspiré ce discours ?
  Churchill – Roosevelt – Staline – De Gaulle – Georges Marchais – ou Obiwan Canobi

C’est Franklin Roosevelt, Pdt des Etats-Unis – sous l’influence en fait de sa femme  Eléonore, militante féministe, anti-raciste et en faveur des droits civiques ; lire sa fiche wiki – C’est le préambule de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) tenu à la sortie de la guerre. Il a fallu quelques dizaines d’années seulement pour que tout ceci soit oublié. Il faut lire  le petit livre d’Alain Supiot qui raconte cette histoire,  L’esprit de Philadelphie.

Nota : après toutes les guerres il y a eu des progrès sociaux, il fallait bien que les propriétaires et le patronat récompensent la population qui avaient défendu leurs biens au prix de leur vie. C’était le temps de l’économie nationale. Il faut ensuite quelques décennies pour revenir sur les acquis, dont certains vous diront qu’ils sont des conquis, payés au prix du sang.

Mais quand l’économie devient mondialisée, c’est-à-dire quand vous avez des actions dans tous les pays, vous gagnez quoiqu’il arrive. Si en plus, au lieu de délocaliser vous pouvez délocaliser la main d’oeuvre, c’est-à-dire employer des gens avec des contrats de leur pays d’origine, alors l’intérêt des masses locales diminue fortement.

La solidarité 

Elle suppose un sentiment de fraternité dit F. Dubet. 

La Fraternité c’est la clé de voûte de la laïcité, Liberté, Egalité Fraternité. Mais la Fraternité c’est être responsable de la liberté de l’autre, du plus faible, et de l’égalité entre les individus ; curieusement on l’a placé en troisième position, et les spécialistes disent même qu’elle n’a aucune déclinaison dans la loi.

Dans le pseudo-débat politicien on est alimenté par le ras-le-bol fiscal, les assistés qui coûtent un pognon de dingue ; discours qui alimentent le choix de solidarités choisies, communautaires, de classe.

F.Dubet pointe très justement que lorsque l’on réduit le débat à l’opposition entre le 1 % et les 99 % pour parler des injustices et des inégalités, on oublie qu’à l’intérieur de chaque catégorie, toutes les situations ne sont pas égales, et on néglige qu’il y a des stratégies dans chaque catégorie qui alimentent les inégalités. 

Par exemple – il ne le dit pas comme ça – on peut essayer de tirer son épingle du jeu là où l’on est, on peut chercher à profiter d’opportunités, on peut essayer de garder un petit privilège.

Il donne des exemples 

L’urbanisme. 

En fonction des surfaces de terrain constructible, de leur prix, on peut sélectionner des populations. Voir anecdote St Clair du Rhône.

Autre exemple, les quartiers populaires sont toujours dans le vent des usines, de la pollution. Voir Lyon est et ouest. Vous regarderez où s’établissent les golfs dans le lyonnais. 

Quand on dit « on est trop nombreux sur terre », on pense à qui ? Pourtant en terme de coût écologique la différence est sans ambiguïté.

En fonction du statut des entreprises, on n’accorde pas les mêmes avantages. Savez-vous que l’Etat a payé les actionnaires du CAC 40 lors du confinement, car ces assistés-là ne pouvaient pas perdre leur gain.

Dans l’éducation. On a du mal à avoir les chiffres mais on sait que l’aide au privé est massif et crée une rupture dans l’égalité de traitement des élèves. Il note les stratégies familiales pour améliorer leur sort plutôt que d’améliorer le sort global. C’est-à-dire comment contourner la carte scolaire par exemple.

Dans la santé, on voit l’avantage donné au secteur privé, même si la population soignante augmenterait globalement et que les résultats sont plutôt bons. Il semblerait qu’il y ait actuellement une inflexion vers le bas.

Dans l’aide aux propriétaires d’une manière générale. On dira que c’est bon pour le tissu artisanal local, mais donner le même argent au smicard non-propriétaire  qui le dépenserait illico sur le territoire favoriserait également le tissu local. Mais dans un cas c’est du soutien, c’est la politique dite de l’offre, dans le deuxième cas c’est de l’assistanat.

En fait, tout ce qui a été créé en terme de redistribution des richesses, de réduction des inégalités par la fiscalité, est transformé progressivement, disqualifié en aides sociales, en assistanat. Pourtant, plus on est riche et plus on est assisté ; si vous connaissez la notion d’esclave énergétique, vous savez que plus on est riche et plus on a d’esclaves énergétiques, donc plus on a une empreinte carbone qui impacte le bien commun.

L’égalité des chances

Dans le discours économique, la solidarité a été remplacée par l’égalité des chances. Dans le discours seulement car on n’arrive même pas à le faire réellement. Ce qui humainement se comprend : par exemple qui voudrait aider l’enfant de son voisin à prendre la place de son propre enfant s’il n’y a qu’une place au soleil ?

Mais la politique de l’égalité des chances que l’on nous vend comme juste,  pose la compétition comme naturelle et indiscutable. Nous sommes dans une économie de compétition et nous sommes tous en compétition les uns par rapport aux autres. Il s’agirait simplement de faire en sorte que la compétition soit juste. Mais que faire des perdants ?

Anecdote personnelle : A l’université de St Etienne, cité ouvrière, où je donnais quelques cours à des bac+3, quand la confiance était établie, je donnais un cours sur le racisme.

Je leur demande les sources de discriminations, ils trouvent tout. Je leur dis : il manque la compétence. “Non, rétorquent-ils, la compétence c’est justement ce qui permet de nous dégager des discriminations”.J’insiste : Oui, si le sort des perdants est garanti. Ils me disent : “ils n’avaient qu’à travailler”. “Mais dans ce cas, dis-je, ce serait vous les perdant”s. “Ils n’y en a pas pour tout le monde, c’est comme ça”, concluent-ils. Pause. Quand ils reviennent, ils viennent me voir : “Monsieur, ce n’est pas ce qu’on voulait dire. “
Oui, mais c’est bien ce qu’ils avaient dit, c’est-à-dire qu’ils avaient intégré la règle du jeu. De la nommer explicitement leur à fait apparaitre son horreur.

Que faire des poètes, des incompétents, des accidentés, des traumatisés, des échoués scolaires, des refusants, des décroissants, des psychologues freudiens, etc.. ?

Cette logique de la compétition a une conséquence… logique : 

les perdants sont responsables de leur échec, et on est bien bon de leur faire la charité alors qu’ils ne servent à rien… en temps de paix. Ils nous freinent, or l’innovation et la rapidité seraient la condition de la survie. 

Au final, ce sont les plus fous et les hyperactifs qui imposent leur loi et la cadence à suivre, avec les résultats écologiques et économiques que l’on sait.

Le mérite, la compétence, c’est ce qui justifie au final les inégalités ; elles seraient justes car chacune chacun serait responsable de son sort. Bien sûr il faudra se débarrasser des sociologues qui démontrent que c’est un leurre : la réussite n’est pas liée à la personne, mais à son patrimoine familial et culturel, son réseau. Je rajoute en tant que psy : à ses identifications familiales notamment, à son propre rapport au pouvoir et à ses expériences de réussite. Sans compter les hasards de la vie.

Je passe sur la réalité de l’héritage qui fait la richesse plus que le mérite.
On parlera de la valeur-travail si vous voulez, qui n’est pas une valeur, mais une assignation pour justifier son existence sur terre en temps de paix quand on ne possède rien d’autre que soi-même.

On parlera aussi de la délinquance des élites, des gens qui réussissent si vous voulez.

Demeure une question : doit-on mériter des conditions décentes de vie ? 

Et qu’est-ce que des conditions de vie décentes d’ailleurs ?

 

Les fondements de la solidarité pour F.Dubet

L’interdépendance : j’ai besoin de l’autre qui peut avoir besoin de moi

Lien à créer pour se préserver de l’affrontement

Un imaginaire, une idéologie, une valeur. Même si je ne le connais pas, j’admets un lien de solidarité réciproque avec un autre, c’est à dire que je lui prête la même empathie que j’ai à son égard.

Pour penser la dimension de l’imaginaire, des valeurs, je fais une parenthèse avec un autre auteur. Johan Chapoutot, Les irresponsables, qui a porté Hitler au pouvoir ? Un livre important qui m’a alerté sur ce qui suit.

On nous a appris que le peuple allemand avait porté Hitler au pouvoir par les urnes ; il se trouve que c’est faux. Ce sont les élites économique financière et agraire qui l’ont voulu malgré la défaite globale du parti nazi aux élections. 

En revanche, et c’est pour cette raison que j’ai voulu organiser cette soirée : l’imaginaire de l’inégalité, la conception de l’inégalité entre les individus, entre les classes sociales, était largement majoritaire. Et c’est ce qui a permis le glissement d’un peuple, cultivé par ailleurs, vers la barbarie nazie.

Je veux dire par là que ce qui nous protège de la barbarie, c’est de tenir pour non naturelles et donc insupportables les différences de statut entre les individus, par conséquent pour insupportables les écarts immenses entre les conditions de vie ; pour insupportable une société qui volent des vies.

Si on cède sur le statut de semblable que l’on doit s’accorder à toutes et tous, alors on se met en danger, on tire sur un élastique qui va nous revenir en pleine poire un moment venu. Quand je dis ceci, je ne pense pas au fondement historique du RN, trop facile ; c’est le fondement idéologique d’une pensée économique qui organise le monde dit moderne. Mais c’est une barbarie quand c’est fait consciemment.

Ne pas s’occuper des inégalités, en actes et pas seulement en discours, c’est les accepter comme la pluie et le beau temps, comme naturelles donc. 

Une anecdote personnelle : Dans une entreprise où je travaillais dans une première vie, je croise à la photocopie une jeune femme visiblement handicapée, que je ne connais pas. Je me présente, je lui demande qui elle est. Elle était en stage de réinsertion. Comme elle voit que je prends le temps de l’écouter, elle me dit qu’elle était polytechnicienne et qu’elle avait fait un AVC, elle avait du tout réapprendre y compris déglutir et se servir de ses couverts. Cette jeune femme qui allait faire partie des gagnantes de la compétition était désormais une perdante que personne ne regardait. Elle vivait dans une grande solitude. Rappel Darwin : le vainqueur n’est pas le plus fort, mais le plus adaptable ; et c’est à condition que le hasard, les aléas, ne lui règlent pas son compte ! La solidarité est à cet endroit.

On peut faire la différence ici entre charité et solidarité. La charité sert à compenser les dégâts humains d’une politique que l’on ne remet pas en cause pour autant : il y a toujours eu des pauvres, il y en aura toujours, c’est comme ça. Avant on disait que c’était l’ordre voulu par dieu, naturel donc ; plus aucun pape ne dit ça. Aujourd’hui on dit c’est la compétition et c’est au mérite, naturel donc. 

Guy Bedos disait dans un sketch : « ce bidonville, cette misère que l’on voyait en passant en voiture, mais quelle horreur ! Il fallait faire quelque chose ; alors on a mis un mur. »  L’essentiel est dit.

Invisibiliser l’autre pour soulager notre souffrance psychique est une stratégie psychique classique mais qui ne nous honore pas. Quand cet autre se rend visible, c’est forcément sur le mode de l’effraction, en brisant le mur du silence et de l’aveuglement. Il se rend détestable, mais à qui la faute.

La solidarité, c’est admettre que les inégalités ne sont pas naturelles, que j’ai besoin de l’autre potentiellement, qu’il y a une réciprocité, un rapport don/contre don. 

Si j’organise une société où je peux me passer de l’autre, la solidarité ne tient que par le fil de la valeur, l’imaginaire, c’est très fragile. L’IA nous inscrit un peu plus dans cette fragilisation du lien.

F.Dubet quand il parle des inégalités et de la solidarité oublie Darwin au passage. Je rappelle l’essentiel.

La violence est au fondement de la vie, la survie, et la compétition est inscrite dans nos gènes, elle est naturelle ; mais l’empathie et la solidarité aussi. Le souci du plus faible a été sélectionné par la sélection naturelle au cours de l’évolution, ce qui fait que la sélection s’est retournée contre la sélection elle-même, contre la suppression des plus faibles.. de notre espèce. C’est l’empathie qui a été sélectionnée au cours de l’évolution ; la capacité à s’identifier à l’autre.

Nous avons les deux en nous, nous sommes à la fois rivaux et pourtant solidaires face à l’adversité. Mais nous ne sommes pas des frères, ni comme des frères, qui partageraient la même mère cependant. Ça, c’est le communautarisme.

Je rappelle la figure du plus faible dans les contes de fée, dans les films. Toujours une situation où sans lui, l’aventure s’arrête. « On a toujours besoin d’un plus petit que soi ». Mais ça c’était avant disent les libertariens. Si les robots peuvent nous remplacer, et que nous cédons sur notre humanité, alors je ne donne pas cher de notre peau.

 

De fait, et ça pourra vous surprendre, nous sommes encore à ce jour dans des sociétés où la solidarité est la règle de base, malgré les inégalités qui se creusent.  C’est parce qu’il y a cette solidarité, d’abord familiale, structurelle, systémique, naturelle, que quelques personnes ou groupes peuvent piller les autres, les escroquer, les spolier. Si on se laissait gagner par la loi de la compétition généralisée, on arriverait assez vite à la guerre civile.

Je rajoute qu’il n’y a pas que la misère que l’on peut invisibiliser, il y a aussi les riches et les ultra-riches qui s’invisibilisent. Voir Charlotte Pinçon-Charlot qui pointe avec Bourdieu l’importance du capital symbolique, et la solidarité mais de classe. Et le cercle dont elle parle.

 

Pour Dubet, le sentiment d’être des semblables, qui se fait par une intégration au corps social, se faisait par le travail, les institutions, la Nation. Or, ces trois piliers de la solidarité sont fissurés, attaqués voire démolis.

Le travail. C’était probablement le premier dispositif d’intégration à la communauté national, avec les services associés.

Il faudra parler de son évolution, du détricotage par le management de toutes les solidarités et de la mise en compétition. Je peux témoigner de la dégradation du travail dans le secteur psychiatrique.

On peut aussi pointer la notation généralisée, parfois sous forme de game (c’est le terme). Ex à la télé toutes les émissions où il s’agit de mettre une note à quelqu’un. Ça devient une évidence. A bas bruit, on se transforme tous en prestataires de service, jetables et remplaçables donc. 

Il y avait des tests à Pôle emploi où on vous demandait après un travail de groupe ce que vous aviez pensé de telle ou telle personne. Ce qui était testé c’était votre compétence à balancer sur les autres, donc à ne pas faire corps face à une autorité. 

Les Institutions. A la suite de la religion, c’est principalement l’école qui jouait ce rôle d’intégration à une communauté nationale. Elle ne peut plus jouer ce rôle pour des causes multiples que vous pourrez évoquer.

La Nation. C’était une culture nationale, une économie nationale et une souveraineté politique. Qu’en reste-t-il ?

On voit que la Nation n’est plus souveraine, elle s’est fondue dans l’Europe et dans une compétition mondiale. Elle n’est plus un creuset dans lequel chacun peut se reconnaître, elle ne fait plus appartenance. Le foot ne suffit pas à faire du semblable au niveau national .

Une question qu’on ne nous pose pas dans le pseudo-débat politique, mais que je vous pose, est celle des limites. 

Existe-t-il une limite basse aux mauvaises conditions de vie ? A savoir qu’est-ce qui est supportable comme difficultés dans une société de semblables ? On voit qu’en Inde, des gens qui n’ont pas la même conception de la vie, du destin, il n’y a pas de limite basse : c’est le karma.

Existe-t-il une limite haute à l’accumulation de la richesse, à la propriété terrienne, à la destruction des conditions de vie des autres ?  On voit que les anglo-saxons,  de culture protestante et débarquants dans des espaces immenses, nous reprochent de ne pas aimer les winners sans limite.

C’est un questionnement que je vous renvoie : quelles sont les limites que vous trouvez juste en terme de différences de salaire, de différences de propriété, d’espace de biens, etc…. Bon il n’y aura pas de RIC là-dessus avant longtemps. Il pourrait y avoir un RIC sur le droit à mourir dans la dignité, pas sur celui de vivre dans la dignité.

Je rappelle qu’en 1789, les révolutionnaires ont inventé la représentation élective contre la démocratie directe, justement pour éviter que les pauvres qui étaient les plus nombreux votent des lois pour spolier les riches et vivre à leurs crochets. Cette peur, ce mépris du petit peuple, alimente toujours le débat politique.

Inégalités et discriminations

F.Dubet pointe une difficulté entre la volonté (laïque) d’être invisible sur sa différence (je suis un être humain comme les autres), et le besoin d’être reconnu dans ses différences individuelles ou communautaires qu’il faut absolument afficher et défendre, surtout si elles font l’objet de discrimination, supposées ou réelles.

La perte des liens noués au travail, dans le rapport à la Nation, renvoie les individus à leur particularisme, à leur différence, là où tout le monde peut se sentir discriminé, en manque de reconnaissance. On glisse ainsi des inégalités issues d’un système, d’une organisation sociale, à la discrimination dont les responsables sont les autres, les voisins.

Cette tendance à l’individualisation de toutes les souffrances conduit à se poser la question du commun qui ferait de nous des semblables. Il propose que la vie sociale elle-même produise la cohésion sociale. Ça veut dire faire du lien bien sûr, base de toute communauté.

Comment produire de la solidarité, sans passer par un impossible retour en arrière ? Comment produire du commun, c’est-à-dire ce plus petit dénominateur qui nous lie encore et nous liera demain. Il ne cite pas le langage mais c’était un lien puissant, on voit comment il est mis à mal. Il faut en trouver un autre, d’autres.

Il propose d’élargir la démocratie, de faire là où c’est possible, localement, plus de démocratie directe. Il ne développe pas beaucoup, mais on pourrait s’y attarder et poser la question :

– À partir de quoi, de quelles expériences concrètes fait-t-on communauté, solidarité, localement puis nationalement ? Autre que la guerre bien sûr et la recherche d’un bouc-émissaire.

Bon, je vais m’en tenir là même si je suis injuste avec ce sociologue, il y a déjà beaucoup de matière à penser, à débattre

Pour conclure, je vous rappelle les questions de fond que j’ai semées :

  • Dans quelle dynamique sommes-nous ? Soit quelles sont les conséquences en terme d’inégalités des choix politiques que nos représentants font en notre nom ?
  • Que va-t-il se passer pour les gens qui sont au bord ?
  • Comment celles et ceux qui n’y sont pas vont faire pour ne pas être menacés par celles et ceux du bord ?
  • Comment allons-nous faire, psychiquement, pour supporter en silence l’élimination des plus pauvres, si c’est le choix qui s’impose ?
  • Quelle est votre conception de la liberté ? Avec ou sans limite ?
  • Quel est le rôle de l’Etat, et donc de l’impôt ?
  • Est-il juste ou injuste de fixer une limite basse à la pauvreté et une limite haute à la richesse ? Voire est-il juste de se poser la question ?
  • Doit-on mériter des conditions de vie décentes ?
  • Doit-on mériter et justifier son existence ? Doit-on mériter les conditions de sa liberté de penser ?

Je vous poserai in fine un petit travail :

A quoi ça pourrait ressembler une politique locale de lutte contre les inégalités structurelles ? 

Article non finalisé mais en période électorale, la précision peut attendre

Filons la métaflore

L’expression conventionnelle est : filer la métaphore, ça veut dire déplier une représentation des choses dans plusieurs dimensions. Je trouve que métaflore est une belle métaphore pour parler de la façon nous pensons nos villages et leur problématique. 

Nous pensons toujours à partir de la représentation que nous avons des choses, ou d’un schéma de pensée, un pattern. Ici, il s’agira de notre façon de nous représenter notre village, notre territoire, notre région. Cette représentation est inspirée d’une métaphore végétale :  un village est comme une fleur, il doit être attractif s’il veut attirer les forces vives, sous peine de dépérir.

L’histoire. Quelqu’un évoque la nécessité d’attirer des jeunes couples si l’on ne veut pas que la petite école périclite et ferme. Sans enfants, sans un commerce, un village périclite. Sans zone industrielle et sans lotissements pour les petits budgets, idem. On risque la désertification dans un village-dortoir comme il y en a beaucoup dans les grandes banlieues. Cette façon de se représenter les choses est banale, du coup elle ne fait l’objet d’un examen critique.

L’angoisse est bien dite : la croissance c’est la vie, si on ne croit pas alors on régressera vers la mort. Pour croitre il faut être attirant, séduisant, à la page, modernisé, maquillé, animé, voire sexy pour attirer. On appellera ça l’attractivité. Difficile de résister au projet présenté comme ça : qui ne voudrait pas être belle ou beau ?

Attirer qui et quoi ? Attirer les jeunes pour qu’ils se reproduisent ici, et par la suite les investisseurs à qui il faudra proposer des conditions attractives donc, si on ne veut pas qu’ils aillent butiner ailleurs. Nous sommes donc en compétition entre villages, entre territoires, entre régions, entre pays. Nota : les seuls qui ne sont pas en compétition sont les investisseurs (les pollinisateurs) qui ont des fleurs dans tous les pays (faut pas être stupide non plus), quoiqu’il arrive, ils feront leur miel.

La fleur (♀︎) déploie tout un arsenal de ruses et de leurres pour attirer les pollinisateurs (♂︎). Pour le plaisir des mots, j’appelle ça la métaflore. Nous serions comme des fleurs, passivement installées, qui doivent attirer les bourdons actifs courageux et braves, quitte à en faire beaucoup, “Tu viens chéri ?”, quitte à être dans la surenchère permanente, jusqu’à payer les bourdons.

Que nous utilisions une métaphore végétale pour nous penser, pour nous représenter, n’est pas nouveau : les populations se sont toujours perçues comme leur environnement. Voir les nombreuses expressions telles : le blé en herbe, les jeunes pousses, la pépinière, les filles en fleur, etc…

Ce qui change, c’est désormais la référence aux technologies : faire un reset, une mise à jour, j’imprime pas, je sature, il a buggé (c’est français), etc..

Si je file un peu plus cette métaphore de la métaflore.

La croissance serait naturelle et une finalité indépassable : soit tu croîs soit tu meurs. C’est vrai pour la fleur. Si c’est pas toi qui croîs c’est le voisin, et donc tu mourras parce y’en a pas pour tout le monde : quelqu’un doit mourir, c’est la règle du jeu, le cycle naturel.  

La compétition entre les fleurs serait la loi naturelle de la prairie. Une fleur doit trouver son créneau, c’est-à-dire trouver le genre de pollinisateurs qu’elle veut attirer en fonction de ce qu’elle est. Une marguerite n’est pas orchidée, mais chacune peut trouver sa place dans la prairie si elle se spécialise, au moins en partie.

Les pollinisateurs, ce sont ces fameux riches qu’il faut attirer, et on n’en a jamais assez, sans eux pas de croissance, pas de reproducteurs, pas reproduction. Et la mort donc.

Sur le plan économique, c’est confondre les investisseurs et les investissements. Qu’il faille de l’argent pour investir de l’argent dans un projet, c’est tautologique, mais qu’il faille de l’argent privé pour investir dans des ouvrages et oeuvres collectives, ce n’est pas une loi naturelle, c’est un choix idéologique. Il peut y avoir des investissements publics et/ou collectifs. La condition c’est qu’on ne se pensent plus comme des fleurs. Par exemple, actuellement se développe des associations de citoyens pour financer des énergies renouvelables (sur EBER il y a du solaire citoyen avec EnRici), mais des mairies préfèrent confier les toits de leur commune (qui appartiennent à la communauté) à des investisseurs privés. C’est de mon point de vue une double trahison.

Sur le plan environnemental, cela amène nombre d’élus, et nous aussi souvent, à confondre l’environnement avec le décor. Or ces deux conceptions s’opposent frontalement. Penser le décor c’est se faire fleur, se faire belle ; penser l’environnement c’est se faire sûr, agréable, juste ; car il y a une limite ultime à tous nos fantasmes (la branche sur laquelle nous sommes assis !?), elle est physico-chimique.

Il y a une collusion non dite entre les investisseurs et les propriétaires. Plus le village est attirant, attractif, et attire donc, et plus le foncier prend de la valeur ; une véritable mine d’or dans certains endroits pour les propriétaires terriens ou immobiliers. Imaginez les fortunes faites dans le grand Lyon par les anciens maraichers propriétaires terriens.

Question : qui paie au final les investissements dans le décor, et sa transformation, pour que les investisseurs viennent fertiliser les terrains ? En fait puiser les ressources jusqu’à l’épuisement, comme le ferait des sauterelles en fait. Vous connaissez la réponse. 

Nota : aucun investisseur n’a jamais investi pour créer le moindre emploi, mais pour faire des bénéfices… quitte à supprimer des emplois. Et au risque de partir ailleurs après avoir prélevé toutes les richesses naturelles du territoire. Conséquences : il faudra développer des stratégies de fleurs pour les fidéliser. Comment fait-on ? On met toute notre jeunesse au service des bourdons : elle doit être belle, employable, désirable, adaptable, reproductive (sinon c’est la trahison suprême), et si possible pas trop chiante voire docile. Il s’agira de la menacer d’être une menace pour les bourdons pour la faire taire, voire la combattre.

Non seulement tout ceci est un jeu de dupes – le no-limit c’est le paradis, mais sur terre c’est l’enfer – c’est un jeu mortifère : 

  • la croissance infinie n’existe que dans nos rêves les plus fous ; 
  • la compétition n’est qu’un aspect de la règle du jeu de la nature, l’autre  aspect c’est la collaboration ;
  • L’optimisation est le contraire de la règle en biologie qui est l’efficacité moyenne pour rester adaptable aux aléas : c’est la variabilité du vivant que le rend robuste.
  • Croitre dans un monde limité c’est admettre implicitement la mort des plus faibles, de celles et ceux qui ne servent pas un maitre quelconque. Il faudrait donc admettre comme naturelle l’inégalité entre les individus, la hiérarchie entre les individus. Travail idéologique de fond en cours, et on a tort de le négliger.

Alors pourquoi la logique économique – qui n’est bien entendu pour rien dans les aléas climatiques et les risques de basculement dans une planète-serre – continue-t-elle dans la même logique destructrice, tout en le sachant ? Pensez-vous vraiment que les investisseurs sont stupides pour méconnaître les conséquences de leurs choix, de leurs actes ?

Les conséquences, qu’ils assument et qu’ils nous feront assumer si l’on y prend garde, c’est la guerre civile pour les ressources, suite logique de la compétition dans un monde limité. “Il n’y en aura pas pour tout le monde”, et les moins adaptés disparaitront : ce serait la loi de la nature, et ce sera donc de leur faute.

Pour résumé. Si, investisseurs ou propriétaires ou courtisans, vous imposez dans les têtes la compétition, l’attractivité et la compétitivité comme manière de penser, alors vous n’avez rien d’autre à faire : vous pouvez laisser les gens chercher les solutions, elles seront toujours à votre avantage au final. Mais au détriment du vivant et de l’égalité entre les humains.

Il n’y a pas d’alternative.

Si l’on se dégage du discours idéologique dont je viens de parler (il n’y a pas d’alternative à cette politique), en posant la réalité des faits : 7 limites planétaires sur 9 sont dépassées, nous sommes à deux doigts de créer une planète-serre, la responsabilité totale des comportements humains dans cette situation, alors il n’y a pas d’alternative : nous devons changer notre logiciel (sic). Plus sérieusement, nous devons changer la représentation du problème, notre façon de penser, donc utiliser les bons mots pour décrire la situation. Il y a des gens qui parlent de nouveaux récits, je ne partage pas cette expression qui renvoie aux histoires que l’on raconteraient aux enfants ; je pense qu’il faut dire que nous devons changer de représentation des problèmes, de représentation de nous-mêmes. 

Une autre représentation. Pour garder une métaphore qui fait appel au biologique, car nous en sommes, voici une image.
Nous sommes comme toutes les cellules, de base ou organisées : il faut que des choses rentrent pour fonctionner, et il faut que des choses sortent, des déchets. Ces déchets sont des communs ! S’ils sont recyclables par d’autres organisent vivants, alors des choses vont circuler et nous rendre dépendants les uns des autres. C’est la relation symbiotique.
Si on produit des déchets non recyclables, alors on se met en danger. Si on épuise des ressources non renouvelables, alors on se met en danger.

Une solution ? Chercher un équilibre dit symbiotique. Dans ce cas l’accumulation sans limite, l’enrichissement sans limite, la cupidité, l’avidité, moteurs et justifications de notre économie, sont des dangers mortels.

Olivier Hamant, dans son Manifeste pour une santé commune, propose que toutes nos actions soient guidées par un triple souci, une triple attention : tout action doit être bonne pour la santé de l’environnement, bonne pour la santé humaine, bonne pour les relations sociales. L’économie n’est plus la finalité, mais un moyen au service de.

Il n’y a pas d’alternative, nous devons penser notre empreinte planétaire comme limite à notre développement, nous devons penser nos déchets non recyclables comme limites. Concrètement, ça veut dire que si nous voulons produire moins de déchets plastiques, alors il faut en produire moins. Si nous voulons produire moins de déchets CO2, il faut faire entrer moins de combustibles fossiles. Si nous voulons des sols vivants, qui ne soient artificiels donc des déchets, il ne faut pas faire rentrer des biocides. Si nous voulons de la biodiversité, nous devons lui laisser de l’espace.

Si nous voulons de bonnes réponses, il faut nous poser les bonnes questions. Il existe une méthode. Il ne suffit pas de la connaitre, il faut du courage pour l’utiliser, et apprendre à s’en servir.

Albert Einstein, « Si j’avais une heure pour résoudre un problème dont ma vie dépendait, je passerais les 55 premières minutes à chercher la meilleure question à me poser, et lorsque je l’aurais trouvée il me suffirait de 5 minutes pour y répondre. »

L’insécurité(s) ? Ne parlons pas d’autre chose

voir tableau ci-après

  https://www.calameo.com/account/book

 

Encore faudrait-il avoir des lieux de débats, car leur absence contribue grandement à… l’insécurité ! 

Des Assemblées pour s’informer et débattre devraient servir, outre à la résolution des problèmes liés aux insécurités, à créer des liens de groupe et communautaire qui soutiennent et apaisent face à la solitude existentielle. A qui profite cette assignation à ne pas se rassembler en communauté, à se taire ?

Mettre un S à Insécurité devrait nous permettre 

  • de nous rendre attentifs aux conséquences de tous nos actes ;
  • de contextualiser les problèmes, de les nommer ; on ne traite pas un problème que l’on ne nomme pas, on ne règle pas correctement un problème que l’on définit mal (sauf heureux hasard) ;
  • d’améliorer notre perception des problèmes, qui sont par nature complexes. Il n’y a pas de solutions  simples et faciles à mettre en oeuvre à un problème humain ;
  • de distinguer les problèmes qui sont importants (tous) de ceux qui sont vitaux (pas tous) ;
  • de penser ce qui dépend de nous en tant qu’individu, ou en tant que groupe ou collectif, en tant que communauté de destin ;
  • de penser la nature des changements à opérer, individuellement collectivement ou structurellement, si l’on est sincère et cohérent (ce qui est le premier des problèmes politiques peut-être).

P.S : si on mettait les bébés et les enfants au centre de nos préoccupations, au centre de l’organisation sociale – voir Droits de l’enfant  à la place de la satisfaction de l’avidité et la cupidité des coucous qui organisent le monde à leur profit – la face du monde en serait changée.

  Elections municipales.      Soyons clairs

Etre citoyen, ce n’est pas élire des dirigeants puis se taire, ou devoir se taire si on ne se présente pas aux élections ; être citoyen c’est s’exprimer sur des projets, en connaissance suffisante des conséquences, avant d’élire des gouvernants présumés compétents pour les mener à bien sous le contrôle citoyen. On est loin de la citoyenneté donc.

Voici les questions que j’adresse aux éventuelles listes de mon village qui se présenteront aux élections de mars, car la réalité physico-chimique ne peut pas être battue par les urnes.

Sur l’urgence climatique et sanitaire  (la branche sur laquelle on attend la fin du mois)

  • Admettez-vous les rapports du GIEC qui affirment que le réchauffement climatique est, en totalité, lié aux activités humaines ?
  • Si non, quels sont les arguments scientifiques auxquels vous faites référence pour contester cette affirmation ? Dans ce cas, êtes-vous prêts à les présenter à la population pour une évaluation  publique en présence de scientifiques spécialisés ?
  • Si oui, admettez-vous alors que le degré d’urgence climatique est de 10 sur une échelle de 0 à 10, comme le dit le GIEC l’ADEME et d’autres organismes officiels ?
  • Pour être cohérents, êtes-vous prêts à déclarer solennellement l’urgence climatique et sanitaire devant la population, et à la convoquer pour élaborer collectivement et démocratiquement les nouveaux modes de vie adaptés à la situation que nous avons créée ? C’est-à-dire faire que la population puisse voter des solutions locales à la hauteur des enjeux.
  • Admettez-vous, ou non, que nous devons atteindre la neutralité carbone avant 2050, soit passer à une production de 2t CO2/pers/an – y compris les plus riches – ceci dans la mesure où nous développons des puits carbone pour un bilan final de 0 t ?
  • Admettez-vous, comme le montrent les prévisions des spécialistes, que si nous échouons à tenir cet objectif, la conséquence sera l’évolution inexorable vers une terre-serre qui mettra en péril la vie de nombreuses personnes sur la planète, et l’avenir, non pas de l’humanité, mais de nos enfants et petits enfants ?
  • Admettez-vous que nous n’avons quasiment plus de budgets : CO2 pour nos modes de vie actuels, biodiversité à détruire, sols à détruire, eau à polluer, plastiques à fabriquer, … et que ces réalités doivent être nos nouvelles références pour penser la vie de la cité ?

Pour ma part, je n’élirai pas des gens qui refuseraient de nommer la réalité physico-chimique pour ce qu’elle est, ou la négligerait par idéologie, climato-sceptiscisme ou électoralisme.

Chers lectrices et lecteurs, si vous considérez que ces questions sont incontournables, vous pouvez les poser à votre tour aux équipes candidates en nom propre ou en collectifs. Vous noterez que ces questions n’ont aucun caractère idéologique ou partisan.

Mais les équipes candidates peuvent aussi s’exprimer librement et clairement sur le sujet sans nous obliger à nous transformer en lobby citoyen. Un Peuple, si souverain, n’est pas un lobby.

 

pastedGraphic.png

L’évidence d’un processus pouvant conduire à une sixième extinction de masse des espèces vivantes n’est plus à démontrer. Que fait-on de ce constat ? Cette réalité interroge notre responsabilité, individuelle et collective.

Plus personne ne peut désormais ignorer le mariage étroit qui nous unit avec les autres compagnons terrestres. À partir de l’analyse du texte de Rodolfo Dirzo, Gerardo Ceballos et Paul R.Ehrlich Au bord du gouffre : la crise de l’extinction et le futur de l’humanité, le chercheur en écologie politique, Bruno Villalba propose de suivre l’entremêlement des causes historiques de la destruction des mondes vivants et des conséquences présentes et à venir. Plus urgente encore que la crise climatique, cette extinction de masse révèle notre extrême dépendance à toutes ces espaces vivantes, que nous considérons encore comme secondaires, notre projet humain. Notre responsabilité et d’imaginer, maintenant, un monde commun, car, comme le rappelle Dirzo, Ceballos et Ehrlich : « les êtres humains font partie de la biodiversité. » Une parmi d’autres.

Résumé.

L’humanité a déclenché la sixième extinction massive depuis le début de l’ère phanérozoïque. La complexité de cette crise d’extinction est centrée sur l’intersection de deux systèmes adaptatifs complexes : la culture humaine et le fonctionnement de l’écosystème, même si la signification de cette intersection ne s’apprécie pas pleinement. Les êtres humains font partie de la biodiversité et sont des éléments d’un écosystème mondial. La civilisation, et peut-être le sort même de notre espèce, dépend intégralement du bon fonctionnement de notre écosystème, que la société ne cesse de dégrader. La crise semble avoir, à la racine, trois éléments. En premier lieu, relativement peu de personnes dans le monde sont conscients de son existence. En deuxième lieu, la plupart des gens qui le sont, et même bien des scientifiques, présument que le problème concerne principalement la disparition des espèces, alors qu’en réalité c’est la menace existentielle d’extinction de multiples populations. En troisième lieu, bien que les scientifiques concernés sachent que de nombreuses mesures individuelles et collectives doivent être prises pour ralentir les taux d’extinction des populations, certains ne sont pas disposés. À préconiser le seul remède fondamental, nécessaire et bien “simple” : c’est-à-dire, réduire l’échelle de l’entreprise humaine. Nous argumentons qu’il faut réduire de manière compassionnelle la taille de la population humaine, en encourageant la baisse des taux de natalité, tout en réduisant à la fois les inégalités et le gaspillage global, c’est-à-dire en mettant fin à l’obsession de la croissance.

 

ndlr : on peut ne pas être d’accord avec la conclusion politique des auteurs, voir dernière phrase, il n’en demeure pas moins que la question est posée.

Juin 2025. Mme Dézarnaud – députée à cette époque, redevenue aujourd’hui présidente de l’intercommunauté EBER après le retour à la députation de M. Neuder ministre de la santé – a répondu à une interpellation de Rachel Rousselle, paysanne à la ferme du contrevent, au sujet de son vote de la loi Duplomb.

“Bonjour ! 

Je comprends vos inquiétudes, mais permettez-moi d’apporter quelques éléments de clarification.

L’acétamipride n’a jamais été interdit pour des raisons sanitaires : l’ANSES ne lui a jamais retiré son autorisation, et l’EFSA l’a même réapprouvé. Aujourd’hui, il est autorisé dans tous les autres pays de l’Union. 

Ce que la France a fait, c’est s’imposer une surtransposition, en voulant être plus vertueuse que les autres, mais au détriment de nos propres filières. Résultat : une concurrence déloyale, des productions fragilisées, et une perte de souveraineté alimentaire. Ce n’est pas le principe de précaution qui s’applique ici, car les données scientifiques sont claires.

Concrètement, si rien n’est fait, certaines filières risquent de disparaître, comme celle de la noisette, ou même des productions emblématiques comme les fraises ou le kiwi. Et nous finirions par importer ces mêmes produits, traités avec l’acétamipride ailleurs, avec en plus une empreinte carbone plus lourde. C’est un non-sens. 

La mesure votée est très encadrée : elle ne concernera que les situations de blocage, pour une durée limitée à trois ans, avec un avis systématique de l’ANSES et d’un conseil de surveillance. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, mais de trouver des solutions pragmatiques et responsables. 

Ce vote, c’est un choix de confiance dans la science, de cohérence européenne, et surtout de soutien à nos agriculteurs. 

En espérant pouvoir en discuter avec vous

Bien à vous,

Sylvie Dezarnaud”   

———————————

Voici mes commentaires adressés à Mme Dezarnaud

Bonjour Madame

Je viens de lire votre argumentaire sur la loi Duplomb que fait suivre Rachel de la ferme du contrevent.

Sur la loi Duplomb – M. Duplomb ne parle pas que d’un pesticide mais d’une conception technophile et industrielle de l’agriculture – vous vous appuyez sur la science pour prendre une décision politique, alors on doit pouvoir parler sérieusement de notre rapport à la science. Votre rapport personnel notamment et non pas celui de votre parti ; pour ma part je n’ai pas de parti ni de parti-pris a priori dans aucun domaine.
– Vous n’avez pas dit publiquement ce que vous pensez des rapports du GIEC et de l’IPBES et des conclusions politiques que vous en tirez. Pourriez-vous le faire un jour lors d’un débat à organiser où il vous plaira ?
– Vous n’avez pas dit ce que vous pensez des rapports scientifiques de l’ADEME et de leur appel à déclarer l’urgence climatique ; vous n’avez pas dit dans quel scénario de l’ADEME vous situiez votre action.`Pourriez-vous le faire un jour lors d’un débat à organiser où il vous plaira ?

J’ai sollicité les élus via mon web-courrier L’accord du Peuple n° 6 sur une question qui doit nous permettre de nous distinguer valablement les uns des autres, voire nous opposer lucidement :

A qui appartient la planète et ce qu’elle contient ? C’est la question philosophico-politique socle pour dire quelle humanité nous voulons être, et ce que nous ne voulons pas être. Dit autrement, pensez-vous que :

  • 1, nous en sommes les propriétaires. Nous pouvons nous développer sans contrainte, sans autre limite que celle de notre survie, donc décarboner (protéger seulement ce qui nous est indispensable ou agréable ; fonction utilitariste du vivant). C’est la position je pense de votre parti politique, mais est-ce bien la vôtre ?
  • ou 2, nous ne sommes ni les maîtres ni les propriétaires. Nous devons nous limiter dans l’espace et laisser suffisamment de place au reste du vivant pour vivre en harmonie voire en symbiose ; ceci même si nous avons les moyens technologiques – et en toute sécurité – de faire sans lui. Dans ce cas ça doit se voir dans le PLUI. Si c’est la vôtre, alors ça devrait se voir dans vos choix politiques.

Très cordialement

Stephane Foucart, le Monde (la loi Duplomb)”..voté contre vingt-deux sociétés savantes médicales, contre la Ligue contre le cancer, contre les administrateurs et les personnels de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (l’ANSES), contre le troisième syndicat agricole de France, contre la Fondation pour la recherche médicale, contre vingt mutuelles, groupes mutualistes ainsi que la Fédération des mutuelles de France, représentant plusieurs millions d’assurés, contre le Conseil scientifique du CNRS, contre la Fédération des régies d’eau potable, contre des centaines de médecins et de chercheurs qui ont signé intuitu personae des tribunes et des lettres ouvertes.”

Taxe Zucman : questionner la question

——————————————

Dans les sciences sociales, on questionne toujours la question ; mais c’est une attitude subversive qui sent le souffre en politique. 

Par exemple : Faut-il taxer les riches ? 

C’est le pseudo-débat qui enrage sur les plateaux et les Assemblées. D’une manière un peu indécente je trouve, des courtisans défendent les plus riches contre ce qu’ils appellent “l’impôtmania” française. S’il y avait un vrai débat, on questionnerait d’abord et publiquement les termes de la question, juste pour savoir de quoi l’on parle.

Questions sur la question : 

  • Existe-t-il une limite juste à la richesse, à la propriété, puisqu’elles correspondent à un inverse par rapport à la moyenne dans un monde fini ? Vous avez noté peut-être que les plus riches ont toujours tenu leurs intérêts pour l’intérêt général, et ceci bien avant la Révolution.
  • Et une limite juste à la pauvreté, au dénuement ? 
  • Quel serait l’écart juste entre les salaires dans notre pays ?
  • A quelle conception de l’Etat l’impôt correspond-t-il ? L’Etat juste est-il au service de la liberté, la santé et la sécurité de tous, ou de certains  même si c’est aux dépens d’autres ?
  • Est-il juste de dégager 20, 50, 70 t/CO2/an simplement parce que l’on est riche ?
  • Est-il juste en démocratie de traiter les problèmes en se référant au concept du Juste,  qui n’est pas le Normal ?

Que pense la ou le député qui va décider à votre place ? Et vous, vous en pensez quelque chose ?

En posant ces questions, on voit vite que la (petite) taxe Zucman ne répond pas aux enjeux écologiques, même si on la double et qu’on la consacre à la transition écologique.

Le problème est plus grave : il est dans la définition même de la liberté dont tout le monde se réclame.

D’une part, il y a la liberté des traités commerciaux qui ont leurs tribunaux : celle d’entreprendre sans entrave et quelles que soient les conséquences sur les autres. Ses partisans n’ont pas intérêt à voir ou faire exister une communauté souveraine. There is no such thing as a society (une société ça n’existe pas), disait Margaret Thatcher.

D’autre part, il y a celle intégrée dans la constitution (française et européenne) via le principe de précaution qui a ses cours de justice : la liberté limitée par celle d’autrui. Dans ce cas, la communauté a une existence, mais elle n’est pas souveraine ! Donc elle n’est pas une communauté, mais une masse d’individus.

Notre capacité à contenir de tels paradoxes a un coût, mais ce ne sont pas les plus riches qui les paient.

Extraits du livre PROPRIÉTÉ, Le sujet et sa chose,  de Christophe Clerc et Gérard Mordillat. Seuil 2023

p 68 Conflit originel. 

Le premier grand conflit sur la propriété a eu lieu en 494 avant J-C. Pour le décrire l’historien romain Tite-Live, met en scène un vieillard réduit à la misère, couvert de glorieuse cicatrices que le peuple reconnaît comme un ancien centurion valeureux. “Ruiné par les dévastations de l’ennemi, il s’était vu contraint d’emprunter ; ses dettes grossies par les intérêts, l’avaient dépouillé d’abord du champ qu’il tenait de son père et de son aïeul, puis de tout ce qu’il possédait encore : bientôt, s’étendant comme un mal rongeur, elles avaient atteint sa personne elle-même. Saisi par son créancier, il avait trouvé en lui, non un maître, mais un geôlier et un bourreau”. Le peuple ému, s’agite et demande la suppression de l’esclavage pour dettes.

Le Sénat, composé de la noblesse patricienne, s’y oppose. La tension monte, mais une guerre s’annonce, l’ennemi Volsque arrive et il faut enrôler les citoyens pour former les légions. Le peuple outragé refuse la mobilisation : “les citoyens s’exhortaient les uns les autres à ne point se faire inscrire : il valait mieux périr tous ensemble que périr seul. C’était au patriciens de se charger du service militaire, c’était aux patriciens de prendre les armes ; les dangers de la guerre seraient alors pour ceux qui en recueillaient tout le fruit.” Le Sénat tente des manœuvres dilatoires avant de finalement faire une promesse d’abolition. Les citoyens qui pensent avoir obtenu satisfaction, s’enrôlent. La guerre est gagnée, mais, la paix revenue, l’engagement est trahi par le consul Appius Claudius. Le peuple est furieux, il résiste aux réductions en esclavage des siens : “On recourait à la violence. La terreur et le danger de perdre la liberté passait des débiteurs aux créanciers, quand ceux-ci virent que sous les yeux même du consul, la multitude osait les maltraiter, un après l’autre.” Mais la menace de guerre revient, les Sabins se faisaient menaçants, et le cycle recommence : demande d’enrôlement, refus populaire, promesse d’abolition, enrôlement, victoire, et nouvelle trahison de la promesse sous la pression des créanciers. C’est alors que le peuple pose un acte fondateur. Se constitue en plèbe, il entame une grève de masse. Il se retire à proximité, dans un fort situé sur le mon sacré, et attend.

Plutôt que de céder sur la propriété des esclaves pour dettes, le sénat préfère concéder une réforme institutionnelle de grande ampleur : il accepte la création de tribuns de la plèbe. Dotés d’un pouvoir général de véto sur toute décision, ils sont protégés par une inviolabilité personnelle. Les derniers deviennent presque les premiers. La leçon est claire : pour le Sénat patricien, tout vaut mieux que de céder sur la propriété. 

Le conflit sur la propriété de la terre fait l’objet de la même intransigeance. Bien que les soldats soient le peuple en armes, les patriciens imposent que les terres conquises soient versées dans le domaine public, dont ils s’arrogent en sous-main le contrôle et la propriété. Privé du fruit de ses victoires, exaspéré par cette appropriation illégale, pour « chasser les patriciens des héritages publics, injustement usurpés », le peuple va réclamer le vote d’une loi agraire à neuf reprises, entre 486 et 468 avant J-C. Pour faire céder les patriciens, tout va être tenter : refuser de nouveau l’enrôlement quand les ennemis envahissent le pays, faire exprès de perdre la guerre quand celle-ci est menée par un consul patricien résolument hostile à la loi agraire (Appius Claudius), et déclencher un procès contre ce consul après sa sortie de charge.

La résistance des patriciens est à l’avenant. Ils n’ont guère le choix, leurs demeures pourraient être menacées : comme le rappelle Tite-Live, la totalité de la ville de Rome ayant été à l’origine prise à l’ennemi, les villas des patriciens qui s’y trouvent relèvent du droit de conquête et pourraient donc être déclarées biens de l’État. Ils font donc condamner à mort et exécuter un consul patricien,  Vecellinius, qui était favorable aux intérêts plébéiens, sous l’accusation d’avoir voulu devenir roi en cherchant les faveurs du peuple. Ils font assassiner le tribun Cnaus  Genucius, qui poursuivait en justice des consuls hostiles à la dernière proposition de loi agraire. S’ils doivent céder à nouveau sur le pouvoir des tribuns, dont l’indépendance est menacée par un nouveau mode d’élection, ils tiennent bon sur la réforme agraire.

Enfin, à partir de 467 avant J–C, ils se concentrent sur une nouvelle stratégie : continuer à refuser la réformes pour tous, mais insister sur l’attribution d’un nombre limité de lots gratuits de terre dans les colonies nouvellement fondées. Comme l’écrit Tite-Live, ” Antium, ville voisine, favorablement située sur le bord de la mer, pouvait recevoir une colonie” : il était donc facile de donner des terres au peuple, sans exciter les cris des propriétaires, sans troubler la paix de Rome. On rejoint ainsi la légende de la fondation de Rome, qui aurait donné lieu à l’attribution gratuite à chaque colon de deux jugères de terre (environ 0,5 ha). Mais Rome n’est plus dans le temps des mythes : elle a inventé, sans le savoir, la lutte des classes.

 

ndlr. Est-il nécessaire d’ajouter un commentaire ?