L’insécurité(s) ? Ne parlons pas d’autre chose

voir tableau ci-après

  https://www.calameo.com/account/book

 

Encore faudrait-il avoir des lieux de débats, car leur absence contribue grandement à… l’insécurité ! 

Des Assemblées pour s’informer et débattre devraient servir, outre à la résolution des problèmes liés aux insécurités, à créer des liens de groupe et communautaire qui soutiennent et apaisent face à la solitude existentielle. A qui profite cette assignation à ne pas se rassembler en communauté, à se taire ?

Mettre un S à Insécurité devrait nous permettre 

  • de nous rendre attentifs aux conséquences de tous nos actes ;
  • de contextualiser les problèmes, de les nommer ; on ne traite pas un problème que l’on ne nomme pas, on ne règle pas correctement un problème que l’on définit mal (sauf heureux hasard) ;
  • d’améliorer notre perception des problèmes, qui sont par nature complexes. Il n’y a pas de solutions  simples et faciles à mettre en oeuvre à un problème humain ;
  • de distinguer les problèmes qui sont importants (tous) de ceux qui sont vitaux (pas tous) ;
  • de penser ce qui dépend de nous en tant qu’individu, ou en tant que groupe ou collectif, en tant que communauté de destin ;
  • de penser la nature des changements à opérer, individuellement collectivement ou structurellement, si l’on est sincère et cohérent (ce qui est le premier des problèmes politiques peut-être).

P.S : si on mettait les bébés et les enfants au centre de nos préoccupations, au centre de l’organisation sociale – voir Droits de l’enfant  à la place de la satisfaction de l’avidité et la cupidité des coucous qui organisent le monde à leur profit – la face du monde en serait changée.

  Elections municipales.      Soyons clairs

Etre citoyen, ce n’est pas élire des dirigeants puis se taire, ou devoir se taire si on ne se présente pas aux élections ; être citoyen c’est s’exprimer sur des projets, en connaissance suffisante des conséquences, avant d’élire des gouvernants présumés compétents pour les mener à bien sous le contrôle citoyen. On est loin de la citoyenneté donc.

Voici les questions que j’adresse aux éventuelles listes de mon village qui se présenteront aux élections de mars, car la réalité physico-chimique ne peut pas être battue par les urnes.

Sur l’urgence climatique et sanitaire  (la branche sur laquelle on attend la fin du mois)

  • Admettez-vous les rapports du GIEC qui affirment que le réchauffement climatique est, en totalité, lié aux activités humaines ?
  • Si non, quels sont les arguments scientifiques auxquels vous faites référence pour contester cette affirmation ? Dans ce cas, êtes-vous prêts à les présenter à la population pour une évaluation  publique en présence de scientifiques spécialisés ?
  • Si oui, admettez-vous alors que le degré d’urgence climatique est de 10 sur une échelle de 0 à 10, comme le dit le GIEC l’ADEME et d’autres organismes officiels ?
  • Pour être cohérents, êtes-vous prêts à déclarer solennellement l’urgence climatique et sanitaire devant la population, et à la convoquer pour élaborer collectivement et démocratiquement les nouveaux modes de vie adaptés à la situation que nous avons créée ? C’est-à-dire faire que la population puisse voter des solutions locales à la hauteur des enjeux.
  • Admettez-vous, ou non, que nous devons atteindre la neutralité carbone avant 2050, soit passer à une production de 2t CO2/pers/an – y compris les plus riches – ceci dans la mesure où nous développons des puits carbone pour un bilan final de 0 t ?
  • Admettez-vous, comme le montrent les prévisions des spécialistes, que si nous échouons à tenir cet objectif, la conséquence sera l’évolution inexorable vers une terre-serre qui mettra en péril la vie de nombreuses personnes sur la planète, et l’avenir, non pas de l’humanité, mais de nos enfants et petits enfants ?
  • Admettez-vous que nous n’avons quasiment plus de budgets : CO2 pour nos modes de vie actuels, biodiversité à détruire, sols à détruire, eau à polluer, plastiques à fabriquer, … et que ces réalités doivent être nos nouvelles références pour penser la vie de la cité ?

Pour ma part, je n’élirai pas des gens qui refuseraient de nommer la réalité physico-chimique pour ce qu’elle est, ou la négligerait par idéologie, climato-sceptiscisme ou électoralisme.

Chers lectrices et lecteurs, si vous considérez que ces questions sont incontournables, vous pouvez les poser à votre tour aux équipes candidates en nom propre ou en collectifs. Vous noterez que ces questions n’ont aucun caractère idéologique ou partisan.

Mais les équipes candidates peuvent aussi s’exprimer librement et clairement sur le sujet sans nous obliger à nous transformer en lobby citoyen. Un Peuple, si souverain, n’est pas un lobby.

 

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L’évidence d’un processus pouvant conduire à une sixième extinction de masse des espèces vivantes n’est plus à démontrer. Que fait-on de ce constat ? Cette réalité interroge notre responsabilité, individuelle et collective.

Plus personne ne peut désormais ignorer le mariage étroit qui nous unit avec les autres compagnons terrestres. À partir de l’analyse du texte de Rodolfo Dirzo, Gerardo Ceballos et Paul R.Ehrlich Au bord du gouffre : la crise de l’extinction et le futur de l’humanité, le chercheur en écologie politique, Bruno Villalba propose de suivre l’entremêlement des causes historiques de la destruction des mondes vivants et des conséquences présentes et à venir. Plus urgente encore que la crise climatique, cette extinction de masse révèle notre extrême dépendance à toutes ces espaces vivantes, que nous considérons encore comme secondaires, notre projet humain. Notre responsabilité et d’imaginer, maintenant, un monde commun, car, comme le rappelle Dirzo, Ceballos et Ehrlich : « les êtres humains font partie de la biodiversité. » Une parmi d’autres.

Résumé.

L’humanité a déclenché la sixième extinction massive depuis le début de l’ère phanérozoïque. La complexité de cette crise d’extinction est centrée sur l’intersection de deux systèmes adaptatifs complexes : la culture humaine et le fonctionnement de l’écosystème, même si la signification de cette intersection ne s’apprécie pas pleinement. Les êtres humains font partie de la biodiversité et sont des éléments d’un écosystème mondial. La civilisation, et peut-être le sort même de notre espèce, dépend intégralement du bon fonctionnement de notre écosystème, que la société ne cesse de dégrader. La crise semble avoir, à la racine, trois éléments. En premier lieu, relativement peu de personnes dans le monde sont conscients de son existence. En deuxième lieu, la plupart des gens qui le sont, et même bien des scientifiques, présument que le problème concerne principalement la disparition des espèces, alors qu’en réalité c’est la menace existentielle d’extinction de multiples populations. En troisième lieu, bien que les scientifiques concernés sachent que de nombreuses mesures individuelles et collectives doivent être prises pour ralentir les taux d’extinction des populations, certains ne sont pas disposés. À préconiser le seul remède fondamental, nécessaire et bien “simple” : c’est-à-dire, réduire l’échelle de l’entreprise humaine. Nous argumentons qu’il faut réduire de manière compassionnelle la taille de la population humaine, en encourageant la baisse des taux de natalité, tout en réduisant à la fois les inégalités et le gaspillage global, c’est-à-dire en mettant fin à l’obsession de la croissance.

 

ndlr : on peut ne pas être d’accord avec la conclusion politique des auteurs, voir dernière phrase, il n’en demeure pas moins que la question est posée.

Juin 2025. Mme Dézarnaud – députée à cette époque, redevenue aujourd’hui présidente de l’intercommunauté EBER après le retour à la députation de M. Neuder ministre de la santé – a répondu à une interpellation de Rachel Rousselle, paysanne à la ferme du contrevent, au sujet de son vote de la loi Duplomb.

“Bonjour ! 

Je comprends vos inquiétudes, mais permettez-moi d’apporter quelques éléments de clarification.

L’acétamipride n’a jamais été interdit pour des raisons sanitaires : l’ANSES ne lui a jamais retiré son autorisation, et l’EFSA l’a même réapprouvé. Aujourd’hui, il est autorisé dans tous les autres pays de l’Union. 

Ce que la France a fait, c’est s’imposer une surtransposition, en voulant être plus vertueuse que les autres, mais au détriment de nos propres filières. Résultat : une concurrence déloyale, des productions fragilisées, et une perte de souveraineté alimentaire. Ce n’est pas le principe de précaution qui s’applique ici, car les données scientifiques sont claires.

Concrètement, si rien n’est fait, certaines filières risquent de disparaître, comme celle de la noisette, ou même des productions emblématiques comme les fraises ou le kiwi. Et nous finirions par importer ces mêmes produits, traités avec l’acétamipride ailleurs, avec en plus une empreinte carbone plus lourde. C’est un non-sens. 

La mesure votée est très encadrée : elle ne concernera que les situations de blocage, pour une durée limitée à trois ans, avec un avis systématique de l’ANSES et d’un conseil de surveillance. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi, mais de trouver des solutions pragmatiques et responsables. 

Ce vote, c’est un choix de confiance dans la science, de cohérence européenne, et surtout de soutien à nos agriculteurs. 

En espérant pouvoir en discuter avec vous

Bien à vous,

Sylvie Dezarnaud”   

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Voici mes commentaires adressés à Mme Dezarnaud

Bonjour Madame

Je viens de lire votre argumentaire sur la loi Duplomb que fait suivre Rachel de la ferme du contrevent.

Sur la loi Duplomb – M. Duplomb ne parle pas que d’un pesticide mais d’une conception technophile et industrielle de l’agriculture – vous vous appuyez sur la science pour prendre une décision politique, alors on doit pouvoir parler sérieusement de notre rapport à la science. Votre rapport personnel notamment et non pas celui de votre parti ; pour ma part je n’ai pas de parti ni de parti-pris a priori dans aucun domaine.
– Vous n’avez pas dit publiquement ce que vous pensez des rapports du GIEC et de l’IPBES et des conclusions politiques que vous en tirez. Pourriez-vous le faire un jour lors d’un débat à organiser où il vous plaira ?
– Vous n’avez pas dit ce que vous pensez des rapports scientifiques de l’ADEME et de leur appel à déclarer l’urgence climatique ; vous n’avez pas dit dans quel scénario de l’ADEME vous situiez votre action.`Pourriez-vous le faire un jour lors d’un débat à organiser où il vous plaira ?

J’ai sollicité les élus via mon web-courrier L’accord du Peuple n° 6 sur une question qui doit nous permettre de nous distinguer valablement les uns des autres, voire nous opposer lucidement :

A qui appartient la planète et ce qu’elle contient ? C’est la question philosophico-politique socle pour dire quelle humanité nous voulons être, et ce que nous ne voulons pas être. Dit autrement, pensez-vous que :

  • 1, nous en sommes les propriétaires. Nous pouvons nous développer sans contrainte, sans autre limite que celle de notre survie, donc décarboner (protéger seulement ce qui nous est indispensable ou agréable ; fonction utilitariste du vivant). C’est la position je pense de votre parti politique, mais est-ce bien la vôtre ?
  • ou 2, nous ne sommes ni les maîtres ni les propriétaires. Nous devons nous limiter dans l’espace et laisser suffisamment de place au reste du vivant pour vivre en harmonie voire en symbiose ; ceci même si nous avons les moyens technologiques – et en toute sécurité – de faire sans lui. Dans ce cas ça doit se voir dans le PLUI. Si c’est la vôtre, alors ça devrait se voir dans vos choix politiques.

Très cordialement

Stephane Foucart, le Monde (la loi Duplomb)”..voté contre vingt-deux sociétés savantes médicales, contre la Ligue contre le cancer, contre les administrateurs et les personnels de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (l’ANSES), contre le troisième syndicat agricole de France, contre la Fondation pour la recherche médicale, contre vingt mutuelles, groupes mutualistes ainsi que la Fédération des mutuelles de France, représentant plusieurs millions d’assurés, contre le Conseil scientifique du CNRS, contre la Fédération des régies d’eau potable, contre des centaines de médecins et de chercheurs qui ont signé intuitu personae des tribunes et des lettres ouvertes.”

Taxe Zucman : questionner la question

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Dans les sciences sociales, on questionne toujours la question ; mais c’est une attitude subversive qui sent le souffre en politique. 

Par exemple : Faut-il taxer les riches ? 

C’est le pseudo-débat qui enrage sur les plateaux et les Assemblées. D’une manière un peu indécente je trouve, des courtisans défendent les plus riches contre ce qu’ils appellent “l’impôtmania” française. S’il y avait un vrai débat, on questionnerait d’abord et publiquement les termes de la question, juste pour savoir de quoi l’on parle.

Questions sur la question : 

  • Existe-t-il une limite juste à la richesse, à la propriété, puisqu’elles correspondent à un inverse par rapport à la moyenne dans un monde fini ? Vous avez noté peut-être que les plus riches ont toujours tenu leurs intérêts pour l’intérêt général, et ceci bien avant la Révolution.
  • Et une limite juste à la pauvreté, au dénuement ? 
  • Quel serait l’écart juste entre les salaires dans notre pays ?
  • A quelle conception de l’Etat l’impôt correspond-t-il ? L’Etat juste est-il au service de la liberté, la santé et la sécurité de tous, ou de certains  même si c’est aux dépens d’autres ?
  • Est-il juste de dégager 20, 50, 70 t/CO2/an simplement parce que l’on est riche ?
  • Est-il juste en démocratie de traiter les problèmes en se référant au concept du Juste,  qui n’est pas le Normal ?

Que pense la ou le député qui va décider à votre place ? Et vous, vous en pensez quelque chose ?

En posant ces questions, on voit vite que la (petite) taxe Zucman ne répond pas aux enjeux écologiques, même si on la double et qu’on la consacre à la transition écologique.

Le problème est plus grave : il est dans la définition même de la liberté dont tout le monde se réclame.

D’une part, il y a la liberté des traités commerciaux qui ont leurs tribunaux : celle d’entreprendre sans entrave et quelles que soient les conséquences sur les autres. Ses partisans n’ont pas intérêt à voir ou faire exister une communauté souveraine. There is no such thing as a society (une société ça n’existe pas), disait Margaret Thatcher.

D’autre part, il y a celle intégrée dans la constitution (française et européenne) via le principe de précaution qui a ses cours de justice : la liberté limitée par celle d’autrui. Dans ce cas, la communauté a une existence, mais elle n’est pas souveraine ! Donc elle n’est pas une communauté, mais une masse d’individus.

Notre capacité à contenir de tels paradoxes a un coût, mais ce ne sont pas les plus riches qui les paient.

Extraits du livre PROPRIÉTÉ, Le sujet et sa chose,  de Christophe Clerc et Gérard Mordillat. Seuil 2023

p 68 Conflit originel. 

Le premier grand conflit sur la propriété a eu lieu en 494 avant J-C. Pour le décrire l’historien romain Tite-Live, met en scène un vieillard réduit à la misère, couvert de glorieuse cicatrices que le peuple reconnaît comme un ancien centurion valeureux. “Ruiné par les dévastations de l’ennemi, il s’était vu contraint d’emprunter ; ses dettes grossies par les intérêts, l’avaient dépouillé d’abord du champ qu’il tenait de son père et de son aïeul, puis de tout ce qu’il possédait encore : bientôt, s’étendant comme un mal rongeur, elles avaient atteint sa personne elle-même. Saisi par son créancier, il avait trouvé en lui, non un maître, mais un geôlier et un bourreau”. Le peuple ému, s’agite et demande la suppression de l’esclavage pour dettes.

Le Sénat, composé de la noblesse patricienne, s’y oppose. La tension monte, mais une guerre s’annonce, l’ennemi Volsque arrive et il faut enrôler les citoyens pour former les légions. Le peuple outragé refuse la mobilisation : “les citoyens s’exhortaient les uns les autres à ne point se faire inscrire : il valait mieux périr tous ensemble que périr seul. C’était au patriciens de se charger du service militaire, c’était aux patriciens de prendre les armes ; les dangers de la guerre seraient alors pour ceux qui en recueillaient tout le fruit.” Le Sénat tente des manœuvres dilatoires avant de finalement faire une promesse d’abolition. Les citoyens qui pensent avoir obtenu satisfaction, s’enrôlent. La guerre est gagnée, mais, la paix revenue, l’engagement est trahi par le consul Appius Claudius. Le peuple est furieux, il résiste aux réductions en esclavage des siens : “On recourait à la violence. La terreur et le danger de perdre la liberté passait des débiteurs aux créanciers, quand ceux-ci virent que sous les yeux même du consul, la multitude osait les maltraiter, un après l’autre.” Mais la menace de guerre revient, les Sabins se faisaient menaçants, et le cycle recommence : demande d’enrôlement, refus populaire, promesse d’abolition, enrôlement, victoire, et nouvelle trahison de la promesse sous la pression des créanciers. C’est alors que le peuple pose un acte fondateur. Se constitue en plèbe, il entame une grève de masse. Il se retire à proximité, dans un fort situé sur le mon sacré, et attend.

Plutôt que de céder sur la propriété des esclaves pour dettes, le sénat préfère concéder une réforme institutionnelle de grande ampleur : il accepte la création de tribuns de la plèbe. Dotés d’un pouvoir général de véto sur toute décision, ils sont protégés par une inviolabilité personnelle. Les derniers deviennent presque les premiers. La leçon est claire : pour le Sénat patricien, tout vaut mieux que de céder sur la propriété. 

Le conflit sur la propriété de la terre fait l’objet de la même intransigeance. Bien que les soldats soient le peuple en armes, les patriciens imposent que les terres conquises soient versées dans le domaine public, dont ils s’arrogent en sous-main le contrôle et la propriété. Privé du fruit de ses victoires, exaspéré par cette appropriation illégale, pour « chasser les patriciens des héritages publics, injustement usurpés », le peuple va réclamer le vote d’une loi agraire à neuf reprises, entre 486 et 468 avant J-C. Pour faire céder les patriciens, tout va être tenter : refuser de nouveau l’enrôlement quand les ennemis envahissent le pays, faire exprès de perdre la guerre quand celle-ci est menée par un consul patricien résolument hostile à la loi agraire (Appius Claudius), et déclencher un procès contre ce consul après sa sortie de charge.

La résistance des patriciens est à l’avenant. Ils n’ont guère le choix, leurs demeures pourraient être menacées : comme le rappelle Tite-Live, la totalité de la ville de Rome ayant été à l’origine prise à l’ennemi, les villas des patriciens qui s’y trouvent relèvent du droit de conquête et pourraient donc être déclarées biens de l’État. Ils font donc condamner à mort et exécuter un consul patricien,  Vecellinius, qui était favorable aux intérêts plébéiens, sous l’accusation d’avoir voulu devenir roi en cherchant les faveurs du peuple. Ils font assassiner le tribun Cnaus  Genucius, qui poursuivait en justice des consuls hostiles à la dernière proposition de loi agraire. S’ils doivent céder à nouveau sur le pouvoir des tribuns, dont l’indépendance est menacée par un nouveau mode d’élection, ils tiennent bon sur la réforme agraire.

Enfin, à partir de 467 avant J–C, ils se concentrent sur une nouvelle stratégie : continuer à refuser la réformes pour tous, mais insister sur l’attribution d’un nombre limité de lots gratuits de terre dans les colonies nouvellement fondées. Comme l’écrit Tite-Live, ” Antium, ville voisine, favorablement située sur le bord de la mer, pouvait recevoir une colonie” : il était donc facile de donner des terres au peuple, sans exciter les cris des propriétaires, sans troubler la paix de Rome. On rejoint ainsi la légende de la fondation de Rome, qui aurait donné lieu à l’attribution gratuite à chaque colon de deux jugères de terre (environ 0,5 ha). Mais Rome n’est plus dans le temps des mythes : elle a inventé, sans le savoir, la lutte des classes.

 

ndlr. Est-il nécessaire d’ajouter un commentaire ?

Le voyage. Une petite nouvelle

Plus personne ne me parle, ni désire me parler vraiment. Je ne suis plus un interlocuteur. Trop vieux sûrement, à moins que ce soit le monde qui soit trop jeune. 

  • Tu as perçu que tu ne te comportes pas de la même manière quand tu parles à quelqu’un qui fait partie de ta catégorie psychique de partenaires sexuels potentiels ? Ma femme confirme d’un simple oui. Je suis presque surpris qu’elle ne me conteste ni la catégorie psychique ni une attitude.
  • Je constate que je ne fais plus partie de cette catégorie pour personne. C’est celle qui pousse à la parade, au désir de te parler, de t’écouter. Plus personne ne parade devant moi, ou ne cherche ma compagnie pour parader.
  • L’autre possibilité pour faire parader les gens devant soi,  pour qu’ils t’écoutent, c’est d’avoir un pouvoir quelconque, un intérêt particulier. Le pouvoir c’est l’équivalent d’un objet sexuel qu’on met sous le nez des autres pour les attirer.

Ce qui est sûr, c’est que je tourne à vide désormais, j’ai du mal à penser parce que ma parole semble avoir atteint une date de péremption. Pour être honnête, les mots jouent de plus en plus à cache cache avec, je dois adapter mon langage aux mots dont je me souviens. Tout ce qu’on attend de moi c’est que je dise où j’ai mal le matin ; si j’ai pris mes médocs ; comment j’ai dormi la nuit. Ou le soir,

  • tu ne reprends pas des poivrons ? Tu adores ça d’habitude

Hier les enfants sont venus. J’ai tenté de parler de la situation écologique, des inégalités, des vies volées, je veux dire parler vraiment, mais je radote en bout de table, alors je me tais rapidement. Mes souvenirs ? Ils les connaissent ; croient. Même moi je ne suis pas sûr de les connaitre encore. Mes peurs ? Ils les devinent. Mes idées  ? Elles ne comptent plus parce que le monde qui vient n’est pas le mien. J’ai pourtant le sentiment d’avoir beaucoup de choses à transmettre. Ma façon d’être en lien avec le monde est obsolète ; je n’ai plus la prise qui va avec. Plus exactement, la prise que le monde m’offrait a été désactivée. Tout ça est mort. Tout simplement.

  • Tu sais, j’ai encore un rôle important auprès des enfants, pour ne pas dire fondamental, mais sur le plan psychique seulement : je suis en première ligne face à la faucheuse, ça donne de la légèreté aux générations suivants tant qu’elle ne m’a pas eu. Tu comprends ce que je veux dire ?
  • Oui. Ma femme est toujours d’une précision chirurgicale. Je la soupçonne de se rappeler me l’avoir entendu dire.

Moi vivant, quel que soit mon état, mes enfants peuvent ne pas penser à la fâcheuse. Et avoir peur… pour moi.

  • Nous avons un passé de proie, nos gènes et notre psychisme ont gardé ça en mémoire : ce sont les plus faibles que les prédateurs repèrent et prélèvent. D’ailleurs j’ai l’impression parfois que c’est pour cette raison qu’une grande partie de la population attend son sort sans se plaindre, comme si c’était leur destin ; leur place dans le groupe, être à la périphérie et donc les premiers visés par les prédateurs.
  • Il faut faire tourner le lave-vaisselle chéri. Chirurgicale.
  • Chez de nombreuses espèces, les dominants sont au centre et les dominés ou les jeunes hors hiérarchie sont à la périphérie, les premiers à la merci des prédateurs. C’est une organisation pyramidale en fait, mais à plat.
  • En parlant de plat, il faut nettoyer celui-là, avec l’éponge. Chirurgicale. Elle a été infirmière de bloc. 

Alors je me consacre à ma mission, la dernière et la plus importante pour ma famille : me battre contre la faucheuse. Je me battrai jusqu’au bout pour mes enfants. Je leur dois ça, car je leur dois tout ; je suis né avec eux.

  • On s’arrête prendre un verre ? Pas besoin d’attendre la réponse de Bob. Il sait que ce n’est pas une question.

Surprise en arrivant sur la place, on ne reconnait pas le bistrot de nos virées passées. Design tip top, un cachet local, d’une originalité convenue. Il manque juste la patine du temps et les fautes de goût. C’est vrai qu’on ne passe plus souvent par là. 

  • Avant c’était en rentrant d’un match, aujourd’hui c’est en rentrant d’un rdv médical. Misère ! On en rit.

Je ne reconnais personne. Je veux dire que les gens d’aujourd’hui ne ressemblent pas à ceux d’hier. Ils sont plus grands, plus beaux, mieux habillés, avec beaucoup plus de goût. S’il y a un truc que je ne regrette pas, c’est la mode de notre époque. On nous a fait porté des déguisements ridicules qu’on mettait par conformisme. Surtout parce qu’on était con. C’est rien de le dire.

Mais ils parlent de rien. Je trouve. Ils ont un portable greffé dans la main ; ils parlent avec gravité de choses sans importance, ou donnent de l’importance à des choses sans gravité plutôt. Enfin qui ont de l’importance pour leur vie bien sûr, mais la petite, mais aucune pour la grande, leur grande vie. Faut bien utiliser son intelligence et sa créativité à quelque chose, mais pourquoi à des futilités plutôt qu’à de choses graves ? Je cherche toujours la réponse.

  • Je ne vois plus que des consommateurs qui parlent de voyages. Toujours plus vite, plus loin. Tout faire vite. Je ne vois plus de producteurs comme on l’était nous. Nous on parlait du monde des gens, pas de le visiter dans des hôtels aseptisés.

Bob ne dit rien. Je l’appelle Bob pour Bob l’éponge car même imbibé il pouvait conduire. A l’époque c’était autorisé. Il m’a ramené plus d’une fois. Avant on disait dans une brouette, mais y’a plus de brouettes à la sortie des bistrots depuis longtemps. C’était décarboné pourtant. Et on buvait local, circuit court vertueux en vin et spiritueux.

  • Il me semble que nous on parlait de choses importantes. On se mêlait des affaires du monde. On militait, on se battait. Bon, quand on s’est trompé on s’est pas trompé à moitié, mais on n’a pas renoncé à notre humanisme pour un truc qui brille… Enfin je crois.

Bob ne dit rien. Ça fait quelques temps qu’il a lâché. Il s’est rangé des manifs où on ne voyait que lui avec sa tignasse rousse et sa grande gueule.  Ses ennemis l’appelaient le lion du Poitou, en référence au baudet du même nom. C’est vrai que c’était une sacrée bourrique ; un sacré militant, un coureur de fond, au double sens du terme. Il m’a recadré plus d’une fois avec ma tendance à l’anarcho-syndicalisme. Il a eu longtemps une culture que je n’avais pas. Pour les cheveux, il a gardé son avance. 

  • Les gens parlent de leurs voyages alors qu’ils ne font que des trajets. Plus vite, plus loin. Surtout faut pas qu’il y ait des aléas sur le trajet. Ils sont comme télé-transportés d’un point à un autre. Les pauvres font des sauts de puces, les riches des bonds de géants.
  • Tu veux dire d’un décor à un autre. Ils transforment le monde en parc d’attraction.

Le cerveau de Bob qui est devenu spongieux. Y’a plein de trous. Quand tu appuies dessus, même les souvenirs ont du mal à sortir, mais y’a encore de beaux restes. Quand on parle entre amis, ça ressemble à l’EPHAD. Tout le monde y va de son bobo, de son examen, de son médoc. Ça fait rêver. 

  • je me souviens d’un jour où j’ai vu un graffiti sur un mur, sûrement des anars “on est con, mais pas au point de voyager”, ça m’a beaucoup faire rire. Tiens une réminiscence que Bob me livre pour la première fois. Cet endroit doit l’inspirer, le juke-box peut-être.

Aujourd’hui on rit moins. On passe notre temps à lutter contre le vieillissement alors qu’on n’y peut rien, et on néglige les sujets importants où l’on y peut quelque chose. On les traite comme la pluie, on sort le parapluie et on chante dessous. C’est dire si on est con. Je tente bien de temps en temps de parler de choses importantes, mais tout le monde prend la tangente. 

  • un voyage, ce sont les aléas que l’on rencontre sur le parcours, les détours que le terrain et les gens nous imposent ; à l’aller comme au retour. Les aléas qui nous arrivent sur le chemin quoi. Aujourd’hui on se préserve des aléas, on prend même des assurances contre les aléas. Le voyage on l’a réduit à un simple trajet d’une attraction à une autre dont il faut se débarrasser le plus vite possible. Je crois qu’on s’est fait avoir. Moi j’ai l’impression d’avoir été d’un conformisme pathétique. 
  • On a fait comme tout le monde, justifie Bob. C’est bien ce que je dis Bobby. 
  • On n’a eu aucun courage dans bien des domaines, aucune originalité. On était productiviste car tout le monde l’était, on a pris les autoroutes de la pensée avec les autres. Tu parles d’une gloire. Aujourd’hui on arrive au péage, et la note est salée. Mais on la laisse à la jeunesse.
  • On n’a pas été les seuls. Il insiste ce couillon.

Mais c’est bien ça que je reproche à notre génération. On a foncé droit devant. La modernité c’était des trucs et des bidules ; des pseudo-voyages de plus en plus loin. Pour voir quoi ? Des trucs qu’on a vu à la télé. Mais on ne parle toujours pas l’anglais, on reste entre voisins de trajet. En plus, on attend que cette belle jeunesse se crève la paillasse pour nous soigner et nous ménager. Je ne suis pas sûr qu’on mérite quoique ce soit de ce que l’on a reçu. On a perdu tellement de batailles, tellement d’acquis par les générations précédentes.

  • On a été complice de toutes les dérives consuméristes. Alors qu’il y a des copains qui ont eu le courage de changer dès les années 75, quand ils ont vu Dumont. J’ai l’impression qu’on n’a légué que des défaites aux générations suivantes. Un ange passe. Mâle ou femelle ? Femelle je pense car je n’ai pas entendu le bruit des grelots : j’espère qu’il ne va pas se gourer de corps en se réincarnant.
  • Tu sais, ton truc sur la différence entre le voyage et le trajet, c’est pas con. Tu sais que c’est comme ça que j’ai rencontré Caroline. On s’est retrouvé bloqués plusieurs heures sur la 7, on a parlé avec tout le monde, et comme son camping n’était pas loin du mien, on s’est retrouvé. Bob et Caroline l’ont raconté cent fois leur rencontre. Ils y prennent un tel plaisir qu’on ne les fait pas taire.
  • J’ai pas l’impression d’avoir vu la vierge quand je dis ça, j’ai du le lire quelque part. L’urbanisme a transformé le voyage en trajet. On doit aller vite d’un point à un autre, du coup entre les deux, ça désertifie ; on passe trop vite pour rencontrer ou voir quoique ce soit. Tout le monde court le risque d’être celui qui ralentit. Chaque coin du monde doit faire la pute pour que les clients s’arrêtent un peu, ou pour devenir une destination.

Hélas, j’ai lu ou compris ça trop tard. Ou je m’en suis rappelé trop tard. 

  • Bon je fais pas le malin, moi aussi j’ai été vite, je ne me sentais en vacances qu’à l’arrivée. J’ai versé ma part de CO2, je n’ai de leçon à donner à personne. 

Je ne suis pas fier de moi, et j’ai de l’admiration pour celles et ceux qui ont résisté au marketing.  J’en connais. Je sais bien que c’est un peu facile de se la jouer quand on n’est plus pressé d’arriver à la destination finale pour cause de retraite.

  • Je fais confiance à la jeunesse, ils vont trouver les solutions. Je suis optimiste.

Je n’aime pas quand Bob joue les têtes à claque. Son optimiste de façade c’est une façon de se débarrasser des problèmes écologiques et de retourner à ses petits loisirs ; c’est juste du nombrilisme. On a perdu Bob en cours de route. Même si la fin du voyage approche, il mérite mieux que ça.

  • les aléas c’est quand on sort des entonnoirs pour rencontrer des gens vraiment, des gens qui ne nous regardent pas comme un porte-monnaie. Quand il y a un rapport marchant, ce n’est pas une rencontre, c’est un rdv professionnel.
  • Le problème c’est qu’on est passé d’un monde passoire où la vie pouvait passer à travers, ça c’est après 68, à un monde entonnoir où la vie est guidée, concentrée et accélérée pour faire tourner au bout un moulin à fric. Faut que ça produise du fric quelque part. Plus le temps pour penser sa condition de gouttes d’eau.
  • …? 
  • C’est pas con ton truc. J’y avais pas pensé… On ne rencontre plus beaucoup de gens aujourd’hui… la conversation se perd.

Sacré Bob, un pastis et tout revient. Ma journée est sauvée, j’ai retrouvé mon pote, la suite c’est du rab, j’en profite.

  • Tiens y’a un mec qui a écrit un livre sur ça : La fin de la conversation. Tiens un autre L’otium. Tu sais ce que c’est ? L’otium c’est faire les choses sans intérêt particulier, juste pour le plaisir et la joie qu’offre l’instant, comme parler de tout et de rien, dessiner, les anglais disent : just for the hell of it ; et le negotium, qui donnera le mot négoce, c’est quand on fait les choses par pur intérêt notamment financier. Je t’avais passé le livre je crois.
  • Je ne lis pas tes trucs d’intellos bobos
  • Tu sais, j’ai un voisin que j’entends, que je vois passer, mais on ne s’est pas parlé depuis un an. On n’est jamais dehors disponible en même temps. J’ai fini par l’appeler pour qu’il passe prendre une bière, simplement pour se parler.
  • On est rentré dans un rapport de prestataires de service à clients. Je le vois avec des artisans qui me demandent de les noter. Moi je refuse. Je ne note pas un être humain. Et je ne fais pas le boulot de son patron ou son cadre. Ça les surprend quand je leur dis ça tellement c’est rentré dans les moeurs.
  • Oui, tu as vu qu’aujourd’hui dans les émissions télé, les gens ont plaisir à se noter les uns les autres. C’est pas un détail, c’est un véritable symptôme qui signe que les marchands sont dans le temple. On est passé de : aimez-vous les uns les autres, à : notez-vous les uns les autres. Mais on est toujours dans la religion.
  • Ils ont gagné la bataille idéologique. Pour l’instant en tout cas. Je pense que le réveil va être douloureux.
  • On rentre dans le crédit social chinois mais par une autre porte, mais c’est quand même ça : une société de contrôle sous couvert de sécurité. 

Faut que je vérifie la marque du pastis quand même. Y’a longtemps que je n’ai pas vu Bob dans cet état. Dommage que je conduise, j’en aurais bien pris un.

  • Tu sais quoi, aujourd’hui je fais exprès de m’arrêter sur les trajets. Je descends de la voiture et je fais un petit croquis de l’endroit où je suis. Surtout s’il y a quelqu’un. Des fois des gens me parlent. C’est comme ça que je rencontre les artistes en fait. Les gens qui viennent te parler ont toujours des histoires extraordinaires à raconter, souvent ce sont des artistes de la vie.
  • Mais tu sais pas dessiner !
  • Et alors, en quoi c’est un problème ? Je dis pas que je suis un peintre impressionniste, je dis que je suis… un peintre impressionné.
  • Tu es surtout un filou. T’as toujours été un filou. Tu faisais déjà ça en primaire. Tu aurais du réussir dans ce monde d’escrocs.

En sortant, un voisin de table me lance : quel dommage que vous partiez, moi je suis peintre… en bâtiment ! Ses copains rient. Faudra qu’on revienne. 

Dans la voiture.

  • Bob, j’ai le sentiment d’avoir réussi le plus important. Je suis quelqu’un de très ambitieux, mon ambition : ne pas être un problème pour les autres, mais si possible une solution.
  • T’es pas un problème Polo, t’es juste un peu casse-burettes… C’est pour ça qu’on t’aime, peut-être. C’est qu’une hypothèse de travail.

*

Un jour on revient. Les peintres ne sont pas là. Je demande à la patronne. 

  • Ils ont fini leurs chantiers y’a un moment. En fait ils ont été remplacés par d’autres. 

Il y a des gens qui sont toujours en transit. En périphérie de la vraie vie de citoyen. Ils sont comme dans nos pattes, on ne les rencontre pas, on butte dessus. Vies invisibles, vies volées. Je ne m’y ferai pas. 

Il y a d’autres clients qui sont sûrement aussi intéressants, mais la magie est passée. J’ai laissé passé l’opportunité d’une belle rencontre, de transformer notre trajet en voyage ; j’étais trop pressé de dire à Bob ce que j’avais en tête à cet instant. Ça m’a rendu aveugle et sourd. Je fais ça de plus en plus car je ne fais pas confiance à ma mémoire. Si je reporte j’oublie. Mais je fais désormais plus de voyages que de trajets. J’ai le temps. Le dernier des luxes qu’on peut se payer même avec une petite retraite dans le marais poitevin. Et ailleurs.

Article paru dans le n°7 de L’accord du Peuple

 L’avortement, les étrangers et l’adoption

Quel rapport ? Vous allez voir qu’il faut absolument faire le lien si on veut vivre en paix, en même temps, et peut-être même ensemble.

Des gens viennent chez nous sans y être invités – ou à l’invitation du patronat qui sert donc de bureau d’entrée à la place de la volonté populaire.

Ils font donc effraction à double titre dans la vie des autochtones. 1 on ne les a pas vu venir (quoique), 2 on ne les a pas désirés (sauf le patronat pour certains secteurs). Mais songez-y : depuis l’aube de l’humanité, avant la pilule,  avant l’avortement, l’immense majorité de l’humanité est arrivée de la sorte, par effraction. 

Ce n’est que récemment, grâce aux moyens de contraceptions, que l’on peut désirer la venue ou non d’un enfant. L’avortement permet même de refuser l’arrivée d’un potentiel bébé.

J’ai pu vérifier dans ma pratique combien c’est une grande violence narcissique de savoir que l’on est un “accident”, que l’on n’a pas été désiré, que l’on s’est imposé et que la question de l’avortement s’est posée dans le couple. Et pourtant, c’est la condition humaine d’être un étranger, car même si on est désiré, on ne correspond jamais au rêve de ses parents ; qui ont donc un travail de renoncement à faire. Et quand la question se pose d’accepter la venue ou pas d’un petit étranger, ce n’est pas de soi dont il est question puisqu’on n’existe pas encore. Il faut être né vivant pour être Sujet.

Ça fait beaucoup de choses à analyser.

1 La plainte des étrangers de n’être pas désirés ne peut pas être apaisée

2 La plainte des étrangers des tentatives d’avortement qu’ils subissent itou

3 Les gens qui sont contre l’avortement et pour l’avortement social des étrangers ne sont pas cohérents

4 Les gens qui sont pour l’avortement mais pas pour celui des étrangers ne sont pas cohérents

5 Les gens qui font des enfants par manque de protection contraceptive doivent s’interroger sur leur supposé non-désir d’enfant. 

6 Les gens qui maintiennent dans la misère la moitié de l’humanité doivent s’interroger sur leur non-désir de l’étranger.

6 L’important n’est pas d’avoir eu ou pas le désir d’un enfant, l’important c’est la rencontre. Elle se fait (on s’adopte) ou elle ne se fait pas (on s’abandonne, on kärchérise). Il faut être deux dans une adoption. Si les parents doivent accueillir la réalité qui ne correspond pas aux rêves, le nouveau venu doit accepter aussi de faire partie de cette famille.

La rencontre avec les étrangers se fait de moins en moins, nous vivons en même temps au même endroit, pas ensemble. Je prétends que la responsabilité est partagée. L’étranger doit surmonter cette blessure narcissique qui est la condition humaine d’avant l’avortement (99 % de tous les êtres nés à ce jour probablement) ; l’autochtone doit regarder l’étranger, lui apprendre sa langue, les rythmes doivent se négocier et se caler. Il faut une rondeur réciproque pour s’adopter.

Invisibiliser les étrangers, ou les tenir comme tels quelle que soit leur génération née en France, est une maltraitance. Se figer dans sa blessure narcissique et rester invisible, voire étranger, est un déni de la réalité de son désir de changement, son désir de liberté (la liberté est la première cause des migrations). Les deux font une bombe à retardement. Si l’on ne provoque pas la rencontre sur le mode pacifique, elle se fera sur le mode traumatique.
Ce non-désir de l’autochtone, pour le dépasser, il faut en accuser réception, l’accepter comme banal, universel même, et tant pis pour la culpabilité ou la blessure narcissique de l’autre. ; si on en parle jamais, on en paiera tous le prix. 

Mais comment s’adopter si.. on ne se rencontre pas ? Si on ne se parle pas ; s’il n’y a pas d’autres opportunités qu’une finale de la coupe du monde de football. Les opportunités pour vivre en paix on doit les créer, patiemment. “Un ennemi c’est quelqu’un qui n’a pas encore raconté son histoire”. 

Dans nos bulles, numériques ou autres, nous risquons tous d’être des invisibles, des étrangers les uns aux autres. IA et Kärcher pour tous ?

Si “parler ne sert à rien” ; alors construisons des prisons, dressons des murs et des miradors, et attendons les prochains aléas climatiques.

On nous divisera et on nous fera voter, puis nous taire, sur ces questions, alors qu’il y a urgence à se parler ensemble du reste, dont ça.

Petite nouvelle, à peine romancée, à partir d’une histoire rapportée par un professeur de ladite école de musique.

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Quand un capitaine des pompiers vous dit avec un  petit sourire dans la voix “entendu, à demain”, il ne faut pas raccrocher, il faut l’interroger. Je ne l’ai pas fait. J’ai eu tort.

  • Bon je crois qu’on est prêt. 

Je ne voyais pas ce que l’on pouvait faire de plus. On avait fait les choses comme convenu : il fallait balancer le fumigène, fermer la porte de la cave à clé, et rejoindre discrètement notre poste d’observation, derrière les écrans de surveillance.

Cette épreuve à laquelle je soumettais le personnel de ma petite école de musique, flambant neuve, allait être un summum dans ma carrière de directeur. Je n’étais pas peu fier de la cohérence de ma démarche. Je pensais être un exemple rare aux yeux du capitaine des pompiers qui avait supervisé le tout. Ça faisait 8 mois que je marchais la tête droite et un peu raide à cause du poids de mon idée géniale, et du secret total que je devais garder.

  • On va vite voir s’il reste quelque chose de la formation. 

J’étais sûr de mon coup. J’avais pris la peine d’organiser une formation incendie avec rappel au bout de 6 mois ; il y avait 2 mois donc. Tout était affiché correctement. Les consignes étaient claires. 

  • Qu’est-ce que c’est ? Yvonne, la secrétaire venait de voir la fumée monter des escaliers. Elle allait déclencher l’alarme, c’est sûr, et le personnel…

A ma grande surprise, je la vois s’immobiliser et réfléchir – elle réfléchissait beaucoup d’une manière générale – faire demi-tour tranquillement pour téléphoner à Robert, le factotum. 

  • Robert, tu peux venir s’il te plait, il y a de la fumée qui sort de la porte d’en bas. Le tout d’une voix calme. Et elle se rassoit. Je ne savais pas un tel attachement à sa mission première.

Ledit Robert n’avait rarement que ça fait à faire. 5 bonnes minutes pour qu’il fasse une entrée royale. Ils prennent le temps de se saluer ; comme tout allait bien pour les deux, ils descendent quelques marches. Pas de doute, il y a de la fumée.

  • Zut la porte est fermée à clef. Tu as les clés ? C’est embêtant, il faudrait les clés. Autant dire qu’il avait fini son travail. 

Ils remontent tous les deux, et de concert – la moindre des choses dans une école de musique – ils concluent que c’est effectivement embêtant ; et chacun retourne à ses réflexions. Ils réfléchissaient beaucoup d’une manière générale.

  • Je ne comprends pas. Qu’est-ce qu’elle fait ? J’étais un tantinet scotché devant l’écran installé dans ce local spécial de l’école de musique ; dédié au repli de la mairie jouxtante en cas d’inondations. Il ne se passait rien, alors que ce devrait être le branle-bas de combat. On a la responsabilité de la santé des gamins que l’on reçoit quand même !
  • On fait quoi ? Les bras m’étaient tombés.
  • Il faut aller déclencher l’alarme incendie discrètement. Vous y allez ? Merci au capitaine de ne jamais cesser d’avoir des bras.

Discrètement, je sors du poste de surveillance et je me glisse jusqu’au tableau incendie. Je déclenche l’alarme. Elle est assourdissante, ce coup-ci c’est parti mon kiki.

La sirène arrache à regret Yvonne de son poste de travail. Sacré Yvonne, une bête de somme.

  • Ça doit être la fumée qui sort d’en bas. Dit-elle d’une voix blanche à un parent dans le hall. Parent qui n’en est pas plus ému qu’elle. Encore un intellectuel.

Quelques secondes passent avant qu’un professeur, Simon, sans élève à ce moment, ne sorte de son bureau entre-ouvert et ne vienne jusqu’à Yvonne. Ils réfléchissent visiblement malgré la sirène.

  • Normalement il faudrait évacuer, on ne sait pas si c’est une vraie ou fausse alarme. Tente Simon face aux deux autres, perplexes. 
  • Comment ça normalement ! Ils ne savent pas que c’est un simulacre que j’ai conçu pour valider leurs compétences suite à la formation…?! Ils doivent faire comme s’il y avait réellement le feu ! Je m’enfonce dans mon fauteuil. Le capitaine reste silencieux à côté de moi.

Je vois sortir lentement des collègues surpris, hésitants. Faut dire que les bureaux sont isolés phoniquement, la sirène est supportable quand la porte est close.

  • Qu’est-ce qu’on fait ? Normalement il faut évacuer avec les élèves, dans le calme, en laissant nos affaire sur place. Ce qu’il fait avec Kevin, son petit pianiste. Gilles me surprend car je l’avais trouvé pianissimo lors de la formation.

Du coup, il entraine les autres profs. Ils rejoignent tranquillement le point de regroupement. Au deuxième étage le serre-fil, Jean, est le dernier à sortir de son bureau. Le serre-fil c’est celle ou celui du bout du couloir qui est chargé de vérifier qu’il n’y a personne derrière. Il avait passé la tête mais ne voyant personne dans le couloir, il avait repris son cours avant de se ressaisir. Gagné peut-être par la perspective de s’en griller une au point de regroupement.

Le plus dur à observer, c’est le troisième étage. Le plus dangereux donc. Je vois Patrick, le serre-fil, taper aux portes pour dire à ses collègues que “normalement” il faut quitter les bureaux et se rendre au point de regroupement. Ça se fait moderato. Pablo son voisin d’en face résiste.

  • Oui je vais y aller, j’ai presque fini le cours, j’en ai pour 5 mn. Et de reprendre le cours, laissant Patrick errant dans le couloir.

Effectivement, le cours fini, il prend la peine de ranger sa belle guitare, après avoir donné des devoirs à son élève.
Et voilà tout notre petit monde au point de regroupement. Plus de 20 mn se sont passées à partir du déclenchement de l’alarme par mes soins ; environ 40 depuis le déclenchement du fumigène. Dit autrement, c’est une catastrophe. 

  • Bon, on va avoir un peu de travail d’enquête pour comprendre ce qu’il s’est passé. Conclut le capitaine en décollant de son siège.

Fin de la récrée.

Livide, je sors avec mon cahier. Je confirme qu’il n’y a pas d’incendie, que c’était un simulacre pour tester leur compréhension des consignes suite à la formation. Je vois des cloches qui résonnent dans les crânes ; y’a d’l’écho.

  • On va faire la liste des présents. J’interroge les profs sur la présence de leurs élèves.
  • Tu dis que Lila est là mais je ne la vois pas.
  • Elle est partie du coup avec ses parents qui étaient là. Dit-il entre deux bouffées. J’ai envie de lui faire bouffer sa clope.
  • Et André et son élève ?
  • Je l’ai vu partir ; il avait fini ses cours je crois. Dit Yvonne fière d’avoir la réponse. Une habitude, elle était fière d’elle d’une manière générale.

Ils se foutent de ma gueule tous. Ils savent pourtant que tant que l’autorisation n’est pas donnée, tout le monde doit rester à cet emplacement. Je n’ose pas leur passer un savon devant les élèves et les parents. Ils voient bien à mon masque que quelque chose ne va pas. Je crois qu’ils s’en tapent comme de leur première symphonie.

J’avoue que j’ai eu du mal à faire le debrief prof par prof. Oui tout le monde a bien entendu la sirène, comment ne pas l’entendre, elle perce les tympans mais dans des bureaux isolés c’est supportable. Oui ils savaient ce qu’il fallait faire. Mais comme personne ne s’affolait, comme tout le monde hésitait, alors ils ont hésité. Oui, ils savaient qu’il fallait sortir vite et calmement à la fois en laissant les affaires dans le bureau. Oui ils conviennent que faisant comme ils ont fait, ils mettaient en danger les élèves dont ils avaient la responsabilité. 

  • Oui mais, un incendie, ça n’arrive jamais en fait ; alors que les fausses alarmes ça arrive toujours. Yvonne réfléchissait donc. J’étais battu. 
  • Et puis on ne voit pas bien ce qui pourrait brûler dans un tel bâtiment, alors il est logique qu’on doute. Et puis plus le temps passe sans qu’il ne se passe rien, et plus on pense qu’il n’y a pas de danger.

J’avoue que le statut d’Yvonne a changé dans mon esprit. Je n’ai plus regardé ses fesses de la même manière.

Y’a un truc que je n’avais pas intégré en amont : demander à chacun comment il traitait l’information, c’est-à-dire qu’est-ce qui la rendait crédible. Et visiblement, une sirène qui vous brise les oreilles, ça ne déplace que ceux qui sont trop proches.

1ère solution donc : construire des bâtiments en paille pour que les gens aient la trouille, même si dans la réalité ce n’est pas plus dangereux. Trop innovant. Deuxième solution : mettre des sirènes partout pour rendre l’évacuation urgente. L’inconfort comme motivation plutôt que le respect des consignes. C’est la logique actuelle qui fait d’ailleurs que des gens perdent l’audition s’ils restent bloqués. On aurait l’air de quoi si on faisait ça en école de musique ?

  • Y’a un truc que je n’ai pas compris Pablo, tu as très bien entendu, tu connais les consignes et tu avais un gamin avec toi ; Patrick est venu dans ton bureau, et pourtant tu as fini ton cours. J’ai besoin que tu réfléchisses à la façon dont tu as traité la situation. 

Je parlais sans tabou à notre doyen qui était aussi un ami de longue date, et d’une logique implacable en toute circonstance, bien qu’un tantinet nombriliste. J’étais sûr qu’il y réfléchirait et que la sincérité de sa réponse m’éclairerait.

  • J’ai réfléchi à ta question. En fait je crois que j’étais centré sur mon propre projet, ma séquence, mon programme en quelque sorte : donner un cours et le finir. J’étais pris dans un engagement, mes habitudes ; du coup j’ai relativisé la sirène car ça dérangeait le chemin tracé. Bien sûr, si j’avais entendu des cris, senti la panique dans le couloir, des gens affolés crier “au feu”, sûrement que j’en aurai tenu compte et que je serais sorti fissa.

Et oui, il est difficile de faire bifurquer un train lancé vivace (prononcer vivatché). Surtout s’il n’y a pas une voix pour briser le sort que l’engagement jette sur notre volonté. 

  • s’il y avait eu un message sonore, surtout si c’était toi le directeur, pour dire que ce n’était pas un exercice, mais qu’il y avait urgence à évacuer… dans le calme, alors j’aurais suivi ta voix j’en suis sûr. Mais je n’ai pas suivi la sirène ; j’en ai tellement entendu ! Il était tout surpris lui-même de l’évidence de sa conclusion. 

Et oui, pourquoi personne ne faisait ça ? Je veux dire pourquoi n’avait-on jamais enregistré un message sonore, ou demandé à quelqu’un chargé de l’autorité de faire ça ? Fallait que je pose la question au capitaine. Sa réponse est limpide.

  • En fait ça se fait dans certaines circonstances, par exemple à l’armée où l’échec n’est pas une option, ce serait un paradoxe avec la mission ; mais on est timide dans les entreprises, car peut-être qu’on n’y croit pas vraiment, et que les gens ne sont pas sélectionnés sur leur capacité à respecter les consignes, leur capacité à prendre  plaisir au respect des consignes ; la compétence minimale pour garantir la survie d’un groupe armé c’est l’obéissance aux ordres. L’obéissance aux consignes n’est pas considéré comme un geste professionnel pour vos profs de musique. Dans des entreprises avec des dangers importants il y a une analyse du temps réalisé, et il s’agit de s’améliorer à chaque fois.
  • Donc les enfants sont en danger si on ne traite pas le respect des consignes comme un geste professionnel, et donc le non-respect comme une faute professionnelle ; voire comme une épreuve sur nous-même. 

Je restais songeur devant la conclusion. Comment faire rentrer ça dans les têtes ? Je n’allais pas mettre un blâme à tout le monde. Et puis c’est vrai qu’il n’y avait pas de collectif solidaire, tout le monde vient faire ses quelques heures, certains profs ne se croiseront que pour les auditions. Il me restait à réfléchir à cette histoire de parole directe. Si j’avais déclaré l’urgence à haute voix, parce que figure d’autorité, alors ils en auraient tenu compte ; si les serre-files avait tenu les consignes pour un geste professionnel, alors les choses se seraient passées autrement ; si j’avais dit qu’on chronomètrerait à chaque exercice. Et bien sûr, il y a ce sentiment que le pire ne peut pas arriver ; les exemples ne servent pas.

Je n’oublie pas cette leçon quand je pense à la situation écologique, à son urgence, à l’apparente apathie généralisée voire la négation des faits, qui finalement pourrait être aussi un certain nombrilisme, du genre : commencez sans moi, j’arrive !

  • Pourquoi ne déclarez-vous pas l’urgence écologique ? Fort de cette expérience, j’interpelle un maire à qui je raconte cette histoire.
  • Parce que je ne veux pas paniquer les gens plus qu’ils ne le sont. Il y a déjà beaucoup d’éco-anxiété. Lui-même éco-anxieux, comme beaucoup dans sa famille, il précise  :
  • Ma fonction c’est plutôt celle de rassurer les gens et de chercher des solutions, d’élaborer des plans avec l’aide des techniciens.

Exactement l’inverse de ce que je pense et que je viens de vivre : pour que des gens qui sont loin les uns des autres et du danger se bougent, il faut que la bonne personne, celle qui fait figure d’autorité, nomme les choses pour ce qu’elles sont ; que cette figure d’autorité déclenche la sirène en disant que ce n’est pas un exercice quant elle perçoit la fumée  ; qu’elle en appelle à l’intelligence collective – les administrés ne sont pas des enfants dont ils ont la garde – quand il faut traiter des problèmes collectifs.

J’en parle à Pablo. Il me lâche en montant dans son SUV flambant neuf :

  • Jack, tu es culpabilisant.

Quand on me reproche la forme, c’est du fond que l’on me parle. Vais-je oser leur mettre un blâme à tous ces gens dont la mission première est d’assurer la sécurité des enfants qu’on leur confie ? Et si je ne le fais, n’est-ce pas moi qui serait à blâmer ?

The 89 percent project (cliquer sur le titre)

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Merci à Olivier Hamant pour m’avoir  signalé cet article du Guardian, Spiral of silence, avril 2025. Traduit et raccourci ici. https://www.theguardian.com/environment/2025/apr/22/spiral-of-silence-climate-action-very-popular-why-dont-people-realise

L’action en faveur du climat est très populaire, alors pourquoi les gens ne le réalisent-ils pas ?

Des chercheurs ont découvert que 89 % des personnes dans le monde souhaitent que davantage soit fait, mais pensent à tort que leurs pairs ne le souhaitent pas.

Une expérience est organisée. On donne réellement 450 dollars à des personnes choisies au hasard et on leur pose une question : Quelle part de votre cagnotte donneriez-vous à une organisation caritative qui réduit les émissions de carbone en investissant dans les énergies renouvelables, et quelle part garderiez-vous pour vous ? En moyenne, les personnes donnent environ la moitié de l’argent et gardent le reste.

Deuxième expérience. Avant de répartir l’argent, les participants sont informés que 79 % des gens pensaient que les citoyens devaient essayer de lutter contre la crise climatique. Précédemment, les participants avaient considérablement sous-estimé cette proportion à 61 %. Le fait d’être informé du véritable niveau de soutien a permis d’augmenter les dons de 16 dollars par personne.

Imaginez que vous dissipiez ce mythe de l’impopularité des mesures écologiques, selon les experts, un tel changement pourrait changer la donne, en poussant le monde à franchir un point de basculement social vers un progrès climatique imparable.

« Nous sommes assis sur un énorme mouvement climatique potentiel », a déclaré le professeur Anthony Leiserowitz, de l’université de Yale, aux États-Unis. “Il est latent. Il n’a pas été activé ou catalysé. Mais lorsque l’on comble ces lacunes de perception, on aide les gens à comprendre qu’ils ne sont pas seuls et qu’il existe en fait un mouvement mondial”.

La majorité silencieuse

Une vaste enquête à l’échelle mondiale a révélé que les gens du monde entier sont unis dans leur désir d’agir pour lutter contre la crise climatique, mais restent une majorité silencieuse, parce qu’ils pensent à tort que seule une minorité partage leur point de vue.

L’équipe a constaté que 89 % des personnes à travers le monde souhaitaient que leurs gouvernements nationaux fassent davantage pour lutter contre le réchauffement climatique. Plus des deux tiers ont déclaré qu’ils étaient prêts à donner 1 % de leurs revenus pour lutter contre la crise climatique. Cependant, ils estiment que seule une minorité d’autres personnes (43 %) serait prête à faire de même.

Une enquête menée auprès de 130 000 personnes dans 125 pays, qui représentent 96 % des émissions mondiales de carbone, montre que les chinois, premier pollueur mondial, sont parmi les plus préoccupés : 97 % d’entre eux estiment que le gouvernement chinois devrait faire davantage pour lutter contre la crise climatique et quatre personnes sur cinq sont prêtes à donner 1 % de leur revenu. Les États-Unis, deuxième plus gros pollueur au monde, se situent en queue de peloton, mais les trois quarts de leurs citoyens estiment que leur gouvernement devrait faire davantage et près de la moitié sont prêts à contribuer à la lutte contre le changement climatique.

Un désir profond

De nombreuses études de grande envergure ont montré que le désir du public d’agir pour le climat est profond et global, et que les perceptions erronées qui alimentent une « spirale du silence » sur le climat se retrouvent partout où les chercheurs se penchent sur la question.

En 2024, un sondage des Nations unies, baptisé « People’s Climate Vote », a interrogé 75 000 personnes dans des pays représentant 90 % de la population mondiale. Il a révélé que 80 % d’entre eux souhaitaient que leur pays renforce ses engagements en matière de climat.

Une enquête menée auprès de 140 000 personnes dans 187 pays et territoires par le Yale Program on Climate Change Communication montre que 89 % des personnes interrogées répondent « très élevée », « élevée » ou “moyenne”, et 67 % « très élevée » ou « élevée » à la question de la priorité de l’action en faveur du climat.

Les écarts de perception sont également réels. Une étude américaine datant de 2022 a révélé que les gens pensaient que seulement 40 % de leurs concitoyens soutenaient les politiques climatiques : la proportion réelle était d’environ 75 %. Même constat en Chine.

Les illusions politiques

Les politiciens souffrent-ils des mêmes illusions que le public quant à la popularité de l’action climatique ? On pourrait penser que leurs antennes politiques sont finement ajustées à l’opinion publique, mais ce n’est pas le cas : ils sous-estiment parfois de façon spectaculaire les opinions du public.

Le groupe a constaté qu’en 2024, 72 % des citoyens britanniques étaient favorables à la construction d’éoliennes terrestres dans leur région, mais que seuls 19 % des députés pensaient qu’une majorité de leurs électeurs étaient de cet avis. Selon le groupe de réflexion britannique More in Common, l’action en faveur du climat est soutenue même par ceux qui votent pour des partis politiques qui y sont explicitement opposés.

Créatures sociales

La plupart des gens sont fortement influencés par ce que font et disent les autres. C’est pourquoi corriger des croyances erronées sur les opinions de vos concitoyens peut avoir un impact sur ce que vous pensez et faites. De nombreuses recherches montrent que cela peut modifier l’opinion des gens sur toute une série de questions de justice sociale.

Les gens sont des « coopérateurs conditionnels » : ils sont plus susceptibles de contribuer au bien public s’ils pensent que d’autres font de même. « Ce motif a également fait l’objet d’études très approfondies », a déclaré l’enquêtrice. “Si tous les habitants d’une maison partagée font la vaisselle, vous le ferez aussi. Si tout le monde se contente de laisser ses affaires, vous ne vous en soucierez pas non plus.”

Briser le silence

« Une raison essentielle est l’existence d’une campagne de désinformation très vaste, sophistiquée, bien financée et de longue date, menée par l’industrie des combustibles fossiles et ses alliés, qui sèment le doute et la division pour maintenir leurs profits », a-t-elle ajouté.

Cette campagne a servi d’« énorme mégaphone » à la petite minorité bruyante qui rejette la science du climat – environ 10 % aux États-Unis – a-t-elle ajouté : “En conséquence, ils ont tendance à dominer la place publique. La communication sur les normes sociales est donc l’une des interventions les plus puissantes que l’on puisse faire”.

« Les gens sont en fait très multilatéraux », a-t-elle déclaré. 86 % des gens pensent que les pays devraient mettre de côté leurs différences sur d’autres questions et travailler ensemble. Les gens comprennent que nos destins sont liés.

Selon le professeur Cynthia Frantz, de l’Oberlin College aux États-Unis, chacun peut contribuer à briser la « spirale du silence » : Cynthia Frantz, professeur à l’Oberlin College (États-Unis) : « [Le changement] exige simplement que les gens soient exposés, encore et encore, par des sources en lesquelles ils ont confiance ou auxquelles ils s’identifient, au fait qu’ils ne sont pas seuls dans leur inquiétude et leur volonté d’agir ».

Frantz a ajouté : “La vérité, c’est que chaque déclaration publique compte et que plus les voix sont diverses, plus le message est efficace.”

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Mon commentaire

Voilà pourquoi je re-demande aux élus 1 de déclarer l’urgence climatique ; 2 de donner un nom de baptême au projet d’actions correctrices ; 3 de faire une enquête au porte-à-porte auprès de la population pour qu’elle ait une image d’elle-même ; 4 d’organiser des agoras pour que nous existions en tant que communauté. Les fêtes et animations ne font pas communauté ; ce sont les obstacles communs, affrontés en collectif, qui fondent une communauté.

Certes, des minorités actives organisent l’invisibilité des questions écologiques climatiques sanitaires et démocratiques, et organisent la visibilité d’un pseudo climato-scepticisme rationnel. Les politiciens à la manoeuvre et dans les médias sont des tigres de papier (ils représentent peu de chose en terme électoral),

mais le silence reste de la responsabilité des silencieux. Les silencieux choisissent pour guides les mauvaises peurs.