La palabre de la yourte du 24 mars 26 à Beaurepaire
Bonsoir et bienvenue à toutes et à tous
La culture. Une définition serait : ce qui va de soi, que l’on n’a pas besoin de définir, ce qui nous est commun, que l’on partage, et dont on serait bien en peine de définir peut-être. Il faudra affiner ceci.
Dans ce cas, le plus petit dénominateur culturel serait la conception du temps puisqu’il constitue notre squelette psychique. Bien des cultures n’en ont pas la même conception ;
la vie, la mort ? Même différence de conception entre les cultures ;
les sexes, la différence des sexes ? C’était une évidence, ça ne l’est plus ;
même chose donc avec la définition du viol et des violence sexuelles que la loi fait évoluer.
Vous choisirez vos façons de parler de tout ça bien sûr, car ici c’est un espace de liberté. Normalement, on ne parle pas ici pour produire un résultat, mais ce serait formidable si on arrivait à dire ou mieux définir
1 ce qu’est une culture du viol,
2 si elle existe en France,
3 et si oui, comment ça se change une culture,
4 ainsi on pourra se demander un jour : à quoi pourrait ressembler un plan d’action local pour changer de culture ?
Je vais m’appuyer sur les travaux du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) entre les femmes et les hommes, que vous pourrez retrouver facilement sur le net.
Rapport – Mettre fin au déni et à l’impunité face aux viols et agressions sexuelles
Publié le 25/09/2025
Je vais lire quelques extraits
Elles s’appellent… Leurs noms sont placardés en Une des médias nationaux, brandis comme étendard d’une justice qui peine à sanctionner les auteurs de violences sexuelles et assurer la protection des victimes.
Infractions symptomatiques de la domination masculine, les viols et agressions sexuelles sont sans surprise des violences majoritairement commises par des hommes sur des femmes et des enfants. Ces viols et agressions sexuelles s’inscrivent dans un continuum de violences sexistes dont elles sont le point culminant.
En une année, 153 000 personnes majeures sont victimes de viols et 217 000 d’agressions sexuelles.
Commentaire : on sait que ces chiffres sont sous-évalués
Malgré la mise en place de nombreuses mesures (..), la justice française continue de manquer à ses devoirs les plus élémentaires : garantir la protection des victimes et la condamnation des agresseurs.
Quelques chiffres :
Viols : 93% des victimes majeures sont des femmes. 84% des victimes mineurs sont des filles. 97% des mis en cause sont des hommes ou des garçons.
Agressions sexuelles : 91% des victimes majeures sont des femmes. 82% des victimes mineures sont des filles. 96% des mis en cause sont des hommes ou des garçons.
Des chiffres qui viennent d’être publiés
En l’espace de dix ans, le nombre de victimes de violences conjugales recensées par les forces de l’ordre a doublé, pour dépasser la barre des 270 000 en 2024. Au cours de la même période, les plaintes enregistrées par l’institution judiciaire pour violences conjugales ont été multipliées par trois, passant de 43 760 à 124 000 entre 2014 et 2024. Même progression pour les violences sexuelles, passant de 59 000 à 154 000 affaires. Si bien qu’aujourd’hui une femme victime de viol doit attendre en moyenne six ans après le dépôt de sa plainte pour espérer obtenir une date de procès.
Entre 2016 et 2024 (effet MeToo) : les plaintes pour viol sur personne majeure ont été multipliées par 3, passant de + de 7000 à + d 22 000. Les plaintes pour agression sexuelles sur personne majeure ont été multipliées par 2, passant de 8500 à 17500.
Dans le même temps, les condamnations pour viol ont faiblement augmenté : de 30% seulement, passant de 1017 à 1300.
Le rapport analyse le parcours des victimes …
Le HCE s’est donc attaché à proposer 61 recommandations qui visent à améliorer la situation tout au long du parcours de la victime…
Parmi elles :
Lutter contre la culture du viol qui imprègne la société afin de prévenir les violences sexuelles, favoriser l’émergence du récit et libérer l’écoute. A cette fin, mobiliser l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité (EVARS) et réaliser des campagnes de sensibilisation à grande échelle.
Commentaire. Le HCE n’écrira pas le terme patriarcat ici pour qualifier la culture du viol. D’autres le feront ailleurs.
Augmenter le nombre d’Unités médico-légales (UMJ) … Étendre les mesures et
dispositifs … Accorder à toutes les victimes l’aide juridictionnelle… Augmenter les
moyens alloués à la lutte contre …
Page 31 ce que je cherche spécifiquement pour ce soir
LA CULTURE DU VIOL : REPRÉSENTATIONS ARCHAÏQUES ET BANALISATION DE L’EXPÉRIENCE DES VICTIMES
Comment prendre la mesure de la gravité de ce qui a été vécu et endosser la qualité de victime lorsque la société toute entière renvoie régulièrement le message qu’un viol ou une agression, « ce n’est pas si grave » ?
Commentaire. Le postulat de départ : nous banalisons le viol. Comme si c’était un des aspects naturels du rapport entre les femmes et les hommes, et non pas un aspect culturel. Naturel, ça veut dire inscrit dans la nature humaine.
La violence meurtrière a beau être banale, on ne l’admet pas pour naturelle pour autant. Ici, on supporterait celle faite aux femmes. On la banaliserait ? Comme si c’était inévitable ? Ou leur destin ? Ou qu’elles le mériteraient bien ? Ou qu’elles en auraient la force psychique que n’auraient pas les hommes ? Ou.. etc..? N’hésitez pas à proposer des hypothèses ou des contre-arguments.
Pour nommer les choses : on voit bien par exemple que taxer les riches est insupportable, impossible, et « on » ne laisse pas faire ; il n’y a pas d’indulgence pour les robins des bois. Empêcher les violences faites aux plus faibles en revanche serait possible donc, puisqu’ « on » laisse faire, « on » est facilement indulgent avec ces coupables-là. C’est culturel donc.
Les représentations archaïques et erronées sur ce que sont les violences sexuelles persistent. Le mythe du « vrai viol » renvoie à un acte particulièrement brutal, commis dans l’espace public avec une résistance physique de la victime laissant des traces visibles, une représentation en complet décalage avec la réalité des violences sexuelles. Lorsqu’elles ne correspondent pas aux représentations stéréotypées d’un viol commis avec surcroît de violence, les victimes peuvent donc elles aussi peiner à mettre le mot de viol ou d’agression sur des faits pourtant bien réels.
Ces représentations s’inscrivent dans un contexte plus large de mythes sexistes qui entretiennent une confusion entre sexualité et violence.
Commentaire : thème important à débattre car très complexe.
D’après une enquête Ipsos menée en partenariat avec l’association Mémoire traumatique et victimologie,
- 19% des personnes considère que « lorsque l’on essaye d’avoir une relation sexuelle avec elles, beaucoup de femmes disent « non » mais ça veut dire « oui ».
Commentaire. Sous-entendu, on doit considérer que non c’est non, c’est l’évidence. Et donc oui c’est oui ? On parlera du consentement donc, de l’emprise. On voit la difficulté avec toutes les personnes qui, à rebours, disent qu’elles étaient consentantes certes, mais parce que sous emprise. Voir affaire Matzneff/Springora, livre Le consentement.
- 21% (et près d’un tiers des 18-24 ans !) déclare que « lors d’une relation sexuelle, les femmes peuvent prendre du plaisir à êtres forcées ». Rouage inévitable du système oppressif patriarcal, les femmes elles-mêmes intègrent ces représentations misogynes.
Commentaire. Pas dit, sauf en cas de relation sado-maso consenties, car ça existe. Voir aussi le développement du choking comme pratique sexuelle, notamment chez les ados mais pas seulement.
- 22% d’entre elles (contre 28% des hommes) estiment que, dans le domaine sexuel, elles savent beaucoup moins ce qu’elles veulent que les hommes.
– 17% (contre 22% des hommes) considèrent également que « beaucoup de femmes disent « non » mais que cela veut dire « oui »».
Ces représentations sont en contradiction avec un idéal de rapports réciproquement désirés.
Commentaire. Il s’agirait donc de faire advenir une nouvelle sexualité, un nouveau rapport H/F, une nouvelle humanité en quelque sorte. Sans que cela soit nommé, il s’agit de rééduquer la population, particulièrement les hommes et les garçons, mais les femmes aussi. Dans un rapport de l’Unesco, que je n’ai pas retrouvé, il est écrit que les critères de la masculinité doivent être redéfinis selon ceux des féministes.
Par ailleurs, une personne sur quatre estime que forcer une personne à faire une fellation n’est pas un viol mais une agression sexuelle ;
une personne sur quatre considère que réaliser un acte de pénétration avec le doigt sur une personne qui le refuse n’est pas un viol
et pour 15% d’entre-eux, forcer une personne qui finit par céder n’est pas un viol.
Enfin, 21% des personnes estiment que forcer sa conjointe à avoir un rapport sexuel alors qu’elle le refuse n’est pas un viol.
Commentaire : à retenir donc que vis à vis de la loi ce sont des viols, donc ce sont des viols quoiqu’on en pense. Et ne pas les considérer comme tels sont des indulgences qui font la culture du viol donc.
Ainsi certaines femmes en viennent à considérer des actes sexuels non consentis, appartenant donc au registre de la violence, comme relevant naturellement de la sexualité, l’agresseur ayant été en proie à une « pulsion ». Cette confusion entre sexualité et violence est entretenue par les agresseurs qui tentent de « normaliser » les actes violents dans l’esprit des victimes.
Commentaires. Se pose la question de la nature humaine.
Dans le bouddhisme par exemple, il existe la conception de l’unicité de la personne, qui serait fondamentalement bonne. On a déjà parlé de démarche spirituelle ici.
En psychanalyse, on pense la personne prise dans un dualisme : elle est empathique tout autant que violente, voire cruelle. Ces deux parties étant dans un conflit définitif car constitutives de l’individu ; que l’on soit coupable ou victime d’ailleurs.
VIOLENCES
S’ajoute à ces représentations erronées un phénomène de banalisation des violences, aggravée dans le cadre des agressions sexuelles. Alors que les termes de la loi sont clairs, nombreux sont les actes qui caractérisent ce délit sans être pour autant identifiés comme tels dans les représentations sociétales. « Baiser volé », « attouchement », « frotteurs », « geste déplacé »… Le langage courant regorge d’expressions qui enjolivent et normalisent la réalité des agressions sexuelles, et s’inscrivent dans le marbre d’une mythologie sexiste de la culture du viol.
Commentaire : curieusement, il n’est pas évoqué les mutilations sexuelles, les mariages forcés, la polygynie, qui sont on ne peut plus culturels. Cette invisibilisation est coupable, et les féministes doivent se justifier d’un tel relativisme qui relèvent du racisme au final, mais pas seulement les féministes. J’ai des histoires à vous raconter éventuellement.
VIOLENCES FAITES AUX FEMMES
En somme, une personne violée sera en proie à des remarques telles que « ça va, il ne t’a pas tuée » ; une victime d’agression sexuelle se verra retorqué : « et encore, il aurait pu te violer », tandis qu’à celle qui a été harcelée ou injuriée, on affirmera : « au moins, il ne t’a pas agressée ».
Mauvaise foi ou manque de conscientisation total, ces exemples montrent de façon explicite qu’aujourd’hui encore, la culture du viol imprègne les représentations des agresseurs et menace le quotidien des victimes. Les violences sexuelles s’inscrivent dans un continuum, et la banalisation des unes – les infractions les moins sévèrement punies – entraîne la banalisation des autres.
Pour lutter contre l’enracinement de ce phénomène, il est donc crucial d’employer les termes justes pour décrire des violences sexuelles.
En clair, il ne faut pas dire un frotteur, un dragueur lourd, mais un agresseur.
Autre commentaire
Qu’est-ce que la culture ? On vient de voir celle du HCE. Il y a des dizaines voire des centaines de définition.
Ainsi, l’UNESCO : « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels, matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts, les lettres et les sciences, les modes de vie, les lois, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »
Ce « réservoir commun » évolue dans le temps par et dans les formes des échanges. Il se constitue en de multiples manières distinctes d’être, de penser, d’agir et de communiquer en société.
Commentaires. Je rajoute un point : la culture c’est toujours à l’avantage du plus fort, de l’ordre qu’il établit. Et c’est la loi qui libère l’individu, et la liberté qui le contraint car à l’avantage du plus fort culturellement ou économiquement.
La culture c’est la forme que prend le compromis entre les individus et les groupes d’individus dans une société, une civilisation. Il faut bien avoir un langage commun pour vivre en société, des habitudes, des ça va de soi. Il y a toujours des gens qui en paient le prix pour que d’autres en profitent.
Aujourd’hui, il y a des femmes notamment qui s’attaquent à ce compromis qu’elles nomment le patriarcat. Mais si patriarcat il y a en France, comment nommer celui d’Afghanistan d’Iran ou d’ailleurs.
Pour finir, je rappelle les questions
1 une culture du viol à quoi ça ressemble?
2 existe-t-elle en France ?
3 si oui, comment ça se change une culture ?
4 ainsi on pourra définir, mais c’est un autre travail, à quoi ressemblerait un plan d’action local pour changer cette culture.
A voir dans le débat éventuellement
Quid de la séduction, de l’ambivalence, de la traumatophilie, de son histoire à comprendre en la rejouant, du sado-masochisme,…
Après réflexion de quelques semaines.
Je conclurai pour ma part qu’il n’y pas de culture du viol en France, comme c’est le cas dans des pays ou la polygynie est la règle ou des filles et des femmes sont mariées par la famille. En revanche il y a une indulgence pour la violence, y compris sexuelle, faite aux femmes et aux enfants. On pourrait dire aux gens en situation de faiblesse physique psychologique politique ou sociétale d’une manière générale. Indulgence coupable.
Ci-joint, un encart du HCE que je lirai en premier s’il y a des adolescents.Sources : Haut Conseil à l’Égalité (HCE)
Rapport – Mettre fin au déni et à l’impunité face aux viols et agressions sexuelles
Publié le 25/09/2025
Focus sur la différence d’âge et le mythe de la « majorité sexuelle » :
Depuis l’entrée en vigueur de la loi du 21 avril 2021, tout mineur de 15 ans, ou de 18 ans lorsqu’il s’agit d’inceste, est reconnu victime en cas d’acte sexuel (avec ou sans pénétration), sans que les juges n’aient besoin d’établir une violence, contrainte, menace ou surprise.
En somme, tout acte sexuel entre une personne majeure et une personne mineure de 15 ans (soit de 14 ans ou moins) dont la différence d’âge est de plus de 5 ans, est constitutif d’un viol ou d’une agression sexuelle.
De surcroît, le crime de viol incestueux sur mineur de moins de 15 ans est puni de 20 ans de réclusion criminelle alors que le délit d’agression sexuelle incestueuse sur mineur de moins de 15 ans se voit puni de 10 ans de prison et 150 000 euros d’amende.
Pour les actes sexuels entre des mineur·es de plus de 15 ans ou de moins de 15 ans mais ayant moins de 5 ans d’écart avec l’autre personne, la différence d’âge peut toujours constituer une potentielle contrainte (rapport de domination, chantage affectif…), caractérisant le viol, ce qui a été consacré par la loi en 2010, codifiant une jurisprudence constante de la cour de cassation.
Cette incrimination est parfois interprétée comme instituant une « majorité sexuelle », à partir de laquelle, une personne mineure pourrait avoir des relations sexuelles avec une personne majeure sans que cette dernière n’ait à s’inquiéter d’avoir commis une infraction. Une telle lecture du droit ignore tout des mécanismes du viol et de la diversité de la contrainte morale qui peut être caractérisée par la différence d’âge, même pour un mineur entre 15 ans et 18 ans.
Article 222-22-1 alinéas 2 et 3 du code pénal :
« Lorsque les faits sont commis sur la personne d’un mineur, la contrainte morale mentionnée au premier alinéa du présent article ou la surprise mentionnée au premier alinéa de l’article 222-22 peuvent résulter de la différence d’âge existant entre la victime et l’auteur des faits et de l’autorité de droit ou de fait que celui-ci a sur la victime, cette autorité de fait pouvant être caractérisée par une différence d’âge significative entre la victime mineure et l’auteur majeur.
Présenté sur Wikipédia comme âge de la majorité sexuelle ce qui est faux, au moins pour la France.
| Âge | Pays de l’Europe géographique |
| 14 | Albanie, Autriche, Bulgarie, Bosnie-Herzégovine, Estonie, Allemagne, Hongrie, Italie, Liechtenstein, Macédoine du Nord, Monténégro, Portugal, Saint-Marin, Serbie |
| 15 | Croatie, République tchèque, Danemark, Iles Féroé, France, Grèce, Islande, Monaco, Pologne, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède |
| 16 | Andorre, Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Belgique, Espagne, Finlande, Géorgie, Kazakhstan, Lettonie, Luxembourg, Moldavie, les Pays-Bas, Chypre du Nord, Norvège, Russie, Suisse, Ukraine, le Royaume-Uni |
| 17 | Chypre, Irlande |
| 18 | Malte, Turquie, le Vatican |
Lorsque les faits sont commis sur la personne d’un mineur de quinze ans, la contrainte morale ou la surprise sont caractérisées par l’abus de la vulnérabilité de la victime ne disposant pas du discernement nécessaire pour ces actes. »
En tout état de cause, les actes sexuels d’une personne majeure sur une personne mineure sont entièrement prohibées en cas d’inceste ou de prostitution, quelles qu’en soient les circonstances.
