L’évidence d’un processus pouvant conduire à une sixième extinction de masse des espèces vivantes n’est plus à démontrer. Que fait-on de ce constat ? Cette réalité interroge notre responsabilité, individuelle et collective.
Plus personne ne peut désormais ignorer le mariage étroit qui nous unit avec les autres compagnons terrestres. À partir de l’analyse du texte de Rodolfo Dirzo, Gerardo Ceballos et Paul R.Ehrlich Au bord du gouffre : la crise de l’extinction et le futur de l’humanité, le chercheur en écologie politique, Bruno Villalba propose de suivre l’entremêlement des causes historiques de la destruction des mondes vivants et des conséquences présentes et à venir. Plus urgente encore que la crise climatique, cette extinction de masse révèle notre extrême dépendance à toutes ces espaces vivantes, que nous considérons encore comme secondaires, notre projet humain. Notre responsabilité et d’imaginer, maintenant, un monde commun, car, comme le rappelle Dirzo, Ceballos et Ehrlich : « les êtres humains font partie de la biodiversité. » Une parmi d’autres.
Résumé.
L’humanité a déclenché la sixième extinction massive depuis le début de l’ère phanérozoïque. La complexité de cette crise d’extinction est centrée sur l’intersection de deux systèmes adaptatifs complexes : la culture humaine et le fonctionnement de l’écosystème, même si la signification de cette intersection ne s’apprécie pas pleinement. Les êtres humains font partie de la biodiversité et sont des éléments d’un écosystème mondial. La civilisation, et peut-être le sort même de notre espèce, dépend intégralement du bon fonctionnement de notre écosystème, que la société ne cesse de dégrader. La crise semble avoir, à la racine, trois éléments. En premier lieu, relativement peu de personnes dans le monde sont conscients de son existence. En deuxième lieu, la plupart des gens qui le sont, et même bien des scientifiques, présument que le problème concerne principalement la disparition des espèces, alors qu’en réalité c’est la menace existentielle d’extinction de multiples populations. En troisième lieu, bien que les scientifiques concernés sachent que de nombreuses mesures individuelles et collectives doivent être prises pour ralentir les taux d’extinction des populations, certains ne sont pas disposés. À préconiser le seul remède fondamental, nécessaire et bien “simple” : c’est-à-dire, réduire l’échelle de l’entreprise humaine. Nous argumentons qu’il faut réduire de manière compassionnelle la taille de la population humaine, en encourageant la baisse des taux de natalité, tout en réduisant à la fois les inégalités et le gaspillage global, c’est-à-dire en mettant fin à l’obsession de la croissance.
ndlr : on peut ne pas être d’accord avec la conclusion politique des auteurs, voir dernière phrase, il n’en demeure pas moins que la question est posée.
