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LAIC I imp 40X60 avec R

Je mets à votre disposition cette affiche, sous copyright. Si vous désirez l’utiliser, merci de me contacter préalablement

montseveroux.larbreapalabres@gmail.com

J’ai créé cette affiche comme un procédé mnémotechnique, pour penser et parler la laïcité dans sa dynamique historique philosophique, donc politique, mais aussi psychologique.

Je me dégage d’une approche juridique qui clôt le débat au lieu de l’ouvrir. ; il suffirait de s’en remettre aux juristes. Je me refuse également à la réduire à la loi de 1905, à la liberté de conscience et à la séparation de l’État et des églises. Cette réduction est une manoeuvre destinée à réintroduire les religions dans les champs politique et éducatif d’une part, et d’autre part à négliger la dimension sociale que porte son histoire via les concepts d’Egalité et de Fraternité. En clair, la loi de 1905 permet à des adversaires politiques de s’allier pour la combattre en prétendant se combattre.

Avec une approche psychologique, on peut mesurer les difficultés auxquelles nous sommes tous confrontés ; aussi son caractère révolutionnaire, toujours révolutionnaire, donc inatteignable.

De mon point de vue, nous ne sommes pas une société laïque, seulement à vocation laïque, aussi il est aisé de lui trouver des manques et des défauts, et je lui en trouve. Mais on peut les mettre au travail au lieu de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Je vous souhaite une belle enquête.

Il y a quelque chose de toujours plus effrayant dans ces meurtres commis par des fanatiques musulmans : ils oscillent entre fait divers, le fait d’un fou, et fait de société, impossible à traiter à cause de la lutte des factions politiques pour le pouvoir.

On sait peu, voire pas de choses sur les motivations

Oui, mais c’est vrai pour tous les meurtres commis par des fanatiques car, même ceux qui échappent à la mort sont bien en peine de motiver leur acte au-delà d’un discours convenu. Ils ne « parlent » pas, ils répètent. Peut-être est-ce cela la motivation ? Répéter, comme un disque rayé, arrêter le temps, le figer, et vivre mort pour l’éternité. 

Pourquoi ont-ils besoin de l’autre pour vivre morts ?

Il semble qu’ils ne puissent pas vivre avec nous mais pas sans non plus. Ils pourraient se suicider, partir ou rester vivre dans un pays à religion d’Etat, mais non, ils viennent, ou deviennent, attirés par un problème insoluble pour eux semble-t-il, et que nous incarnons. Je pense que ce qui les fascine, et les angoisse, c’est la créativité sociale et sociétale de nos pays. Les conventions sociales en mouvement, les identités fluides, la transformation des rapports de pouvoir et entre les sexes, les marqueurs de virilité, sont difficiles à lire pour des personnes qui ont besoin de rites stables voire immuables ; s’ils sont à leur profit bien sûr. Tout dans nos sociétés ressemble pour eux à une fuite en avant, donc à un meurtre des ancêtres, qui n’est que l’ébranlement de leurs appuis.

Le rapport à la parole ?

Nous sommes des sociétés du « moi je pense », même « les gens qui ne sont rien » peuvent dire « moi je pense », c’est ça l’Egalité et la Liberté. Ça fait du monde, et cette phrase est un blasphème mais aussi une épreuve psychique car la réalité, le nombre, fait que si tous parlent, peu sont écoutés. C’est réellement épuisant cette incertitude permanente, cette désobéissance (relative !), ce mouvement perpétuel ; il y a des gens que ça déstabilise complètement. Ils aimeraient sûrement savoir faire, ça les fascinent probablement, mais ils n’y arrivent pas. Ils en crèvent. Et s’ils pouvaient nous tuer tous, ils le feraient. Dire le nombre de morts du fanatisme musulman est anecdotique car ça ne correspond en rien à l’objectif. Stéphanie M est morte égorgée et seule, parce que son assassin n’avait pas de kalach. Mais comme il n’en a pas cherché semble-t-il, alors on peut penser qu’il a admis sa petitesse, et conçu un meurtre à son image quelqu’un de déprimé incapable de concevoir un meurtre à plus grande échelle. Ceux qui veulent réduire  ce meurtre à celui d’un fou (il n’y a aucun enseignement à en tirer et ceux qui font cela instrumentalisent), ferait bien d’y réfléchir une seconde fois.

La France, sa laïcité représente… ?

Représentait ce qu’il ne saurait jamais être probablement, après avoir essayé semble-t-il. Les fanatiques pensent, et c’est leur problème, ils aiment la pensée, mais elle est coupable dans leur religion, c’est dieu qui pensent, ils ne doivent trouver leur dignité que dans l’obéissance. Ils sont créatifs ? C’est un blasphème car seul dieu crée. S’ils ont besoin d’une cohérence interne, s’ils croient aux mots, alors ils ne leur restent plus qu’à consacrer leur intelligence à l’obéissance et la soumission, car il est impossible de ne pas exercer son intelligence. Vous-même, si vous êtes courageux, vous observerez que nombre de personnes consacrent leur intelligence à des choses stupides et qui ne sont en rien religieuses. C’est même ce qui fait la force de notre système économique et politique. C’est aussi ça que les fanatiques veulent tuer : cette espèce d’insouciance supérieure, cette désinvolture, cette négligence, cette ingratitude ; ce qu’ils jugent comme tel bien sûr. D’autant plus que c’est le privilège que leur dieu leur a octroyé, et que la laïcité leur retire et moque d’une certaine manière.

Lutte avec ou sans fin ?

Il y a bien sûr des violences qui ne prendront jamais fin, et des luttes intimes itou. Ce que l’on ne peut pas faire cesser, c’est de faire souffrir psychiquement l’autre par notre seule existence. Si une religion déclare que notre existence est un problème, que le lien est impossible entre gens différents, chacun étant assimilé à sa culture, alors il ne faut pas se bercer d’illusions, elle trouvera toujours des adeptes pour joindre le geste à la parole. Et nous ne pourrons jamais renoncer à la liberté de penser, eux-mêmes n’y arrivent pas. Qu’est-ce qui peut prendre fin, se régler, sans trancher dans le vif du corps social ? Que faut-il faire pour que le lien entre nous soit possible et jamais coupé ? La laïcité, construite lentement et dans l’adversité, répond : la vie de l’autre (donc la nôtre) doit être érigée en valeur suprême, avant toute croyance. Soit, la parole des hommes fait loi avant La parole divine(s). Le fanatique, ici musulman, c’est celui qui, parlant au nom de dieu, me coupe le siège de la parole, ou se fait sourd. Si nous renonçons à la parole, nous renonçons à la liberté, donc à la vie. Le fanatique est ce bandit de grands chemins qui, lors d’un guet-apens, saute du divan du psy et expose son conflit interne une arme à la main, et nous dit : « la parole ou la vie ? ». On pourrait lui répondre, s’il n’était sourd : « malheureux, tu ne sauras rien faire ni de l’une ni de l’autre ! ».

“Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ?” Voltaire

En pensant à Stéphanie M. Notre compatriote et notre semblable.

Les adeptes de la cancel culture jouissent d’être débarrassés de tout sentiment de culpabilité. Ils s’auto-proclament juges quand ils dégainent le glaive de la justice dans le même temps qu’ils jettent la balance et le bandeau. Les appels à la prudence face à la complexité, à la défense de la liberté d’expression, au respect du débat contradictoire ou de la présomption d’innocence, restent sans effet. Quelle est la logique interne de cette conduite ?

D’abord est-ce nouveau ?

Pas sûr. Le conflit entre un ordre établi, supposément soutenu par une majorité conformiste et complice, et ceux, supposément conscients et subversifs, qui en dénonceraient l’injustice, est vieux comme le monde. Il a pris une autre forme avec la naissance d’une opinion publique, elle n’a pas toujours existé, liée aux moyens de communications, à la massification des moyens de communication, à la liberté de parole ; il n’y a pas de cancel culture dans des pays où la parole n’est pas suffisamment libérée par le pouvoir politique. On peut déjà penser que la cancel culture est un effet secondaire indésirable (iatrogène) d’une liberté de parole désirable, et de l’utilisation des nouvelles technologies. Et donc les cancelleurs des gens qui se laissent dominés par l’outil.

L’outil a des défauts ?

Le pouvoir appartenant à celui qui impose son diagnostic, car il induit les solutions, il s’agit dès lors pour les minorités ou groupuscules de l’imposer par n’importe quel moyen ; la fin justifiant les moyens. C’est la règle du jeu de la démocratie représentative qui ne cesse de nous montrer ses limites ! Elle ne permet pas d’établir collectivement et sereinement un diagnostic. Elle oblige à hausser le ton pour se faire entendre et transforme les acteurs en belligérants.

Mais parler à plusieurs millions de personnes est impossible sauf à sacrifier la complexité de sa pensée, de la situation. La logique de ce désir pousse à se grouper par mot-clé, au conformisme, à la rumeur, à la paranoïa, à la manipulation. Oui, les manipulateurs ont un terrain de jeu extraordinaire et ils ne s’en privent pas ; mais l’outil lui-même pousse à la manipulation, plutôt à une nouvelle forme de manipulation car les réseaux sociaux ne l’ont pas inventée. Bien sûr, l’outil n’est responsable de rien, comme le couteau de cuisine qui n’est pas responsable du meurtre, il a simplement un pouvoir que l’on doit apprendre à ne pas utiliser dans n’importe quelle circonstance.

Un exemple d’une mauvaise utilisation d’un outil ?

Je vais en parler à partir d’une anecdote personnelle pour illustrer le comportement des activistes, des anti-racistes dans mon exemple, que je qualifierai de saint-Pierristes. Un homme politique se fait attaquer par un tweet à caractère raciste ; un ami, militant anti-raciste, qui l’encourage à porter l’affaire en justice,  me demande si je condamne le tweeteur. Comme je ne suis ni procureur ni juge et que je fais la différence entre le racisme (un acte ou appel à un acte) et l’expression à caractère raciste (une opinion), je ne condamne pas ; je déplore. Impossible d’en débattre plus avant : de son point de vue, ce genre de tweeteurs doivent être condamnés, sortis du théâtre de la parole, mis hors d’état de nuire. Je lui deviens suspect, malgré mes états de service, voire complice.

Cet ami, dans la pureté de l’amour anti-raciste qu’il s’attribue explicitement, ne pense pas sa logique comme étant celle d’Augustin, un saint des chrétiens :  « Il y a une persécution injuste, celle que font subir les impies à l’Église du Christ ; et il y a une persécution juste, celle que font les Églises aux impies… L’Eglise persécute par amour et les impies par cruauté. » Si les mots ont un sens, ce n’est pas de la radicalisation, c’est du fanatisme. Il me semble que c’est la logique folle qui menace d’emporter les mouvements anti-racistes quand ils se font cancelleurs.

Saint-Pierrisme ?

On pourrait dire que cet ami est atteint par le syndrome de St Augustin, mais  je vais préférer celui de St Pierre pour penser les conséquences politiques de la logique de cet antiracisme-là. Dans l’imagerie populaire, les blagues, St Pierre est celui qui, aux portes du paradis, accueille les morts, les juge et les oriente ; qui vers l’enfer, qui vers le paradis, en fonction des actions de chacun sur terre.  Ainsi, ne vont au paradis que ceux qui feraient la preuve de leur mérite ; les autres sont envoyés sans pitié en enfer (La miséricorde divine a des limites, et eux aussi), « cancelled » dira-t-on aujourd’hui ! Pas étonnant dès lors que les choses se passent bien au paradis après une telle sélection. Mais force est de constater que c’est au prix de se débarrasser de ceux qui ont failli malgré les avertissements réitérées ; au prix d’un entre-soi. Très clairement au prix d’un sacrifice : la parole. Il doit régner un silence d’enfer au paradis ! C’est le prix à payer. Et de fait, on ne parle plus de rien avec cet ami saint-Pierriste ; la suspicion est une arme d’appauvrissement massive.

Leur paradis, si c’est sur terre ? C’est l’enfer !

Oui, comme il n’y a pas d’ailleurs, il ne reste que l’exclusion du champ de la parole et de la relation ; c’est la définition du tabou tel que les anthropologues l’ont découvert dans les îles du pacifique où il n’y avait pas de prison pour les hors-la-loi. Seulement la prison psychologique, l’annulation par la non-relation.

Conséquences politiques ?

Si toutes les bonnes âmes auto-proclamées (les activistes) usurpent le rôle de St Pierre, s’ils sont atteints par ce syndrome, alors ils ne cesseront de trier et condamner à l’enfer du silence les mauvaises âmes. En toute innocence et sans l’ombre d’un sentiment de culpabilité. Est-il possible que les autres ainsi désignés admettent la légitimité de ces petits St Pierre et leurs sentences ? Evidemment non. Ce saint-Pierrisme, parce qu’il n’a pas de légitimité, pas plus divine qu’au regard des droits universels de l’homme et du citoyen, est porteur d’une violence qui n’a rien de subversif, rien d’émancipateur. Ce saint-Pierrisme génère une grande violence, symbolique a minima, car il se veut « purifiant » comme le feu, « désinfectant » en quelque sorte. On comprend dès lors que l’universalisme laïque, par définition respectueux de l’intégrité de l’autre, mais pas de ses croyances, pose un problème aux purificateurs.

Bien sûr, les médias mainstream ne sont pas pour rien dans la frustration que peuvent ressentir des populations en manque de représentation et de temps de parole : par exemple, les syndicats qui ne bénéficient que de très peu de temps d’antenne quelle que soit la longueur des défilés. La population est réduite à son statut de consommatrice et non pas de productrice de sens ; il est inévitable que parfois elle s’emballe quand des moyens sont mis à sa disposition.

Le saint-Pierrisme comme radicalisation

En tout cas, je ne le veux pas comme une insulte, une interprétation tarte à la crème à jeter à la figure des activistes. Je ne veux pas participer au pugilat fut-il démocratique. Nommer le saint-Pierrisme  est plutôt une mise en garde, une invitation à penser notre posture en politique, les uns comme les autres, car nous pouvons tous glisser de la radicalisation au fanatisme. Ce ne sera jamais une bonne idée que de condamner quelqu’un à se taire, à l’annulation, à le retrancher de l’humanité. Une leçon que l’on doit garder à l’esprit : se déclarer éveillé (woke ici) face à la masse déclarée aveugle, à guider, est le B.A BA de la politique (vous vérifierez), par exemple les libéraux et les économistes orthodoxes sont sur le même registre de l’annulation de l’autre (à peine quelques milliards, mais pas les mêmes) mais avec d’autres mots (la gouvernance) ; bataille entre élites donc. Et s’ils étaient des manifestations différentes de la même maladie ? C’est mon opinion.

Et si la laïcité, celle qui disqualifie le concept de pureté dans le vocabulaire politique, donc économique, était la seule solution pacifique ?

Cliquer sur cet espace blanc pour accéder au livret Laïcité de la CGT. Mon commentaire suit.

La CGT vient de publier un livret sur la laïcité où elle expose sa conception de la laïcité et les actions possibles en entreprise concernant le fait religieux.  Comme c’est un acteur majeur du débat, et qu’elle opère un glissement communautariste et anti-universaliste que je juge contraire à son engagement historique pour “l’émancipation des masses”,  j’ai pris la peine d’adresser des commentaires à la secrétaire confédérale en charge de la laïcité. Je vous les livre.

 

A l’attention de Mme Nathalie VERDEIL

Secrétaire confédérale et pilote du groupe de travail Laïcité

Bonjour Madame,

(..)

Un ami vient de me faire suivre votre document Laïcité, garante des libertés, de février 2021. (..)

La CGT fait sienne la conception de J. Baubérot : la laïcité comme oeucuménisme. Mais la laïcité n’est pas un oeucuménisme et ne l’a jamais été,  c’est un anti-cléricalisme car c’est un anti-fascisme, un anti-féodalisme, un anti-obscurantisme, très loin donc de ce vous défendez désormais. Je prétends, Madame, qu’avec ce glissement, la  CGT ne respecte pas son histoire et sa mission fondamentale.

Parenthèse. Vous avez noté j’en suis sûr, que la laïcité concordataire de Baubérot est celle du  RN ; la différence concernant l’islam ne change rien sur le fond.

Je vais reprendre votre édito, puis l’introduction, car tout y est.

L’argument du « prétexte d’une lutte contre l’islamisme radical » (?) pour atteindre les musulmans dans leur ensemble, dit l’amalgame que vous faites en le dénonçant chez les autres d’une part, il dit aussi cette posture intellectuelle de base d’autre part : ne jamais hurler avec les loups. Aussi toute analyse provenant d’un « loup » présumé est discrédité et la cible devient une victime à défendre ; quitte à tout relativiser. Ce discours en contre, fait du RN la référence à toute votre construction.

«  .. et l’émancipation ». En quoi une croyance religieuse quelconque qui nierait le réel, la science (l’obscurantisme), la liberté du sujet (le cléricalisme) et l’égalité  entre les personnes (le féodalisme), est-elle à défendre au titre de l’émancipation ? Pourriez-vous donner votre définition actuelle de « l’émancipation » ? C’est peut-être la clé qu’il me manque pour comprendre votre logique et vos revendications identitaires.

« ..Attachée aux libertés, ». Oui mais celle dont vous parlez, et que défend Baubérot et consorts, c’est la liberté d’entreprendre, celle de l’homme mais pas du citoyen, la liberté des anglo-saxons que vous prenez pour du progressisme : jouir sans entrave. Or la Liberté laïque, ce sont des contraintes, des limites : cette liberté qui ne retire rien à l’autre, celle qui fait que je neutralise en moi certaines choses pour ne pas gêner l’autre ; cette Liberté contraint tout désir d’emprise sur l’autre. Si on déplie cette Liberté sur le plan économique et écologique –  les contraintes qu’elle ferait peser sur la folie du système – on comprend pourquoi le communautarisme anglo-saxon l’attaque frontalement, mais pas pourquoi la CGT y renonce quand il s’agit de religion.

« …de la liberté religieuse  dans la cité et notamment dans l’entreprise ». Vous faites une déclinaison indue à partir d’un postulat faux bien qu’il paraisse vrai voire évident. Il n’y a pas de liberté religieuse dans une République laïque au sens où l’on fait ce que l’on veut au nom de sa religion. La conscience est libre, y compris religieuse, ainsi que son expression, mais la pratique ne l’est pas et ne peut pas l’être. Et c’est heureux car vous seriez la première à vous dresser, j’en suis sûr, si quelqu’un revendiquait le droit de battre sa femme, de tuer son fils homosexuel ou sa fille apostat, au nom de sa liberté religieuse.

Vous utilisez la liberté comme un bélier. Mais je vous vois mal défendre la liberté de porter un tee-shirt « mort aux militants CGT »  sous prétexte de religion ou de liberté d’exprimer ses opinions. Je vous vois mal revendiquer une salle de prière pour les pastafaristes au nom de cette même liberté, ou le port du couteau traditionnel pour les Sikhs ; il va falloir vous y préparer cependant, car des « laïcards » vous mettront face à vos contradictions avec des revendications de ce genre.

« .. la fraternité,.. ». Vous l’écrivez avec un f minuscule, or il s’agit d’un F majuscule pour ce qui concerne la Fraternité laïque. La Fraternité n’est pas la déclinaison sécularisée de la fraternité chrétienne : tous frères en un seul dieu ; elle est la clé de voûte de tout le système laïque : tous nés libres et égaux en droit ; elle est la responsabilité vis-à-vis du plus faible qui doit devenir libre par l’instruction car il est né symboliquement libre et doit le rester. Le plus faible en l’occurence est une plus faible : c’est la fille de l’intégriste, même si le père réclame sa liberté d’emprise sur son enfant. La Fraternité nous oblige, et c’est une contrainte du groupe sur la folie des individus. C’est pour cela qu’il y a des droits de l’homme (ses désirs) et du citoyen (ses devoirs vis-à-vis de la collectivité). Où est la CGT sur la défense de cette enfant ?

« .. l’Etat est laïc,.. » pas les personnes. Laïc s’attribue principalement aux croyants qui ne font pas partie du clergé ; laïque s’applique au féminin comme au masculin en se dégageant de la question religieuse. Par exemple, je suis un laïque et non pas un laïc, contrairement à Baubérot et Dharréville. L’Etat est laïque et non pas laïc car la croyance ne fait plus référence ; le fait religieux n’est plus le centre de gravité de l’organisation sociale. La croyance religieuse est une croyance comme une autre, au même titre qu’un croyance individuelle et récente ; elle n’a pas à bénéficier d’un traitement privilégié au nom du nombre ou de l’antériorité.  C’est vrai que c’est un déclassement, et que c’est douloureux, mais c’est le prix à payer pour être laïque.

Même le pape peut être laïque, c’est-à-dire respectueux des règles de la communauté des hommes ; c’est tout ce que l’on demande à quelqu’un pour être un citoyen, donc un laïque. La Liberté nous contraint à cet endroit à être ce genre de laïques. Cela veut dire que je ne peux pas opposer mon sacré particulier au sacré de la communauté des hommes : la sûreté et la sécurité de la personne, sa liberté. Il y a du sacré dans une République laïque.

Personne ne serait obligé d’être laïc (laïque) dites-vous ? Alors comment ferait-on si tous étaient croyants ? Qui pour pour être élu et neutre ? Qui pour nous représenter tous à la fois ? Quid de l’Egalité dans ce cas-là, puisque nous sommes tous susceptibles d’être élus, donc représentant neutre des autres ? Il faudrait qu’il y ait toujours assez d’athées pour représenter l’Etat si je comprends bien. Cet argument : l’Etat laïc mais pas moi, c’est le retour de l’obscurantisme et du cléricalisme ;  accorder de la valeur à cet argument, c’est militer pour le retour des religions en politique, c’est de la naïveté vis-à-vis du discours discriminant que tient les religions. C’est refuser de comprendre ce que signifie les séparations. Qu’elle est loin l’émancipation ! La vérité du contrat que l’Etat laïque passe avec un enfant qui vient de naitre c’est : tu es libre et notre égal par nature, même si tu es dépendant, et nous allons t’instruire pour que tu deviennes et reste, socialement, à la fois libre et égal. 

« Le droit au travail ne préconise pas de neutralité religieuse. » Voilà que la CGT fait du droit du travail un oracle maintenant ! Le juridisme n’est pas une pratique syndicale de masse, qui fait appel aux adhérents, aux salariés ; c’était celle des réformistes que vous reprenez pour la circonstance. La neutralité ne veut pas dire qu’il faudrait cesser d’être croyant – c’est un tour de passe-passe pour disqualifier le concept de neutralité – cela signifie que sa croyance ne doit pas être la référence aux conduites, à sa participation à l’intelligence collective, aux conventions. Il faudrait parler plutôt de neutralisation temporaire, de discrétion, de suspension : dans le temps et l’espace profane qui nous est commun, je dois me dégager de mon sacré personnel pour qu’il ne s’oppose pas au sacré particulier de l’autre. Il y a une préséance dans l’ordre du sacré. La loi commune, c’est ce qui neutralise nos lois personnelles, religieuses ou non, et c’est vrai partout en société y compris en entreprise. Ce sont les devoirs du citoyen qui contraignent les désirs de l’homme.

La séparation n’est pas exclusivement celle de l’Etat et des religions, il y a aussi des séparations identitaires à opérer pour vivre ensemble laïquement. La laïcité c’est une coupure symbolique entre moi, ma famille, mon groupe, mes illusions, mes désirs, ma volonté d’emprise, mon idéologie.. on peut appeler tout ça mes assignations,  celles que je dois penser pour les transformer en affiliations, c’est-à-dire en liens non fétichisés ; et ceci grâce à l’esprit critique censé souffler dans l’Education Nationale. Et ça fait mal une coupure, ça fait souffrir car ça sépare, mais c’est la condition pour être émancipé, libre ; pour être un Sujet. La CGT, en revendiquant que personne ne subisse de coupure symbolique – la croyance comme couleur de peau, une essentialisation donc – ne mesure pas l’impasse où cela nous conduit.

Plus brièvement sur l’introduction. 

« .. la convention européenne… ». Certes, mais l’Europe n’est pas laïque ; s’appuyer sur l’Europe, dans votre livret, pour parler de la laïcité en France est significatif de l’entrisme des prosélytes ; tout fait ventre. Pour mémoire, il y a des Landers en Allemagne où l’impôt pour une religion est obligatoire, comme sa déclaration, et perçu par l’administration. Il y a aussi en Europe une commission consultative qui réunit les religions monothéistes ; elles ont obtenu d’exclure les autres mouvements spirituels, notamment les libres penseurs. Sûrement au nom de la liberté de conscience.

« .. la liberté de pratiquer sa religion est reconnue.. ».  Vous savez la différence avec la France laïque qui va jusqu’à s’accorder le droit d’interdire des discours politiques dans les lieux de culte (l’anti-cléricalisme à quoi la classe ouvrière doit tant). Et la plupart des pratiques sont interdites car en infraction avec les droits humains les plus élémentaires. Mais vous faites preuve volontairement de naïveté vis-à-vis de l’obscurantisme religieux. Une infirmière, une institutrice, qui irait en formation avec un plat de pâtes sur la tête au nom de sa croyance pastafariste (religion reconnue officiellement en Nouvelle Zélande), ce qui ne trouble pas l’ordre public donc, userait-elle d’une liberté fondamentale ? Oui à vous en croire, au nom de la liberté, non au regard de l’Egalité.

« .. ainsi neutraliser.. ».  C’est le gros morceau. J’ai écrit un article sur mon site https://larbreapalabres.com Etat, neutralité et neutralisation, si vous voulez plus d’arguments. Et bien si, la laïcité, qui est un anti-cléricalisme, un anti-fascisme… puisqu’il a la charge de veiller à la Liberté et à l’Egalité de tous, y compris les plus faibles au nom de la Fraternité, enjoint chacun à la retenue pour que l’espace public ne soit pas approprié par quelques uns comme le serait un territoire. Il n’y a qu’un territoire, le territoire national où l’Etat exerce son pouvoir au nom de tous, ce qui permet que l’espace public reste accueillant, donc accessible à tous indépendamment des différences. Dans un tel espace, laïcisé donc, il est interdit de poser sa marque sans autorisation, d’en faire un territoire. Et un territoire ça se marque ou s’approprie par des rites, des habitus, des conventions etc..

L’espace public est un espace creux, creusé devrait-on dire pour la rime avec le creuset républicain, et non pas un espace vide que chacun peut occuper à sa façon, identitaire et communautaire. Voir mon article sur le même site Espaces, territoires, séparations et inclusions 1.

« Imposer .. du racisme. » On est d’accord pour dire que c’est le B.A.BA de la laïcité ; donc on attend votre condamnation du racialisme voire des racialistes.

«.. l’islamophobie, racisme, d’antisémitisme et de xénophobie ». Vous faites une association, en toute mauvaise foi j’en ai bien peur, qui révèle un choix idéologique. Le racisme et l’antisémitisme sont des actes délictueux ou des appels à des actes discriminatoires ; l’islamophobie et la xénophobie sont des sentiments, des opinions, donc des droits de conscience fondamentaux, que l’on n’a pas à justifier par la raison par définition ;  droits que vous défendiez plus haut. Mais il ne faut pas hurler avec les loups m’a-t-on appris quand j’étais militant. Au fait, vous me direz quelle société, notamment religieuse, est plus xénophile que la société française.

«.. nous revendiquons le droit de les critiquer toutes, .. ». Je ne trouve votre critique nulle part ! Il me semble que militant pour l’émancipation, elle devrait figurer en bonne place dans tout congrès, surtout en ces temps de montée des intégrismes religieux. N’est-ce pas Marx qui disait que la critique de la religion est la mère des critiques ? Il y a bien un livret pour lutter contre les idées du RN, mais je n’ai pas vu un livret pour lutter contre les idées rétrogrades des intégristes religieux de tout poil. Or en terme de scores et de prévisions, il n’y a pas photo. Bien sûr, c’est autrement plus dangereux, et je peux comprendre que les militants de la CGT reculent devant l’obstacle, mais ils peuvent le nommer au lieu de justifier leur évitement par l’évocation de la loi, d’une liberté, par l’oeucuménisme.

« .. en ne plaçant aucune opinion au-dessus… ». Vous savez pertinemment qu’il ne s’agit pas de cela avec l’exigence laïque, mais peut-être est-ce la page de l’universalisme que vous tournez sans le dire explicitement dans un congrès. Il s’agit pour un citoyen émancipé de faire la différence entre croire et savoir. Etre émancipé c’est admettre la réalité. Connaitre la réalité est un droit fondamental et c’est le rôle clé de l’Education Nationale que l’on déconstruit lentement ; admettre la réalité scientifique n’empêche pas d’être croyant ; mais croire que la terre est plate n’est pas à mettre à égalité avec admettre qu’elle est ronde. Il y a des opinions, des croyances, qui sont en vente libres, et des faits qu’il s’agit d’admettre pour vivre en société et en paix.

Merci de votre attention si vous êtes arrivée jusque là.

Bien évidemment, je me tiens à votre disposition si vous désiriez explorer plus précisément des arguments.

Bien à vous

Jacques Variengien

 

Nota, je prétends que la CGT ne respecte pas ses statuts historiques avec cette évolution du rapport au « fait religieux ».

Statuts de la CGT 2016   51 ème congrès

– «  préambule

Ouvert à toutes les diversités, riche des différences d’opinion, le syndicalisme dont l’ambition est d’être solidaire, uni et rassembleur, constitue pour les salariés un moyen essentiel pour relever les enjeux contemporains. »

– « Les principes d’égalité, de solidarité, d’écoute, de tolérance et d’épanouissement des diversités pour lesquels elle œuvre, animent la vie démocratique en son sein. »

L’épanouissement des diversités n’est pas une revendication laïque et universaliste, mais identitaire, communautariste, anti-universaliste, donc anti-laïque. Il serait très différent de dire : au-delà de différences individuelles, ou au-delà de la diversité de la culture de chacun, ce qui renverrait au statut social et tiendrait la lutte des classes comme la réalité structurante de nos sociétés. 

Par ailleurs, si nul ne peut être inquiété pour… il n’a pas à revendiquer de privilèges pour autant. Mais si vous n’avez pas publié de critique de la religion, si vous n’avez pas publié de critiques de l’universalisme, on ne peut rien vous discuter valablement.

Enfin, il n’y a aucune richesse dans la multitude d’opinions ou de religions – ce qui est vrai en cuisine ne l’est pas en politique – la seule richesse politique réside dans la qualité des arguments.

  • « Elle contribue à la construction d’une société solidaire, démocratique, de justice, d’égalité et de liberté qui réponde aux besoins et à l’épanouissement individuel et collectif des hommes et des femmes « . « Elle milite en faveur des droits de l’homme et de la paix. »

Tiens, les droits du citoyen ont disparu ! Dommage car c’est ce qui fonde le social non libertarien, la laïcité.

Il se déroule sous nos yeux une bataille de tous les instants et sur tous les fronts, pour créer et s’accaparer un territoire, là où la République, laïque, pense en terme d’espace public, en creux. Il faut reprendre cette distinction qui s’articule à celle de la neutralité de l’Etat et la neutralisation des volontés d’emprise, traitées précédemment. Ces distinctions sont essentielles pour penser l’actualité, mais aussi la laïcité ; c’est-à-dire en quoi elle est LA solution qui permet des inclusions pacifiques.

On peut préciser les termes

L’espace est une étendue, une dimension, mais aussi une durée. C’est un terme plutôt neutre qui définit quelque chose qui existerait sans les êtres humains, et qui peut s’en passer. Le territoire  est une création de l’être humain, c’est un espace qu’il balise, qu’il marque, où il exerce son pouvoir et sa puissance, individuellement ou collectivement.

La France est-elle un territoire ?

Avant, elle était un royaume, donc le territoire du Roi. Les individus étaient les sujets du Roi, mais aussi les sujets de dieu car les deux territoires coexistaient (2% de la population, la noblesse et le clergé, possédaient 80% des richesses). Il y avait aussi des territoires communaux, des communs, gérés par des comités dont les femmes n’étaient pas exclues. Donc un territoire royal dans lequel s’emboitaient d’autres territoires subordonnés. On ne peut pas dire qu’il y avait un espace public !

Avec la révolution ?

Les révolutionnaires ont tout fait pour que l’Etat ne soit que la loi, donc le garant des libertés, et non pas le propriétaire. Il a fallu des décennies pour que tout ou presque soit privatisé, avec la réussite que l’on sait. Toutes les fonctions régaliennes n’ont pas été récupérées cependant : le notariat, des greffes du commerce, l’huissier, sont restés des charges privées alors qu’elles sont des fonctions régaliennes. Mais dans ce mouvement de récupération de la justice, il s’est créé, d’abord un territoire national, une Nation française, et un espace public ou nul ne peut être inquiété pour ses opinions, croyances, etc.. Littéralement, ça veut dire qu’il y a une transformation et du lieu et des individus : là où est l’espace public, je deviens un membre du public, un parmi les autres, un comme les autres ; jamais minoritaire, jamais majoritaire. C’est une pure fiction bien sûr, mais cette transformation permet à chacun d’être à soi-même son propre territoire, inviolable, dans la mesure où il accepte la réciproque, c’est-à-dire de respecter l’autre. La façon attendue pour marquer cette acceptation est la discrétion, la retenue, la désacralisation de son sacré au profit d’un sacré primordial : la vie de l’autre, sa sécurité. Il y a du sacré en laïcité, et il serait bon de le déplier correctement au lieu de s’en tenir à la seule propriété privée.

Complexe

Pas courant peut-être. La civilité consiste à marquer par des comportements, des phrases convenues, que l’on ne veut pas exercer d’emprise sur l’autre, entrer dans un bras de force ou quelqu’un devra se soumettre. On voit bien d’ailleurs quand on est au bord du lac, le désagrément que cause les jeunes qui écoutent leur musique à fond, portes ouvertes. On le prend bien pour un mépris, une volonté de marquer le territoire, une humiliation etc… Quand des jeunes font cela, ils transforment l’espace public en territoire.

Il y a beaucoup d’envahissement de l’espace public alors

Oui, la publicité est un exemple peu cité, mais il y a aussi le langage et l’écriture qui sont des champs de batailles féroces aujourd’hui, bien au-delà du cercle habituel de l’adolescence. Il y a aussi l’économie qui s’approprie la totalité de l’espace. Il faut penser que l’espace public nécessite notre contribution, on rajoute quelque chose au bien commun en étant respectueux, en retirant la violence de sa présence autant que possible ; le territoire au contraire c’est ce qui est retiré aux autres. On voit que dès qu’il y a du territoire il y a de la violence et des conflits potentiels. C’est pour cette raison que le territoire national devrait transcender tous les territoires privés. C’est pour cette raison également que les territoires nationaux doivent respecter des règles pour ne pas entrer en conflit.

Plus précisément

Dans l’espace public, les intérêts de tous sont ménagés, y compris les absents, ce qui n’est pas le cas du territoire qui doit être marqué en permanence. Un territoire doit être défendu car notre absence est au risque de la destitution, le territoire c’est le degré zéro de la relation à l’autre, une certaine forme de paranoïa ; la discrimination (au sens propre) en est la règle : il faut être identifié, on en fait partie ou pas. Il n’y a rien d’inclusif dans un territoire. L’espace au contraire permet l’absence car je suis toujours présent symboliquement, moi personnellement en tant que je suis un être humain comme les autres. C’est un lieu que je partage toujours symboliquement car personne ne se l’approprie en mon absence.

Pas simple

Il y a des résistances que l’on ne changera pas. Par exemple les adolescents : tous les adolescents du monde ont besoin de créer une enclave à l’abri des adultes, par le langage, les vêtements, la musique, les héros etc… Notre société les intruse systématiquement, ils ont beau repousser les limites, il y a toujours des adultes pour s’immiscer. Le frottement entre les territoires adolescents et l’espace public on ne le règlera pas à coups de flingues, ni de flingues éducatifs. Mais leurs comportements est symptomatique d’une conception de l’espace qu’il est intéressant de penser. Etant dans une conception territoriale, il voit spontanément   du vide là où nous pensons avoir mis du creux. Ils pensent qu’il est déserté là où nous l’avons rempli symboliquement de l’absent, théoriquement neutralisé des volontés d’emprise. Quiproquo persistant surtout si l’on n’en parle jamais.

Mais ils ne sont pas les seuls

Oui, et c’est cela le plus grave. L’espace public neutralisé – le creux, notre construction commune, la matrice – est envahi de toute part désormais, c’est un champ de bataille. Nombreux sont les groupes qui le pensent vide. Les ados, mais aussi des croyants, les activistes de tout bord, les cultures différentes, exotiques ou anglo-saxonnes, les marchands etc.. C’est bien qu’il a du se passer quelque chose ces dernières années, l’espace public a dû être vidé de notre présence, dé-constitué, déconstruit (?), ce qui le maintenait creux a dû, soit disparaitre, soit au contraire être colonisé par un pouvoir illégitime : l’Etat français comme colon de la France. Dit autrement, notre système représentatif est malade car il se prend pour la démocratie, alors qu’il ne l’est pas. Comment avoir un Etat légitime avec un pouvoir de coercition légitime, garant du creux de l’espace public qu’il doit neutralisé, avec des élus qui le sont de moins en moins ? C’est tout simplement impossible.

C’est à la fois obscur et angoissant

Oui, c’est pour cela qu’il faut enquêter. Je n’ai pas d’hypothèses fermes et définitives, seulement des indices. On a vu les ados. On peut voir les immigrations de pays où la notion culturelle et politique d’espace public n’existe pas (on dit sans tiquer Terre d’islam pur certains pays mais pas Terre chrétienne pour désigner la France) ; il est logique que ça coince quand des gens pensent l’espace vide, libre d’appropriation donc, alors qu’il est creux, à ne pas marquer de son empreinte. 

Il y a l’avidité économique, la cupidité économique, qui amènent certains à s’approprier les ressources, les espaces, les corps même, ce qui donne le message qu’il faut se dépêcher de dépecer la bête puisqu’ils n’ont aucune légitimité démocratique à le faire. De mon point de vue, l’hallali a été donné par notre système économique ; il transforme tout en champ de bataille et n’a pas de limite ; il s’insinue dans toutes les manifestations de la vie, même les plus intimes. L’Etat de la planète, les inégalités sociales témoignent de cette  appropriation mortifère. On voit que les économies anglo-saxonnes, communautaristes, aiment bien cette conception de la liberté qui est celle d’entreprendre, de prendre, au mépris de la présence réelle ou symbolique de l’autre.

Les activistes et autres déconstructeurs, ont accusé réception de la règle du jeu. Au lieu de colmater les brèches avec les laïques pour refaire du creux, de la matrice, ils décolonisent le territoire national pour le coloniser à la découpe. Hélas, parmi les défenseurs (supposés) de la laïcité, il y a un vrai courant anti-social qui ne veut pas venir sur ce genre de lecture ; c’est-à-dire une élite qui ne veut pas faire une lecture sociale de la Liberté et de l’Egalité.

Peut-être faut-il s’arrêter là pour aujourd’hui. Le creux ça doit faire penser.

Oui, on devrait avoir des occasions de reprendre ces distinctions.

L’actualité m’oblige à devancer l’écriture d’une chronique sur le possessif. 

Tous les dictionnaires renvoient à la notion de possession, d’appropriation, même quand il s’agit d’un lien qui ne peut pas être de cet ordre. Mon enfant ou mon épouse par exemple, pourtant je ne peux pas posséder une personne ; l’universalisme est passée par là. N’en déplaise. Il faut donc reprendre la copie car ce raccourci langagier nous induit en erreur quand on débat.

Mon enfant, mon épouse… Une impossibilité 

Puisque je ne peux pas posséder une personne, c’est que ce pronom possessif est employé par erreur ; il faudrait dire, l’enfant dont je suis le père, la femme dont je suis l’époux (mon épousée serait juste, mais ça surprend quand je l’utilise). En revanche je peux dire ma maison ou mon chien, mon stylo, ma guitare, ma voiture. Il y a un grand nombre de choses que je possède, surtout des choses voire des animaux, mais encore plus de choses que je ne possède pas alors que je dis mon, ma. Ma planète ? Mon biotope. Mon avenir ?

Tiens, un souvenir. Dans un groupe de promeneurs botanistes, on fait un tour pour se présenter. Les hommes disent qui ils sont, les femmes disent qu’elles sont la femme d’untel. Quand mon tour arrive, après mon épousée, je dis qu’Odile est la femme dont je suis l’époux. Histoire de faire un commentaire que personne ne m’avait demandé bien sûr.

Des choses qui me possèdent et que je pense posséder ?

Oui, ma myopie par exemple. Je suis mon patrimoine génétique exprimé dans un contexte et pourtant c’est à moi, c’est moi : je suis myope et non pas porteur de myopie ou de calvitie. Ce truc qui est à moi me possède autant que je le possède. Je dis mon, parce que c’est moi qui aie la parole ; mais je n’ai pas le dernier mot pour autant. Je dis ma vie, et pourtant je sais que je suis son hôte, ce n’est pas moi qui décide de la date de péremption. Ma couleur de peau, ma taille, mon sexe, autant de choses qui font que je suis ça, et qui me possèdent autant qu’elles m’appartiennent. Ce genre de choses sont mon corps et donc mon destin (Freud). Des choses dont on voudrait se dégager aujourd’hui (le regard des autres dans mon identité), tout en en étant fier.

Comment faudrait-il énoncer les choses plus justement ?

Les lunettes dont je m’affuble ; la calvitie qui me caractérise, la couleur de peau que je tiens de l’histoire etc… C’est-à-dire indiquer la relation que j’entretiens et qui n’est pas ma possession mais seulement une relation particulière. Ce n’est pas très pratique et au final sans intérêt, à condition de ne pas généraliser imprudemment cette facilité de langage que permet le possessif.

Par exemple

Quand je dis : mon idée, je ne sais pas vraiment si c’est la mienne ou si je suis son homme, son porte-parole. Il y a des slogans, des idées toutes faites, des éléments de langage, des idéologies, que l’on reprend, que l’on croit penser mais qui nous pensent en fin de compte. Un psychanalyste anglais, W.Bion, appelle ça des pensées sans penseur. Je suis sûr que vous vous êtes surpris à dire des choses que nous ne pensiez pas vraiment, pousser par un copain à qui il faut répondre aux idées toutes faites par des idées toutes faites. Ce sentiment d’échanger des banalités est le signe que l’on n’échange pas de la pensée, qu’on ne possède pas les idées que l’on pose, mais qu’on s’en fait l’écho, le haut-parleur. Les éléments de langage en politique.

Comment savoir quand on pense ?

Je ne peux le savoir qu’après véritablement, et encore c’est à une condition – et c’est de cela dont je voulais vous parler – de ne pas m’identifier à l’argument que je vais poser, plus exactement à condition de repérer dans le fil du débat ce qui de moi s’est identifié à cet argument. Il faut rester dans cette posture du chasseur qui ramène au groupe une idée à partager, un argument, qui ne lui appartient pas, qui n’est pas lui, c’est seulement le fruit de sa compétence de chasseur/chercheur qu’il met met au service du groupe. D’autres ne l’auraient pas trouver, mais il doit se garder de s’identifier au fruit de sa recherche. Il devrait dire : cet argument que je présente, plutôt que j’ai un argument ou pire, mon argument. Etre un chasseur plutôt qu’un laboureur d’idées ou d’arguments.

Quel est le problème ? Tout le monde fait ça

Le problème c’est la réciprocité : croyant posséder un argument je suis possédé par lui. Je peux le défendre par la suite même s’il est mauvais, comme s’il s’agissait de moi. Le lâcher c’est avoir tort – la chose la plus dure au monde – alors qu’il s’agit seulement de l’écarter si par bonheur on s’aperçoit à temps qu’il n’est pas bon. On sait faire ça avec les feuilles de sa salade, mais on est prêt à mourir pour une mauvaise idée, un mauvais argument. La mort plutôt que se dédire. Soit le contraire de la posture philosophique que l’on est supposé apprendre à l’école, pour être libre, donc citoyen.

Tu vois ça à l’oeuvre ?

Oui, partout. C’est une attitude humaine que de s’identifier à ses pensées, ses idées, ses arguments, ses chaines. A tel point aujourd’hui, que certains réclament comme un droit fondamental, avec l’aide d’humanistes estampillés, d’être identifiés exclusivement à leur pensée, leur croyance, leur idéologie ; alors que c’est une pathologie de l’identité. Leur contester ce prétendu droit serait contester leur être même, donc de la haine, donc à condamner et à faire taire ;  mais c’est de l’obscurantisme.  Il peut s’expliquer sur le plan psychique, sur le plan politique aussi, mais pas sur le plan philosophique. 

Comment en sortir ?

Liberté Egalité Fraternité, c’est un effort intellectuel important qui est demandé là.  Il faut se méfier de soi, penser ses aliénations avant de penser celles des autres. Mais le pouvoir, la lutte pour en jouir, pour bénéficier de privilèges, pervertit la démarche philosophique vers la liberté. Encore et toujours cette fichue liberté que tout le monde veut, et dont personne ne veut. On voit bien que tous s’étripent sur cette notion. Et en même temps, il nous est impossible de la mettre sur la table pour l’explorer. Notre conception de la liberté est à géométrie variable, en fonction de nos besoins ; personne n’est pas prêt à l’explorer collectivement. C’est-à-dire prêt à en assumer les conséquences dans les domaines sociaux notamment, plus que sociétaux. La laïcité s’est construite pas à pas contre le féodalisme, le cléricalisme et l’obscurantisme ; on fait comme si le mot était la chose. Ça ne marche pas.

Le débat s’est enflammé autour du terme d’islamo-gauchisme et de sa pénétration par capillarité dans les milieux intellectuels et universitaire. C’est un terme que je n’utilise pas, n’en ayant pas lu la définition de Pierre-André Taguieff, car on s’en saisit pour s’opposer politiquement au lieu d’explorer collectivement un problème, ce qui devrait se faire dans une démocratie qui se voudrait laïque concrètement.

Quelle autre entrée serait possible ?

La question politicienne est : qui est indulgent avec l’islamisme, ou relativiste, donc complice ? Cette conclusion de la complicité, l’idiot utile, est utilisée quel que soit le sujet d’ailleurs. Pour moi, pour distinguer les éventuelles indulgences voire connivences, la question se poserait autrement : est-ce un fait divers pour vous, ou un fait de société ? On pourra rajouter la question subsidiaire : qui en décide pour la collectivité dans une société laïque ?

Une situation précise

Oui celle du sacrifice de Samuel Paty. Les anglo-saxons ont traité ce sacrifice comme un fait divers, le fait de société étant les souffrances infligées aux musulmans en France, par l’Etat notamment. En France, nous avons vu la même attitude chez certains, et notamment à gauche il faut l’admettre. On a vu des médias comme Médiapart et des partis comme LFI déclarer que cela servait à mettre « un voile » sur les vraies souffrances sociales des français, donc les faits de société. Même argument utilisé avec la proposition d’enquête sur l’islamo-gauchisme dans les milieux universitaires : le vrai fait de société est la précarité des étudiants. L’un s’opposant et annulant supposément l’autre donc. Indigne d’un débat intellectuel qui respecterait la complexité des choses, mais significatif de la pollution par les enjeux de pouvoir de toute analyse critique.

Tu as un document à nous montrer (ci-dessous)

Oui, j’ai trouvé cette page dans le N°117 de la revue Causette. Excusez-moi pour la qualité de la photo, je ne sais pas faire mieux. Elle révèle tout de ce bras de fer autour de la qualification d’un fait. On voit qu’en haut de page, il y a la photo d’une manif en soutien à un prof assassiné. Lapidaire. On ne peut pas faire moins, et on ne peut pas dire mieux que c’est un fait divers et qu’il faut le traiter comme tel. L’image et son petit commentaire disent tout d’une prise de position idéologique qui n’a même pas besoin de se justifier, d’argumenter ; ça va de soi. Il y a une connivence intellectuelle suggérée avec les « lecteurices » (marqueur identitaire que j’ai entendu sur une radio, chez des anti-identitaires bien sûr).

En bas de page…

Dessous, la base, le véritable fait, de société celui-là. Un interview où on donne la parole à la directrice du Bondy Blog qui dénonce les discriminations que subissent/subiraient les minorités, dont ne faisait pas partie Samuel Paty ; il n’y a donc aucun mot sur lui. Il n’est pas dit qu’il était le suppôt de l’ordre établi, un dinosaure, un mâle blanc etc… Pas nécessaire de le dire, ça va de soi. Le seul fait d’opposer un fait à un autre de la sorte indique le parti pris idéologique : l’islamisme et ses meurtres sont une succession des faits divers qu’il ne faudrait pas surinterprèter, et ceux qui le font  sont des aveugles, dans le meilleur des cas, ou des islamophobes, dans le pire des cas, donc le problème, le vrai.

Il faudrait donc poser la question aux interlocuteurs ?

D’une part, il faudrait effectivement qu’ils disent explicitement ce qu’ils considèrent comme fait divers ou comme fait de société ; et qu’ils justifie en quoi c’est l’un et pas l’autre, puisque c’est comme ça qu’ils pensent. Mais le faire ce serait les exposer à leurs contradictions, mais nous aussi, c’est pour cette raison que personne ne s’y risque. Par principe, un fait divers est toujours significatif d’une fait de société pour qui veut le prendre pour un symptôme, c’est une question d’interprétation. Dit comme ça, il n’y a pas de fait de divers véritablement. C’est curieux d’ailleurs de voir les sociologues déconstructeurs qualifier le racisme inconscient blanc à partir de tout ce qui leur tombe sous la main ; et refuser de traiter comme un fait de société l’islamisme, ses meurtres set es projets théocratiques !

Entre parenthèse : accuser l’inconscient de quelqu’un ce n’est pas du fascisme, c’est de totalitarisme, et ça ouvre aux camps de rééducation.

D’autre part ?

La posture intellectuelle ne devrait pas être dans l’opposition : fait divers vs fait de société, mais dans la succession, l’un après l’autre. C’est-à-dire en quoi est-ce un fait divers ? En quoi est-ce, par ailleurs, possiblement, dans une certaine mesure, un fait de société ?  La question, en tout cas en psychologie, est celle du lien et non pas de l’exclusion. En quoi ce fait est significatif d’une dynamique individuelle certes, mais aussi d’une dynamique familiale, groupe, sociale, sociétale. Il n’y a pas de comportements humains or contexte, qui n’aurait pas une histoire. Nous sommes des sujets psycho-socio-historiques ; si c’est vrai dans un domaine, c’est vrai dans tous. S’il faut isoler les termes par nécessité méthodologique, quand on ramène les choses sur la place publique, on doit les lier. Je vous proposerai plus tard une grille d’analyse pour ne pas rester fixé à une seule causalité.

Or, aujourd’hui, des intellectuels sont capables d’exclure de la réflexion la religion dont se réclame les fanatiques. Par postulat, cela n’a rien à voir ; ni celle-ci ni celle-là d’ailleurs. Vous vérifiez les prolégomènes de la fac catho de Lyon quand il s’agit de traiter la question de la radicalisation dans ces colloques. Certains de mes anciens professeurs, qui ne sont pas des « islamo-gauchistes » pour autant, et dont je suis certain de la probité intellectuelle, acceptent de penser sous cette contrainte !

Qui décide de ça ?

La lutte idéologique fait rage car la politique politicienne fonctionne comme un garrot. Aux médias qui appartiennent pour 80% dit-on à un groupe de milliardaires, qui font leur boulot pour maintenir un système électorale de nature monarchique, et les privilèges d’une classe sociale qui vont avec, s’oppose logiquement un contre-discours là où il peut naître : dans les universités, sur les réseaux dits sociaux, dans la rue. Cette opposition est significative de mon point de vue d’un fait social : nous ne sommes pas une démocratie laïque, et nous ne sommes pas prêt de l’être. Être laïque serait de mon point de vue, mettre le problème au milieu, et le traiter collectivement pour faire émerger ce qui serait du fait de la société, de la responsabilité de l’organisation sociale et celle du pouvoir, donc à corriger puisque théoriquement nous sommes les seuls dépositaires légitimes du pouvoir (!). Mais c’est un risque que l’on ne veut pas prendre car toute réflexion interroge le pouvoir sa logique et sa légitimité. LA politique politicienne n’est pas prête à lâcher le morceau.

L’actualité oblige… à reparler du passé

Et à faire les liens nécessaires entre les questions du consentement à des relations sexuelles ou d’ordre sexuel, et la laïcité ; c’est-à-dire le rôle de l’Etat, la justice, les parents. 

Rappelez-vous
Il y a 3 ans, il y avait des débats sur le consentement à cause de l’éducation sexuelle à l’école, voire en maternelle. A l’époque des parents musulmans puis catholiques avaient protesté, et leur réaction avaient été déplorés sur les ondes pour conservatisme religieux. Avaient-ils tort pour autant de revendiquer leur responsabilité familiale sur ce domaine ? Le pédopsychiatre Maurice Berger, de St Etienne, avait dénoncé dans une tribune sur Causeur (erreur fatale), et sur son site (https://www.mauriceberger.net/education-sexuelle-a-lecole-marlene-schiappa-fait-comme-si/), l’infraction psychique traumatisante que pouvait causer une information trop précoce et à ce point précise, avant même toute interrogation des enfants. Il dénonçait la déclinaison en France d’une conception nouvelle de la sexualité qui déboulait de textes européens « standards européens d’éducation à la sexualité ». L’éducation à la sexualité n’étant pas l’éducation sexuelle si les mots ont un sens.


De quoi était-il question ?

Tout simplement d’enseigner aux enfants la possession de soi – formidable –   dans l’ouverture aux plaisirs de son choix, dans les configurations de son choix, au-delà de la sexualité de reproduction de papa. Marlène Schiappa, qui heureusement à d’autres qualités,  se défendait des accusations en affirmant que le coeur de cet enseignement était le respect de sa propre personne, via le non-consentement : quand c’est non c’est non ! Le slogan imparable.

Formidable non ?

Non, parce que personne ne posait les questions qui fâchent, 1 celle qui aurait permis de parler de la perversion sexuelle : et quand c’est oui alors ? Parce qu’elle aurait dû répondre du coup : et bien effectivement, quand c’est oui, c’est oui ! Et il n’était pas question de limite d’âge, de différence d’âge, de configuration, et 2 celle de la responsabilité des parents. Il était question d’enseigner précocement aux enfants qu’ils étaient libres de leur jouissance sexuelle et de leur choix et pratiques, à condition de consentement ! La fête du slip chez les pervers !

6 mois plus tard, l’affaire Matzneff / Springora

Patatrac. Pourtant elle était grande la petite Springora, quand elle menaçait ses parents de fuguer s’ils ne recevaient son séducteur, vieux, à leur table ; elle avait 14 ans. Et bien les médias ont réussi ce tour de force de parler longuement de cette affaire, sans jamais évoquer les débats sur l’éducation sexuelle qui ne dataient pas de 6 mois. Mme Schiappa s’est faite petite, et les journalistes aussi, ce qui est une faute professionnelle ; ils avaient été pris dans une idéologie perverse qui ne disait pas son nom, et ils ne tenaient pas à faire amende honorable. C’est dommage car l’on aurait pu décoder la façon de procéder des pervers, ses manoeuvres, pour obtenir le consentement du quidam.

Maintenant le débat sur l’inceste, après celui de la maturité sexuelle

De nouveau, actualité sur le consentement via les violences incestueuses via les affaires Duhamel, Berry et d’autres. Pas de chance pour les déconstructeurs de la sexualité patriarcale. Là encore, taire les débats d’il y a 3 ans. Là encore c’est dommageable, car le débat sur la perversion est évitée. Tout le monde y va de la limite au consentement comme si c’était une évidence de toujours. Là encore Mme Schiappa fait profil bas, là encore les journalistes ont la mémoire courte.

Tu voulais donner un exemple précis

Lors d’une cérémonie des Césars, c’était juste après l’affaire Springora, une jeune actrice révèle, au pupitre et non pas dans un interstice, qu’elle se sent bien sur scène car dans son cours de théâtre il ne faisait pas bon être dans les gradins à côté du professeur ; elle nous prend à témoin en direct et dénonce un prédateur sexuel ; elle ne peut pas faire plus. Tout le monde dans la salle connait cet homme, toute la presse spécialisée et féministe connait cet homme, en toute logique le lendemain aurait du paraitre des articles et un procureur aurait du se saisir de cette information car vu son âge, les faits ne sont pas prescrits ; et bien non, il ne s’est rien passé, la grande famille du cinéma s’est tue, comme la plupart des familles donc. Les journalistes n’ont pas fait leur métier (en revanche jouer les procureurs avec les Gilets Jaunes tombait sous le sens). C’est le même mécanisme familial à une autre échelle. Tout le monde a su, nous  compris, mais personne n’a parlé. Alors, vous pouvez changer la loi, la dénonciation est toujours sélective ; c’est seulement quand un coupable est accessible et que c’est sans danger, c’est-à-dire qu’il capte toute la lumière, donc on peut se refaire une virginité à bon compte la main sur le coeur. La cible est identifiée par des critères que je ne saurais définir.

Quel rapport avec la laïcité ?

Dans une République laïque, l’Etat est neutre, il n’a pas à se mêler du débat sur les croyances, il ne devrait donc pas prendre partie sur les convictions sexuelles, les modèles sexuels, la culture sexuelle ; c’est de l’ordre de la croyance, de la culture. Sa fonction, au titre de la Fraternité, est de neutraliser les pouvoirs d’emprise notamment sur les enfants, et donc les protéger (ça passe par l’instruction pour qu’ils ne soient pas eux-mêmes un danger pour les autres) mais pas de les éduquer sexuellement. C’est aux parents d’enseigner leurs valeurs dans ce domaine, dans la mesure où cette culture n’est pas discriminante, ce qui n’est pas un détail.

Plus précisément

Qu’une famille soit pudique ou pas, ce n’est ni bien ni mal, c’est un choix dont l’Etat n’a pas à se mêler ; c’est un débat de société qui concerne la société, on peut même s’affronter (verbalement), mais la justice n’a pas à nous dire qui doit changer, elle doit simplement veiller à ce que personne n’impose sa loi dans l’espace public.

On peut être homophile, transphile, phile de tout, l’Etat n’a pas à en faire ni la promotion ni une obligation morale, ça ne le concerne pas : une famille conservatrice a le droit fondamental de désapprouver ces identités et de le dire ; il doit seulement veiller à ce qu’aucune violence ne soit exercée à l’encontre des pratiques et des identités, car elle est injustifiable ; et donc enseigner aux enfants que ces pratiques existent – connaissance du réel – et que les personnes sont à respecter. 

L’Etat outrepasserait ses droits au mépris de ceux des familles ?

Oui, l’éducation à l’école doit nous enseigner que s’il y a des cultures sexuelles différentes, il n’y a pas de norme autre que culturelle ; en revanche il y a une loi  qui interdit d’agresser l’autre, ou d’obtenir indûment son consentement ; il faut tenir bon sur ce registre. Or l’Etat ne remplit pas sa mission ici, car il se couche devant ceux qui disent le contraire au nom de leur sacré ; en revanche, il veut enseigner aux enfants un nouveau catéchisme, une morale  et des normes sexuelles en toute bonne conscience, sous couvert de santé ! Et gare à qui ramène sa morale, sa culture, dans ce domaine seulement. Bien sûr, il y a des familles qui dysfonctionnent, et on n’imagine pas laisser faire au nom d’un droit quelconque ; la définition du dysfonctionnement qui est du ressort de l’Etat, à cause de la Fraternité, au nom des droits de l’individu.

Son rôle est donc de fixer des limites au consentement
La loi ne dit que la loi, pas ce qui est juste. Mais il y a un hic, et le ministre s’y colle : la différence d’âge entre les deux amants. Ça va être un sacré boulot de la définir par la loi, surtout quand on a le couple présidentiel que l’on a. J’ai bataillé sur cette question avec les équipes d’éducateurs auprès des jeunes placés en foyer, qui sont des proies faciles pour les pervers. La réalité psychique est que vous pouvez avoir des ados de 20 ans, qui ne sont pas plus matures que leur copain/copine de 14 ans. Et des ados de 18 ans qui ont une maturité telle qu’on peut voir qu’ils sont dans un rapport de prédation. Il n’y a que des cas particuliers,  quand la loi dit le général. La seule façon de tenir compte de la réalité, d’être au plus juste, aurait été d’augmenter l’âge de la majorité sexuelle pour donner la possibilité aux parents d’évaluer la situation, et de la porter en justice le cas échéant. Au contraire, en fixant à 15 ans la majorité sexuelle, l’évidence donc, on offre notre jeunesse aux pervers ! Il a été question de 13 ans même. Mais voilà que les affaires d’inceste contrarient encore le processus de responsabilité individuelle précoce. Soyez sans crainte, les pervers sont plus patients que nous, ils trouveront la parade.

On ne lutte pas contre la perversion par la loi ?

Il ne faut pas confondre le violeur d’une part, un mutique dont le projet est l’effraction physique et psychique, et dont le lien par la parole est la hantise, et d’autre part le pervers, cet équilibriste « polyglotte », dont la jouissance consiste à obtenir le consentement, en utilisant la curiosité sexuelle, naturelle, de l’enfant. Le pervers est toujours pervers, il est toujours en manoeuvre et il jouit de la loi car c’est elle qu’il veut effracter. En mettant des limites, comme veut le faire le garde des sceaux, on peut penser qu’il est battu, mais c’est une illusion, il redoublera de jouissance quand, à force de patience, il obtiendra que la victime consente, et ne dénonce pas. La seule issue me semble-t-il était de rendre aux parents la responsabilité ; mais, prétendument laïque, la République dans ce domaine passe son temps à ôter toute responsabilité aux parents ; déjà avec les pilules contraceptives qui peuvent être prescrites sans autorisation des parents, l’avortement itou, il faut simplement la présence d’une personne majeure. C’est-à-dire que sous couvert de libérer l’ado de toute emprise parentale (associée au patriarcat), ce qui est un projet magnifique auquel je souscris seulement quand elle est pathologique, on l’offre à l’emprise du pervers. Nous donnons donc notre consentement, et c’est ce qui signe la victoire de la perversion sexuelle. Voir les grandes figures politiques qui reconnaissent avoir été consentants (pas dit comme ça) en signant une pétition, post-soixante huitarde, en faveur de la libération de la sexualité des mineurs ; des gens qui nous regardaient de haut et qui savaient pour nous. 

Parenthèse. Curieusement – ou non – dans le domaine de l’ordre public, les parents  sont accusés de ne pas assumer leur responsabilité vis-à-vis de leurs ados. L’appel à la responsabilité parentale est à géométrie variable, en fonction de l’intérêt des élites ; 

regardons les mesures sanitaires, les impossibles référendums.

Mais tenir les parents informés de la sexualité de leurs enfants, c’est un retour en arrière, c’est du patriarcat !

Non, ce devrait être leurs droits dans un pays laïque qui respecte les droits des parents, mais aussi celui des enfants d’être protégés, en premier lieu des prédateurs. Débattre du contrôle des corps, et notamment celui des femmes,  est un débat important, voire urgent, mais il faut le placer au bon endroit, et dans le respect du rôle de chacun. Libérer la sexualité des enfants était devenue une priorité, avant celle des femmes ; là il s’agit de respecter les cultures plutôt que les personnes. Ça devrait nous alerter, non ?

Pourquoi est-ce si difficile de parler de la perversion ?

Il faut distinguer la perversion en général, de la perversion sexuelle qui en est une des déclinaisons. Il est difficile d’aborder cette question car, si on dépliait les stratégies de la perversion, on risquerait de porter un tout autre regard sur notre organisation politique et économique. Je reviendrai sur la dimension perverse de notre société, et sur la différence entre la perversion et la subversion. La laïcité est un anti-cléricalisme, et devrait être aussi, à cause de la Fraternité, une anti-perversion du lien, aux enfants particulièrement. Or nous sommes spoliés de notre pouvoir de décision sur notre vie, et de notre responsabilité sur l’environnement et le futur de nos enfants, et tout ça… avec notre consentement, passif ou actif. Parler du consentement, et des stratégies pour l’obtenir, est risqué pour tout pouvoir.

Aux USA, Q Anon dénonce un complot mondial d’une élite pédophile

C’est évidemment une ânerie alimentée par un certain nombre de scandales qui, il faut le dire clairement, n’ont rien d’imaginaires. En fait, ces complotistes n’ont pas compris que les pervers n’ont pas besoin de se voir, de se parler, pour savoir si une loi, sur l’éducation sexuelle par exemple, est bonne pour eux ou pas. Ils le savent d’instinct, ils oeuvrent dans le même sens sans avoir à se rencontrer. Parmi les gens qui ont défendu le programme d’éducation sexuelle, il y avait j’en suis sûr nombre de personnes sincères voire admirables de respect des enfants ; mais il n’y avait aucun psychologue psychanalyste ou pédopsychiatre – aucun journaliste n’a interrogé la ministre sur cette bizarrerie – en revanche il y avait des ONG et des représentants de divers associations dont on se demande ce qu’elles présentaient comme compétences, autres que leurs revendications. Curieux non ?

S’il n’y a pas eu de complot pédophile, en revanche, dans les bases théoriques et les études cliniques sur lesquelles s’appuient les âmes charitables, il y a d’authentiques pervers sexuels que l’on peut identifier.

Un mot sur la pédophilie féminine ?

Il faudra y revenir plus spécifiquement. Elle existe mais elle est, soit niée, soit magnifiée. Je vous renvoie à la pièce de théâtre Les monologues du vagin, célébrissime, où une saynète fait l’apologie de la pédophilie féminine qui… séduit le public. Toujours le consentement. Suite à l’affaire Springora, plusieurs hommes, y compris connus, ont fait part de leurs expériences de jeunes ados, voire d’enfants, séduits par des femmes ; elles n’ont pas fait le buzz médiatique.

Les religions monothéistes ont réussi à saturer le débat sur la laïcité parce qu’elles la combattent, parfois les armes à la main quand c’est au nom de la miséricorde. Pourtant l’obsession de la laïcité n’est pas là, contrairement à ce que disent certains de ses ennemis, elle n’est pas dans la liberté de culte ou de croyance qui ne sont qu’une des déclinaisons de principes vrais aussi dans des sociétés non laïques. Dire la laïcité c’est la liberté de croire ou ne pas croire est trop imprécis. Il serait plus juste de dire : la laïcité c’est la séparation entre ce qui est de l’ordre de la croyance et ce qui est de l’ordre du réel qu’il faut admettre pour faire société. Il serait plus juste de dire : la laïcité c’est un anti-cléricalisme ; ce que n’est pas la société libérale anglo-saxonne par exemple qui trouve des relais pour nous combattre de l’intérieur. Mais vous noterez que l’anti-cléricalisme est un mot tabou.

L’obsession des Lumières c’est la vie tranquille, le droit de rester en vie et de disposer de soi et de son esprit, son intelligence, même si.. Ceci les a conduit à définir un nouveau statut de l’individu dont ils n’ont sûrement pas mesuré complètement la portée : « Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ». Ceci amène logiquement à définir une République laïque démocratique et sociale (sociale ne voulant pas dire socialiste). Il faut prendre le temps de penser les conséquences de ces deux phrases, dans toutes les directions, y compris économiques et sociales.

Dire que l’enfant qui vient de naitre, et qu’un parent tient dans ses bras, est libre égal et doit le demeurer, est une drôle d’affirmation quand on sait sa fragilité. Mais il faut penser que c’est la solution des Lumières pour desserrer les multiples emprises et systèmes d’emprise qui contraignent les hommes : le cléricalisme en premier lieu, mais pas seulement, le féodalisme aussi, l’obscurantisme les superstitions et les traditions également, la lutte à mort contre la science, le racket économique. La laïcité n’est pas seulement la solution pour que les protestants ne soient pas persécutés. Nota : toutes les religions ont surtout persécuté les athées et les scientifiques.

Dire que l’enfant qui vient de naitre est et demeure libre et l’égal de son parent signifie qu’il n’a pas de dette vis-à-vis de ses géniteurs, il n’est pas tenu d’en être le clone ; il n’a pas de dette vis-à-vis de son clan familial, il n’est pas tenu de le représenter ni d’être associé à leurs actes et leur histoire ; il n’a pas de dette vis-à-vis d’un pouvoir de type féodal, il n’est pas tenu d’en être l’esclave ; il n’a pas de dette vis-à-vis d’un dieu supposé être son créateur, il n’est pas tenu de lui sacrifier sa vie en retour. Il se possède et peut s’auto-référencer (le fantasme d’auto-engendrement guette bien sûr), ce faisant il accède à une nouvelle forme de responsabilité individuelle, il n’a pas à rendre de comptes pour son frère ou son père. Il accède au statut de Sujet (avec un S majuscule). La laïcité est un « anti-amalgamisme » au contraire des communautarismes. Elle permet des rencontres créatrices qui feront l’enfant différent de son parent.

Mon enfant n’est pas mon enfant, j’en ai la responsabilité seulement, mais il ne me doit rien, c’est moi qui lui doit tout car il est incapable d’autonomie, il est le plus faible. Je ne peux pas le garder sous mon emprise alors même qu’il est dans ma main. Il y a un renversement de l’ordre symbolique. Avec la solution laïque ce n’est plus l’enfant qui doit aux parents, ce sont les parents qui doivent à leur enfant. Ils lui doivent les moyens de devenir et demeurer réellement ce qu’il est putativement à la naissance : libre et égal. La laïcité c’est a priori et in fine la liberté d’expression… de son potentiel. La laïcité c’est une circularité, une prophétie auto-réalisatrice.

Bien sûr, un enfant sans dette psychologique ça n’existe pas, je ne parle ici que de la dimension politique voire du mythe fondateur de la laïcité. Il a quand même une dette politique : on attend de lui qu’il devienne comme on le considère à la naissance : d’abord et avant toute autre identité, un concitoyen libre égal et fraternel (« Deviens ce que tu es », c’est-à-dire libre et notre égal. Les marchands ont perçu cette injonction, et l’ont transformé en « auto-engendre-toi… jusqu’au choix de ton sexe. »). C’est LE CONTRAT REPUBLICAIN tacite que l’on aurait eu intérêt à rendre explicite ; quand je vois que l’on revendique le droit d’être anti-démocratique au nom de la liberté et de l’égalité, que l’on met d’autres identités avant celle de concitoyen, qu’on se prépare à mettre fin à cette organisation au nom d’une majorité.. de minorités, j’avoue mon inquiétude.

La fidélité a changé de sens. Elle allait du bas vers le haut, du fils vers le père jusqu’au Père éternel (temporalité synchronique du sacré, pour ceux que ça intéresse) ; désormais elle va du haut vers le bas, le parent doit être fidèle à l’enfant, à la vie dont il est la manifestation, car il est l’incarnation de toute l’humanité sans discrimination, et en même temps un Sujet nouveau et unique (temporalité diachronique du profane pour ceux que ça intéresse). La laïcité ce n’est pas la sacralisation des racines bien au contraire, les hommes ne sont pas des arbres ni comme des arbres. Cette phrase « Pour savoir où l’on va il faut savoir d’où l’on vient », est une marque de résistance à l’ouverture laïque. Il serait plus laïque de dire : « Pour choisir son chemin encore faut-il qu’il y en ait plusieurs ». La laïcité c’est le mouvement vers l’autre, réel.

En inversant l’ordre symbolique – en séparant le sacré du profane au profit de ce dernier dans le champ politique – la laïcité agit une violence qu’il ne faut pas nier mais identifier correctement pour en mesurer l’aspect douloureusement libérateur, comme le cordon ombilical qu’il faut nécessairement couper (physiquement et symboliquement) pour que l’enfant vive vraiment. Je comprends ce que veut dire Caroline Fourest « la laïcité ce n’est pas un glaive mais un bouclier », mais il faut admettre que la laïcité coupe dans le Sujet pour le rendre vif. Il n’y a pas de liberté du Sujet sans coupure symbolique. La laïcité c’est une paire de ciseaux.

Mon enfant n’est pas mon enfant. Je ne peux pas posséder un être humain. Le « mon » est un déterminant de relation et non pas de possession. Certaines religions, et de croyants, ont beaucoup de mal avec la relation égalitaire, habituées qu’elles sont à la possession, à l’emprise. Important aussi en philosophie et dans la vie en générale : si je m’identifie à mes idées, je suis elles, elles sont moi (mécanisme psychique spontané), alors je ne suis pas aussi libre que je le crois, je suis possédé, je suis dans l’idéologie.

Conséquences que l’on se dépêche de ne jamais évoquer : si je dois les moyens à l’enfant d’accéder à sa liberté, celle du citoyen-philosophe, à la libre expression de son potentiel – la laïcité n’est pas un égalitarisme ni un anti-élitisme, c’est une équité –  alors je lui dois l’instruction, la connaissance du réel ; je lui dois le travail ou les sources de revenus pour ne pas être dépendant, soumis (le chômage est une atteinte à la laïcité) ; je lui dois le système politique pour qu’il exerce sa souveraineté sur les affaires du monde ; je lui dois évidemment la liberté de croire à sa manière, et de le dire, et la garantie de sa sécurité. On est loin du compte non ?

Dire, comme je l’entends, que la société occidentale n’offrirait plus de sens est un déni issu d’une appropriation du sens par le religieux : la société laïque offre la liberté individuelle et le respect de la vie d’autrui comme sens – avant un éventuel sacré religieux – , je ne connais rien de plus extraordinaire comme sens. Ça ouvre à 360° ce qui est moins confortable et plus angoissant que le chemin balisé. Cette liberté aura un revers, c’est le sentiment de solitude voire la dépression.

Il nous manque un élément essentiel pour faire tenir correctement l’ensemble : c’est la Fraternité qui de mon point de vue est la clé de voûte de la République laïque, à condition de ne pas l’entendre comme le bon sentiment chrétien : nous serions tous des frères alors soyons tolérants, indulgents voire aimants dans l’amour de dieu etc.. C’est une erreur car la Liberté de conscience c’est aussi la liberté de ne pas aimer voir haïr et le dire ; c’est en revanche l’interdiction de frapper de se venger de discriminer etc.. La Fraternité républicaine (avec un F majuscule) ce n’est pas la sécularisation de l’amour chrétien comme le pense certains : c’est la responsabilité vis-à-vis du plus faible qui est empêché d’être et de rester libre. Rien à voir avec les bons sentiments dont l’enfer est pavé. Et le plus faible est… une plus faible : c’est la fille de la famille intégriste. La responsabilité d’une société laïque est là. La trahison de son serment aussi. C’est aussi différent de la solidarité. Les parents doivent assistance à leur enfant né libre, et la société s’autorise, en notre nom à tous, à intervenir pour enlever l’enfant s’il est en danger. Mais elle doit aussi s’autoriser à intervenir pour l’instruire malgré les parents si besoin, le soigner malgré les parents parfois, elle doit intervenir pour lui assurer des études au meilleur de ses capacités, elle doit intervenir pour assurer les moyens de subsistances de tous, même contre les intérêts des plus forts. Si elle est fraternelle.

Quand on dit les choses comme ça, on voit bien que nous ne sommes pas dans une société laïque, seulement à prétention laïque, à vocation laïque. Quand on détricote la sécurité sociale au profit d’assurances privées, quand on se débarrasse des services au public, on ne peut pas se prétendre laïque. Les adversaires sont nombreux, et il faut les désigner dans tous les champs et prendre le débat partout. Par exemple, j’attends toujours que les européistes convaincus m’expliquent quel rapport ils entretiennent avec la souveraineté du peuple français. J’attends que l’on me démontre que l’on est une démocratie laïque et non pas une ploutocratie. Les résistances sont aussi à percevoir en soi, chez les laïques.

 

Si l’Etat n’est pas Fraternel/responsable dans tous les aspects de la vie de l’enfant pour le dégager des emprises et systèmes d’emprise, alors il y a des pensées des projets et des chemins qui ne sont même pas pensables, des choix qui ne se poseront jamais et la liberté d’expression un leurre. Dire que je suis libre dans une famille qui n’a pas les moyens de me payer des études, voire un livre, voire du papier brouillon et des crayons de couleur, c’est se payer de mots. Souvent ne pas croire n’est pas une option familiale : ne pas croire en dieu n’est pas une option, ne pas croire en son échec social ou familial n’est pas une option, ne pas croire à la perspective de la prison n’est pas une option.

Les familles, et sûrement les sociétés, sont capables d’organiser des dénis, des interdits de penser tels, que lorsque nous croyons penser nous ne le faisons que dans les limites imposées. Par exemple, devenir médecin cadre maire du village artiste ou jardinier mécanicien etc.. est simplement impensable selon les familles. On sait le déterminisme social. Pourtant la laïcité c’est un anti-déterminisme social. L’échec est patent mais ça ne doit pas faire argument aux communautarismes bien au contraire.

Mais la liberté ne se laisse pas définir aisément. Il y a une différence définitive entre la liberté des Lumières et celle des libéraux. Il y a la liberté d’expression bruyante de sa jouissance y compris au détriment du plus faible, c’est la liberté d’entreprendre du libéral – la liberté sans la Fraternité/responsabilité donc. Elle s’oppose à la liberté d’expression d’une relation du laïque, d’une pensée de ses aliénations, de ses chaines réelles et symboliques afin de les transformer en affiliations – la liberté avec la Fraternité donc -. 

La liberté laïque est la lutte contre notre tendance naturelle à l’emprise sur l’autre, c’est-à-dire l’intégration d’une limite à sa jouissance, c’est une civilité, une liberté qui n’envahit pas l’espace, le territoire. Le libéralisme c’est la jouissance de l’emprise, le no limit ; l’autorisation de transformer l’autre en prestataire de service. Une liberté potentiellement prédatrice.

Pour penser, pour être libre pacifiquement et prétendre à la liberté d’expression de notre potentiel, il faut que l’on nous aide à penser nos assignations, que l’on soit riche ou pauvre, instruit ou pas. Que l’on nous aide à penser les emprises que l’on subit mais notre tendance à l’emprise également, sur les autres et sur nous-même.

Nous sommes très très loin d’être une société laïque de mon point de vue. Les dimensions  économiques et sociales ne font pas l’objet de débats avec la laïcité comme référence. Il n’y a pas tant de laïques que ça en France finalement. Par ailleurs, il est difficile de débattre de ces questions tellement la branche armée du cléricalisme nous persécute. Au point que certains trouvent fréquentable la branche politique du cléricalisme qui focalise le débat sur ses revendications, qu’il faudra renommer exigences de privilèges. 

Charlie a payé le prix d’avoir appelé un chat un chat, et le cléricalisme un fascisme. Serons-nous d’accord pour dire que la laïcité est un anti-fascisme ? Donc un anti-cléricalisme ? 

Retour sur les caricatures : la violence islamiste au nom du respect du sacré.

En fait, nous devons distinguer deux violences. La première, la violence inhérente à la volonté islamiste d’établir un califat mondial , et qui donc n’a d’autres causes qu’internes : le pouvoir de régir le monde leur a été attribué directement par leur dieu via un prophète médium (Pierre Conésa, Dr Saoud et Mr Djihad, p100 « La LIM (Ligue Islamique Mondiale) est plus explicite : « Nous, Etats membres, affirmons également notre conviction qu’il ne saurait y avoir de paix dans le monde sans l’application des principes de l’islam ».). Cette violence n’est la conséquence d’aucune colonisation ni souffrance mondialiste, et ne s’adresse pas spécifiquement à nous : elle frappe là où c’est possible y compris les musulmans qui ne partagent pas son dogme. Elle est condamnée par la majorité des musulmans qui ont adapté leur pratique religieuse au plaisir de vivre en paix.

D’ailleurs, les musulmans sont les premières victimes de l’islamisme.

Non, elles sont les plus nombreuses car plus faciles à atteindre. On ne peut pas dire à quelqu’un victime d’un attentat qu’il n’est pas la première victime. C’est odieux et pourtant j’entends le dire. La première victime c’est celui qui ne se soumet pas à leur dogme, la dernière victime donc. C’est potentiellement l’immense majorité de la population mondiale.

La deuxième violence ?

C’est celle qui s’abat sur celui qui critiquerait, s’opposerait, blesserait, offusquerait, ne respecterait pas la religion, le sacré. Celle-là amène à des réactions différentes chez les musulmans, même non-intégristes, car la cause perçue est : quelqu’un a donné le premier coup. La violence serait donc secondaire, et elle ne serait que réactionnelle, voire éducative ou pédagogique en quelque sorte. Globalement nous serions la cause car, si on laissait chacun pratiquer comme il veut, il n’y aurait pas de violence. C’est l’exemple du Canada qui se voudrait premier pays post-nation, une mosaïque de communautés.

Débat donc sur les causes de la violence.

Oui, et c’est ce dont je voulais vous parler aujourd’hui. René Girard, un anthropologue, nous a montré que la violence se justifiait toujours d’être secondaire : je ne ferais jamais que rendre un coup que l’on m’a porté. En fonction de la susceptibilité, ça peut être des traces sur un papier, une parole, une critique. C’est toujours l’autre qui a commencé, ne serait-ce que par un regard (Voir par exemple la Fontaine, Le loup et l’agneau, ou les gamins qui disent « baisse les yeux »). Il appartiendrait donc à celui qui a reçu le coup, donner supposément le premier donc, d’aimer encore plus et mieux, puisqu’il est la cause, le coupable initiale. Il est le problème « systémique ».

Causes, conditions, déclencheurs ?

Les mots sont piégés. Ils ne signifient pas toujours la même chose. Ici, pour penser la violence islamiste, je voudrais faire la différence entre cause, condition, déclencheur. Et pour ce faire, je vais vous rappeler le triangle du feu que vous connaissez peut-être. Pour qu’un feu prenne, il faut un combustible, un comburant (l’oxygène de l’air par exemple), une source de chaleur. Un combustible peut-être plus ou moins inflammable, et il peut s’auto-enflammer si on le chauffe. Le feu peut aussi s’éteindre si on le refroidit. Il faut de plus des conditions, c’est-à-dire de l’air en quantité suffisante. S’il est à température suffisante, le combustible s’enflammera si on amène une source de chaleur, une flamme, une étincelle.

Vous me voyez venir ? Les êtres humains sont le combustible bien sûr, et les jeunes sont plus facilement inflammables que les vieux. Toutes les guerres se font avec des jeunes. On peut les chauffer jusqu’à ce qu’ils s’auto-enflamment. Dans ce cas la responsabilité incombe à ceux qui chauffent. Bien sûr, il peut y avoir un déclencheur comme des caricatures, mais elles ne sont pas responsables car si le combustible est froid (comme un laïque qui ne confond pas une chose avec sa représentation), ça ne s’enflamme pas. On n’a jamais vu un attentat au nom de la liberté de conscience et d’expression ! Les conditions, l’air, ce qui rend possible, est peut-être à chercher du côté des moyens de communication, des réseaux sociaux, des possibilités de rencontre.

Qu’est-ce qui rendrait le combustible si facilement inflammable ?

Plusieurs hypothèses. 1 On peut chercher du côté du sort réservé à la jeunesse. Ça ne tient pas si on compare les pays et on connait l’histoire : la violence religieuse se moque des époques. 2 On peut chercher du côté de la jeunesse considérée comme une fragilité, voire une pathologie : ils sont à la recherche de sens, de combats, de pouvoir à bon compte, d’une vie grandiose y compris à travers l’ascétisme et la mort. Surtout s’ils ne sont pas diplômés. C’est une hypothèse solide qui mériterait un long développement, mais qui ne couvre pas tous les cas. 3 On peut chercher du côté de l’obscurantisme – ici religieux, mais l’obscurantisme n’est pas que religieux – c’est-à-dire la magie plutôt que le réel, la croyance plutôt que la science, l’idéologie plutôt que le fait. Le réel c’est la tuile absolue, et l’autre en est le représentant, le diable en personne. En clair, le combustible monte en température à cause de l’obscurantisme et la superstition. Etre instruit c’est l’être de la réalité des choses, donc de l’autre, et en retour de soi. Sale histoire. Ainsi, dire que les caricatures sont la cause est, au mieux, un raccourci, une facilité, une imprécision, au pire, une malhonnêteté, une tromperie.

Y-a-t-il d’autres hypothèses ?

Oui, la phobie est une hypothèse peu travaillée. Notre société, avec sa foutue liberté individuelle, propose une vie de solitude où la dépression rôde. Si on ne trouve pas un clan, une bande, une tribu etc.. on court un grand risque. Et ça ne suffit pas toujours. La religion, quand elle est hégémonique ou dans une démarche sectaire, propose une présence permanente, à la limite de la persécution, et une présence exigeante, très exigeante. Le contraire de ce que nous faisons ? Peut-être bien. Les recruteurs (ou la culture religieuse) ne lâchent pas leurs cibles, leurs ados, leurs adaptes, et grâce aux moyens de communication ils peuvent être omniprésents. Chez une personne angoissée, phobique, c’est d’un grand secours, et la perspective de la mort peut-être le soulagement d’une douleur d’exister… seul. On dit que les jeunes qui se radicalisent s’isolent, se replient, c’est absolument le contraire : ils ne sont plus jamais seuls, ni dans le réel ni dans leur psyché, ils sont envahis, colonisés. 

J’ai découvert ceci en travaillant en prison et auprès des adolescents délinquants, ou placés par la justice. Les caïds ont gardé des peurs d’enfants, ils sont les plus fragiles psychologiquement, pour cette raison ils ont des gardes du corps qui assurent en fait une présence rassurante permanente. 

Si nous voulons une société laïque qui dure, la liberté malgré ses aspects douloureux, nous allons devoir réinventer notre façon d’être présent aux autres ; une façon de prendre soin les uns des autres ; construire enfin une société de l’attention réciproque, ce qui pourrait être la définition d’une République laïque. Soit l’exact contraire de la direction que l’on prend !