Petite nouvelle, à peine romancée, à partir d’une histoire rapportée par un professeur de ladite école de musique.

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Quand un capitaine des pompiers vous dit avec un  petit sourire dans la voix “entendu, à demain”, il ne faut pas raccrocher, il faut l’interroger. Je ne l’ai pas fait. J’ai eu tort.

  • Bon je crois qu’on est prêt. 

Je ne voyais pas ce que l’on pouvait faire de plus. On avait fait les choses comme convenu : il fallait balancer le fumigène, fermer la porte de la cave à clé, et rejoindre discrètement notre poste d’observation, derrière les écrans de surveillance.

Cette épreuve à laquelle je soumettais le personnel de ma petite école de musique, flambant neuve, allait être un summum dans ma carrière de directeur. Je n’étais pas peu fier de la cohérence de ma démarche. Je pensais être un exemple rare aux yeux du capitaine des pompiers qui avait supervisé le tout. Ça faisait 8 mois que je marchais la tête droite et un peu raide à cause du poids de mon idée géniale, et du secret total que je devais garder.

  • On va vite voir s’il reste quelque chose de la formation. 

J’étais sûr de mon coup. J’avais pris la peine d’organiser une formation incendie avec rappel au bout de 6 mois ; il y avait 2 mois donc. Tout était affiché correctement. Les consignes étaient claires. 

  • Qu’est-ce que c’est ? Yvonne, la secrétaire venait de voir la fumée monter des escaliers. Elle allait déclencher l’alarme, c’est sûr, et le personnel…

A ma grande surprise, je la vois s’immobiliser et réfléchir – elle réfléchissait beaucoup d’une manière générale – faire demi-tour tranquillement pour téléphoner à Robert, le factotum. 

  • Robert, tu peux venir s’il te plait, il y a de la fumée qui sort de la porte d’en bas. Le tout d’une voix calme. Et elle se rassoit. Je ne savais pas un tel attachement à sa mission première.

Ledit Robert n’avait rarement que ça fait à faire. 5 bonnes minutes pour qu’il fasse une entrée royale. Ils prennent le temps de se saluer ; comme tout allait bien pour les deux, ils descendent quelques marches. Pas de doute, il y a de la fumée.

  • Zut la porte est fermée à clef. Tu as les clés ? C’est embêtant, il faudrait les clés. Autant dire qu’il avait fini son travail. 

Ils remontent tous les deux, et de concert – la moindre des choses dans une école de musique – ils concluent que c’est effectivement embêtant ; et chacun retourne à ses réflexions. Ils réfléchissaient beaucoup d’une manière générale.

  • Je ne comprends pas. Qu’est-ce qu’elle fait ? J’étais un tantinet scotché devant l’écran installé dans ce local spécial de l’école de musique ; dédié au repli de la mairie jouxtante en cas d’inondations. Il ne se passait rien, alors que ce devrait être le branle-bas de combat. On a la responsabilité de la santé des gamins que l’on reçoit quand même !
  • On fait quoi ? Les bras m’étaient tombés.
  • Il faut aller déclencher l’alarme incendie discrètement. Vous y allez ? Merci au capitaine de ne jamais cesser d’avoir des bras.

Discrètement, je sors du poste de surveillance et je me glisse jusqu’au tableau incendie. Je déclenche l’alarme. Elle est assourdissante, ce coup-ci c’est parti mon kiki.

La sirène arrache à regret Yvonne de son poste de travail. Sacré Yvonne, une bête de somme.

  • Ça doit être la fumée qui sort d’en bas. Dit-elle d’une voix blanche à un parent dans le hall. Parent qui n’en est pas plus ému qu’elle. Encore un intellectuel.

Quelques secondes passent avant qu’un professeur, Simon, sans élève à ce moment, ne sorte de son bureau entre-ouvert et ne vienne jusqu’à Yvonne. Ils réfléchissent visiblement malgré la sirène.

  • Normalement il faudrait évacuer, on ne sait pas si c’est une vraie ou fausse alarme. Tente Simon face aux deux autres, perplexes. 
  • Comment ça normalement ! Ils ne savent pas que c’est un simulacre que j’ai conçu pour valider leurs compétences suite à la formation…?! Ils doivent faire comme s’il y avait réellement le feu ! Je m’enfonce dans mon fauteuil. Le capitaine reste silencieux à côté de moi.

Je vois sortir lentement des collègues surpris, hésitants. Faut dire que les bureaux sont isolés phoniquement, la sirène est supportable quand la porte est close.

  • Qu’est-ce qu’on fait ? Normalement il faut évacuer avec les élèves, dans le calme, en laissant nos affaire sur place. Ce qu’il fait avec Kevin, son petit pianiste. Gilles me surprend car je l’avais trouvé pianissimo lors de la formation.

Du coup, il entraine les autres profs. Ils rejoignent tranquillement le point de regroupement. Au deuxième étage le serre-fil, Jean, est le dernier à sortir de son bureau. Le serre-fil c’est celle ou celui du bout du couloir qui est chargé de vérifier qu’il n’y a personne derrière. Il avait passé la tête mais ne voyant personne dans le couloir, il avait repris son cours avant de se ressaisir. Gagné peut-être par la perspective de s’en griller une au point de regroupement.

Le plus dur à observer, c’est le troisième étage. Le plus dangereux donc. Je vois Patrick, le serre-fil, taper aux portes pour dire à ses collègues que “normalement” il faut quitter les bureaux et se rendre au point de regroupement. Ça se fait moderato. Pablo son voisin d’en face résiste.

  • Oui je vais y aller, j’ai presque fini le cours, j’en ai pour 5 mn. Et de reprendre le cours, laissant Patrick errant dans le couloir.

Effectivement, le cours fini, il prend la peine de ranger sa belle guitare, après avoir donné des devoirs à son élève.
Et voilà tout notre petit monde au point de regroupement. Plus de 20 mn se sont passées à partir du déclenchement de l’alarme par mes soins ; environ 40 depuis le déclenchement du fumigène. Dit autrement, c’est une catastrophe. 

  • Bon, on va avoir un peu de travail d’enquête pour comprendre ce qu’il s’est passé. Conclut le capitaine en décollant de son siège.

Fin de la récrée.

Livide, je sors avec mon cahier. Je confirme qu’il n’y a pas d’incendie, que c’était un simulacre pour tester leur compréhension des consignes suite à la formation. Je vois des cloches qui résonnent dans les crânes ; y’a d’l’écho.

  • On va faire la liste des présents. J’interroge les profs sur la présence de leurs élèves.
  • Tu dis que Lila est là mais je ne la vois pas.
  • Elle est partie du coup avec ses parents qui étaient là. Dit-il entre deux bouffées. J’ai envie de lui faire bouffer sa clope.
  • Et André et son élève ?
  • Je l’ai vu partir ; il avait fini ses cours je crois. Dit Yvonne fière d’avoir la réponse. Une habitude, elle était fière d’elle d’une manière générale.

Ils se foutent de ma gueule tous. Ils savent pourtant que tant que l’autorisation n’est pas donnée, tout le monde doit rester à cet emplacement. Je n’ose pas leur passer un savon devant les élèves et les parents. Ils voient bien à mon masque que quelque chose ne va pas. Je crois qu’ils s’en tapent comme de leur première symphonie.

J’avoue que j’ai eu du mal à faire le debrief prof par prof. Oui tout le monde a bien entendu la sirène, comment ne pas l’entendre, elle perce les tympans mais dans des bureaux isolés c’est supportable. Oui ils savaient ce qu’il fallait faire. Mais comme personne ne s’affolait, comme tout le monde hésitait, alors ils ont hésité. Oui, ils savaient qu’il fallait sortir vite et calmement à la fois en laissant les affaires dans le bureau. Oui ils conviennent que faisant comme ils ont fait, ils mettaient en danger les élèves dont ils avaient la responsabilité. 

  • Oui mais, un incendie, ça n’arrive jamais en fait ; alors que les fausses alarmes ça arrive toujours. Yvonne réfléchissait donc. J’étais battu. 
  • Et puis on ne voit pas bien ce qui pourrait brûler dans un tel bâtiment, alors il est logique qu’on doute. Et puis plus le temps passe sans qu’il ne se passe rien, et plus on pense qu’il n’y a pas de danger.

J’avoue que le statut d’Yvonne a changé dans mon esprit. Je n’ai plus regardé ses fesses de la même manière.

Y’a un truc que je n’avais pas intégré en amont : demander à chacun comment il traitait l’information, c’est-à-dire qu’est-ce qui la rendait crédible. Et visiblement, une sirène qui vous brise les oreilles, ça ne déplace que ceux qui sont trop proches.

1ère solution donc : construire des bâtiments en paille pour que les gens aient la trouille, même si dans la réalité ce n’est pas plus dangereux. Trop innovant. Deuxième solution : mettre des sirènes partout pour rendre l’évacuation urgente. L’inconfort comme motivation plutôt que le respect des consignes. C’est la logique actuelle qui fait d’ailleurs que des gens perdent l’audition s’ils restent bloqués. On aurait l’air de quoi si on faisait ça en école de musique ?

  • Y’a un truc que je n’ai pas compris Pablo, tu as très bien entendu, tu connais les consignes et tu avais un gamin avec toi ; Patrick est venu dans ton bureau, et pourtant tu as fini ton cours. J’ai besoin que tu réfléchisses à la façon dont tu as traité la situation. 

Je parlais sans tabou à notre doyen qui était aussi un ami de longue date, et d’une logique implacable en toute circonstance, bien qu’un tantinet nombriliste. J’étais sûr qu’il y réfléchirait et que la sincérité de sa réponse m’éclairerait.

  • J’ai réfléchi à ta question. En fait je crois que j’étais centré sur mon propre projet, ma séquence, mon programme en quelque sorte : donner un cours et le finir. J’étais pris dans un engagement, mes habitudes ; du coup j’ai relativisé la sirène car ça dérangeait le chemin tracé. Bien sûr, si j’avais entendu des cris, senti la panique dans le couloir, des gens affolés crier “au feu”, sûrement que j’en aurai tenu compte et que je serais sorti fissa.

Et oui, il est difficile de faire bifurquer un train lancé vivace (prononcer vivatché). Surtout s’il n’y a pas une voix pour briser le sort que l’engagement jette sur notre volonté. 

  • s’il y avait eu un message sonore, surtout si c’était toi le directeur, pour dire que ce n’était pas un exercice, mais qu’il y avait urgence à évacuer… dans le calme, alors j’aurais suivi ta voix j’en suis sûr. Mais je n’ai pas suivi la sirène ; j’en ai tellement entendu ! Il était tout surpris lui-même de l’évidence de sa conclusion. 

Et oui, pourquoi personne ne faisait ça ? Je veux dire pourquoi n’avait-on jamais enregistré un message sonore, ou demandé à quelqu’un chargé de l’autorité de faire ça ? Fallait que je pose la question au capitaine. Sa réponse est limpide.

  • En fait ça se fait dans certaines circonstances, par exemple à l’armée où l’échec n’est pas une option, ce serait un paradoxe avec la mission ; mais on est timide dans les entreprises, car peut-être qu’on n’y croit pas vraiment, et que les gens ne sont pas sélectionnés sur leur capacité à respecter les consignes, leur capacité à prendre  plaisir au respect des consignes ; la compétence minimale pour garantir la survie d’un groupe armé c’est l’obéissance aux ordres. L’obéissance aux consignes n’est pas considéré comme un geste professionnel pour vos profs de musique. Dans des entreprises avec des dangers importants il y a une analyse du temps réalisé, et il s’agit de s’améliorer à chaque fois.
  • Donc les enfants sont en danger si on ne traite pas le respect des consignes comme un geste professionnel, et donc le non-respect comme une faute professionnelle ; voire comme une épreuve sur nous-même. 

Je restais songeur devant la conclusion. Comment faire rentrer ça dans les têtes ? Je n’allais pas mettre un blâme à tout le monde. Et puis c’est vrai qu’il n’y avait pas de collectif solidaire, tout le monde vient faire ses quelques heures, certains profs ne se croiseront que pour les auditions. Il me restait à réfléchir à cette histoire de parole directe. Si j’avais déclaré l’urgence à haute voix, parce que figure d’autorité, alors ils en auraient tenu compte ; si les serre-files avait tenu les consignes pour un geste professionnel, alors les choses se seraient passées autrement ; si j’avais dit qu’on chronomètrerait à chaque exercice. Et bien sûr, il y a ce sentiment que le pire ne peut pas arriver ; les exemples ne servent pas.

Je n’oublie pas cette leçon quand je pense à la situation écologique, à son urgence, à l’apparente apathie généralisée voire la négation des faits, qui finalement pourrait être aussi un certain nombrilisme, du genre : commencez sans moi, j’arrive !

  • Pourquoi ne déclarez-vous pas l’urgence écologique ? Fort de cette expérience, j’interpelle un maire à qui je raconte cette histoire.
  • Parce que je ne veux pas paniquer les gens plus qu’ils ne le sont. Il y a déjà beaucoup d’éco-anxiété. Lui-même éco-anxieux, comme beaucoup dans sa famille, il précise  :
  • Ma fonction c’est plutôt celle de rassurer les gens et de chercher des solutions, d’élaborer des plans avec l’aide des techniciens.

Exactement l’inverse de ce que je pense et que je viens de vivre : pour que des gens qui sont loin les uns des autres et du danger se bougent, il faut que la bonne personne, celle qui fait figure d’autorité, nomme les choses pour ce qu’elles sont ; que cette figure d’autorité déclenche la sirène en disant que ce n’est pas un exercice quant elle perçoit la fumée  ; qu’elle en appelle à l’intelligence collective – les administrés ne sont pas des enfants dont ils ont la garde – quand il faut traiter des problèmes collectifs.

J’en parle à Pablo. Il me lâche en montant dans son SUV flambant neuf :

  • Jack, tu es culpabilisant.

Quand on me reproche la forme, c’est du fond que l’on me parle. Vais-je oser leur mettre un blâme à tous ces gens dont la mission première est d’assurer la sécurité des enfants qu’on leur confie ? Et si je ne le fais, n’est-ce pas moi qui serait à blâmer ?

The 89 percent project (cliquer sur le titre)

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Merci à Olivier Hamant pour m’avoir  signalé cet article du Guardian, Spiral of silence, avril 2025. Traduit et raccourci ici. https://www.theguardian.com/environment/2025/apr/22/spiral-of-silence-climate-action-very-popular-why-dont-people-realise

L’action en faveur du climat est très populaire, alors pourquoi les gens ne le réalisent-ils pas ?

Des chercheurs ont découvert que 89 % des personnes dans le monde souhaitent que davantage soit fait, mais pensent à tort que leurs pairs ne le souhaitent pas.

Une expérience est organisée. On donne réellement 450 dollars à des personnes choisies au hasard et on leur pose une question : Quelle part de votre cagnotte donneriez-vous à une organisation caritative qui réduit les émissions de carbone en investissant dans les énergies renouvelables, et quelle part garderiez-vous pour vous ? En moyenne, les personnes donnent environ la moitié de l’argent et gardent le reste.

Deuxième expérience. Avant de répartir l’argent, les participants sont informés que 79 % des gens pensaient que les citoyens devaient essayer de lutter contre la crise climatique. Précédemment, les participants avaient considérablement sous-estimé cette proportion à 61 %. Le fait d’être informé du véritable niveau de soutien a permis d’augmenter les dons de 16 dollars par personne.

Imaginez que vous dissipiez ce mythe de l’impopularité des mesures écologiques, selon les experts, un tel changement pourrait changer la donne, en poussant le monde à franchir un point de basculement social vers un progrès climatique imparable.

« Nous sommes assis sur un énorme mouvement climatique potentiel », a déclaré le professeur Anthony Leiserowitz, de l’université de Yale, aux États-Unis. “Il est latent. Il n’a pas été activé ou catalysé. Mais lorsque l’on comble ces lacunes de perception, on aide les gens à comprendre qu’ils ne sont pas seuls et qu’il existe en fait un mouvement mondial”.

La majorité silencieuse

Une vaste enquête à l’échelle mondiale a révélé que les gens du monde entier sont unis dans leur désir d’agir pour lutter contre la crise climatique, mais restent une majorité silencieuse, parce qu’ils pensent à tort que seule une minorité partage leur point de vue.

L’équipe a constaté que 89 % des personnes à travers le monde souhaitaient que leurs gouvernements nationaux fassent davantage pour lutter contre le réchauffement climatique. Plus des deux tiers ont déclaré qu’ils étaient prêts à donner 1 % de leurs revenus pour lutter contre la crise climatique. Cependant, ils estiment que seule une minorité d’autres personnes (43 %) serait prête à faire de même.

Une enquête menée auprès de 130 000 personnes dans 125 pays, qui représentent 96 % des émissions mondiales de carbone, montre que les chinois, premier pollueur mondial, sont parmi les plus préoccupés : 97 % d’entre eux estiment que le gouvernement chinois devrait faire davantage pour lutter contre la crise climatique et quatre personnes sur cinq sont prêtes à donner 1 % de leur revenu. Les États-Unis, deuxième plus gros pollueur au monde, se situent en queue de peloton, mais les trois quarts de leurs citoyens estiment que leur gouvernement devrait faire davantage et près de la moitié sont prêts à contribuer à la lutte contre le changement climatique.

Un désir profond

De nombreuses études de grande envergure ont montré que le désir du public d’agir pour le climat est profond et global, et que les perceptions erronées qui alimentent une « spirale du silence » sur le climat se retrouvent partout où les chercheurs se penchent sur la question.

En 2024, un sondage des Nations unies, baptisé « People’s Climate Vote », a interrogé 75 000 personnes dans des pays représentant 90 % de la population mondiale. Il a révélé que 80 % d’entre eux souhaitaient que leur pays renforce ses engagements en matière de climat.

Une enquête menée auprès de 140 000 personnes dans 187 pays et territoires par le Yale Program on Climate Change Communication montre que 89 % des personnes interrogées répondent « très élevée », « élevée » ou “moyenne”, et 67 % « très élevée » ou « élevée » à la question de la priorité de l’action en faveur du climat.

Les écarts de perception sont également réels. Une étude américaine datant de 2022 a révélé que les gens pensaient que seulement 40 % de leurs concitoyens soutenaient les politiques climatiques : la proportion réelle était d’environ 75 %. Même constat en Chine.

Les illusions politiques

Les politiciens souffrent-ils des mêmes illusions que le public quant à la popularité de l’action climatique ? On pourrait penser que leurs antennes politiques sont finement ajustées à l’opinion publique, mais ce n’est pas le cas : ils sous-estiment parfois de façon spectaculaire les opinions du public.

Le groupe a constaté qu’en 2024, 72 % des citoyens britanniques étaient favorables à la construction d’éoliennes terrestres dans leur région, mais que seuls 19 % des députés pensaient qu’une majorité de leurs électeurs étaient de cet avis. Selon le groupe de réflexion britannique More in Common, l’action en faveur du climat est soutenue même par ceux qui votent pour des partis politiques qui y sont explicitement opposés.

Créatures sociales

La plupart des gens sont fortement influencés par ce que font et disent les autres. C’est pourquoi corriger des croyances erronées sur les opinions de vos concitoyens peut avoir un impact sur ce que vous pensez et faites. De nombreuses recherches montrent que cela peut modifier l’opinion des gens sur toute une série de questions de justice sociale.

Les gens sont des « coopérateurs conditionnels » : ils sont plus susceptibles de contribuer au bien public s’ils pensent que d’autres font de même. « Ce motif a également fait l’objet d’études très approfondies », a déclaré l’enquêtrice. “Si tous les habitants d’une maison partagée font la vaisselle, vous le ferez aussi. Si tout le monde se contente de laisser ses affaires, vous ne vous en soucierez pas non plus.”

Briser le silence

« Une raison essentielle est l’existence d’une campagne de désinformation très vaste, sophistiquée, bien financée et de longue date, menée par l’industrie des combustibles fossiles et ses alliés, qui sèment le doute et la division pour maintenir leurs profits », a-t-elle ajouté.

Cette campagne a servi d’« énorme mégaphone » à la petite minorité bruyante qui rejette la science du climat – environ 10 % aux États-Unis – a-t-elle ajouté : “En conséquence, ils ont tendance à dominer la place publique. La communication sur les normes sociales est donc l’une des interventions les plus puissantes que l’on puisse faire”.

« Les gens sont en fait très multilatéraux », a-t-elle déclaré. 86 % des gens pensent que les pays devraient mettre de côté leurs différences sur d’autres questions et travailler ensemble. Les gens comprennent que nos destins sont liés.

Selon le professeur Cynthia Frantz, de l’Oberlin College aux États-Unis, chacun peut contribuer à briser la « spirale du silence » : Cynthia Frantz, professeur à l’Oberlin College (États-Unis) : « [Le changement] exige simplement que les gens soient exposés, encore et encore, par des sources en lesquelles ils ont confiance ou auxquelles ils s’identifient, au fait qu’ils ne sont pas seuls dans leur inquiétude et leur volonté d’agir ».

Frantz a ajouté : “La vérité, c’est que chaque déclaration publique compte et que plus les voix sont diverses, plus le message est efficace.”

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Mon commentaire

Voilà pourquoi je re-demande aux élus 1 de déclarer l’urgence climatique ; 2 de donner un nom de baptême au projet d’actions correctrices ; 3 de faire une enquête au porte-à-porte auprès de la population pour qu’elle ait une image d’elle-même ; 4 d’organiser des agoras pour que nous existions en tant que communauté. Les fêtes et animations ne font pas communauté ; ce sont les obstacles communs, affrontés en collectif, qui fondent une communauté.

Certes, des minorités actives organisent l’invisibilité des questions écologiques climatiques sanitaires et démocratiques, et organisent la visibilité d’un pseudo climato-scepticisme rationnel. Les politiciens à la manoeuvre et dans les médias sont des tigres de papier (ils représentent peu de chose en terme électoral),

mais le silence reste de la responsabilité des silencieux. Les silencieux choisissent pour guides les mauvaises peurs.

Suite à palabre d’avril qui traitait du livre de Francis Dupuis-Déri, Agoraphobie, la peur du peuple

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Démocratie médiévale ? Oui ça a existé. Les gens savaient gérer leurs communs.

https://shs.cairn.info/revue-tumultes-2017-2-page-139?lang=fr

La synthèse du livre de Francis Dupuis-Déri Agoraphobie, La peur du peuple, par l’auteur himself. https://journals.openedition.org/variations/93 

Le communalisme. Ce n’est pas une théorie, c’est une pratique ancestrale et actuelle.

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/de-la-commune-au-communalisme-histoire-d-un-projet-politique-5479317.    Et

https://shs.cairn.info/revue-tumultes-2017-2-page-121?lang=fr

Je ne suis pas un hurluberlu, et je n’ai pas la berlue. Il y a nombre d’initiatives, y compris dans des grandes villes françaises. On serait incapable de tenter quelque chose ici ?

https://www.poitiers.fr/lassemblee-citoyenne-et-populaire-quest-ce-que-cest

 

Et pour faire suite aux échange sur les Droits de l’homme & du citoyen

En 1789, ladite déclaration a accusé réception d’une double identité : nous sommes des sujets désirant, des moi-Je ; mais aussi des citoyens, c’est-à-dire des moi-Nous. Ce conflit politique, tout autant que psychologique, nous est constitutif et ne peut être soldé ; il reste et restera sous tension.
En écrivant Liberté (laquelle ?) Egalité (devant la loi), les révolutionnaires ont posé des concepts qui sont en tension, voire en contradiction. Sauf à considérer que le troisième terme du triptyque républicain, la Fraternité, pose bien la Liberté comme une liberté conditionnelle. Dit autrement, une République qui se prétend laïque ne peut pas être libertarienne.

Nous avons des droits en tant que quidam, que l’on soit un adulte ou un bébé sans devoir par définition, un français ou un étranger ; et des devoirs parce que citoyen français, notamment celui de faire la loi qui nous contraint et qui limite notre liberté, nos désirs, mais nous protège en retour.
Dit autrement, la main qui désire, au risque de l’hubris, doit être retenue par celle qui limite, car une société sans limite n’est plus une société. Ce no limit, c’est l’option de Thatcher et des libertariens : nous serions une collection d’individus dont la liberté de jouir dont être sans entrave, au risque du basculement écologique ou d’injustices sociales. C’est l’option qu’une minorité active organise au nom de la liberté… d’entreprendre, sans nous poser la question explicitement ; et on ne réclame pas qu’elle nous soit posée d’ailleurs, ce qui signe que nous ne sommes pas des citoyens et que nous ne désirons pas l’être peut-être.

Cette aspiration à la liberté sans entrave est aussi bien de droite, dans le domaine économique (l’Etat ne doit pas me contraindre mais me laisser faire), que de gauche, dans le domaine sociétal et des moeurs (l’Etat ne doit pas me contraindre mais me permettre). L’opposition entre ces courants de pensée relève plus du tango que de l’opposition irréductible (J.C Michéa).

Les limites ont mauvaise presse d’une manière générale, et pourtant, sans elles il n’y a pas de communauté nationale, il n’y a que des bandes, des alliances, des intérêts privées. Sans limite, sans capacité de se mettre des limites, à les concevoir et les admettre, il n’y a pas de liberté ; il n’y a que la dictature des désirs, des fantasmes, voire la soumission à ses instincts.