«Une bonne petite dictature» __________________________
Début septembre, à Carcassonne, des policiers municipaux ont tenu des propos choquants et condamnables par la loi car tenus dans le cadre du travail et non pas dans un cadre privé où, grâce à la liberté fondamentale de conscience et d’expression, on peut dire librement ce que l’on pense.
Ceci dit, parce que psychologue, je voudrais vous proposer une autre entrée que la réprobation (ou l’approbation) politique ou morale pour tirer des enseignements de cet épisode. En espérant une «petite dictature», juste le temps de remettre de l’ordre, ces policiers posent une croyance largement partagée, très très largement partagée : la violence est de nature à remettre de l’ordre et le conserver, elle est pédagogique. Son ordre étant la civilisation, la violence est civilisatrice. Sans ordre, c’est l’anomie, le chaos sans nom.
Rappel. Des gens se tuent à nous expliquer que nous sommes des barbares (des mécréants) qu’ils tentent par tous les moyens de civiliser pour nous éviter l’enfer. C’est pour notre salut donc qu’ils nous explosent ou nous égorgent. Ah l’immobilité de l’ordre !
L’ordre, mais lequel ? Il y en a tellement. La laïcité surmonte cet écueil par la Liberté de conscience et l’Egalité devant la loi. Ces principes ont la précellence sur les valeurs qui elles peuvent varier en fonction des époques et de la culture ; pas les principes. Je rappelle que “l’ordre c’est moi !» Et les autres font le chaos ; c’est un classique, on ne peut pas y échapper.
2ème écueil. La violence pédagogique est une théorie spontanée, une évidence qui n’a pas besoin de démonstration, un postulat que rien ne vient écornée. Pourtant. Si on ne confond pas l’ordre avec la soumission, l’esclavage, l’annulation de l’autre, l’emprise, la domination, la colonisation, l’enchaînement, alors on peut constater que la violence ça n’a jamais marché longtemps ; ni en pédagogie ni en politique. Vient toujours le moment où celui que l’on a mis dans le rang brise… la génération suivante ou ses chaînes. Et plus on a mis de force à le soumettre, plus violente sera sa libération. Violence dont on l’accusera d’ailleurs tant qu’on a la main, et qui justifiera de redoubler de violence. Voire « les excès du féminisme » qui alimenteraient le mouvement masculiniste violent incel.
Logiquement (?), c’est une spirale, on va multiplier les caméras les prisons les policiers les lois les peines ; par pour tout le monde cependant, pas pour ceux qui sont du côté de l’ordre des honnêtes gens (des noms ! Des noms !). Mais Quis custodiet ipsos custodes ? Dira-t-on à l’heure du couvre-feu du côté de Carcassonne.
Si ça n’a jamais marché, c’est que ce n’est pas pour régler le problème qu’on utilise la violence, c’est pour une autre raison quand ce n’est pas la simple répétition de son histoire. Laquelle ? Une hypothèse : c’est pour traiter une blessure narcissique, une humiliation, ou un sentiment d’humiliation, un coup que l’on aurait reçu. La violence serait toujours réactionnelle donc justifiée : c’est l’autre qui a commencé.
Si on ne parle jamais de l’humiliation – justifiée ou pas ce n’est pas le problème car c’est vrai psychiquement de toute façon – alors on ne peut régler aucun problème. Être respecté n’est pas qu’un droit fondamental, c’est aussi un besoin narcissique fondamental, et si c’est psychique, alors c’est de suite très complexe, et ça ne se règle pas à coups de matraques magiques. Problème définitif : l’humiliation ouvre une plaie qui ne cicatrise pas. Stigmate.
Carcassonne donc. Quand où et avec qui saurons-nous saisir les opportunités pour traiter par la parole des problèmes de la vie en communauté ? Il n’y a pas d’instances de proximité pour débattre. Et on ne les réclame pas.
Ah mais oui, c’est vrai, parler ne sert à rien. Excusez-moi, je radote. Alors continuons : « Cognez-vous les uns les autres ! » Ici.
Au fait, Connaissez-vous Pyrrhus ? Voir article dans Chroniques douces
